• 45. CONTRER L'EFFET DE PROJECTION SUR SOI - s'affranchir du jugement d'autrui

     

    Ce texte aborde un processus cognitif humain particulièrement toxique : l'effet de projection ou l'interprétation du discours des autres à l'aune de ses seules valeurs et suppositions préalables voire préjugés. Dans cet article, j'explique que j'ai décidé de m'affranchir en douceur du jugement d'autrui sur mes opinions, en particulier lorsqu'il est dépréciatif. L'objectif est de gagner en liberté intérieure. Tenir compte de ce que disent les autres sur sa pensée personnelle et les valeurs qu'elle exprime expose un individu à être très dépendant des critiques et de souffrir si elles sont excessivement négatives voire intentionnellement blessantes. Il ne s'agit pas de "se foutre" de l'avis d'autrui mais de discerner ce qui est acceptable ou pas : l'autre en face rejoue toujours avec tout interlocuteur une histoire qui lui reste personnelle. Répliquer est inutile : l'autre a ses convictions et ça ne fera que le radicaliser. Le détachement reste l'unique solution : l'autre agit selon ses convictions et ses croyances sur lesquelles on n'a aucun contrôle. Ne faites pas une affaire personnelle de ce que votre interlocuteur pense de vous.

    Article dédicacé à Chantal G. de Saint-Ouen pour l'échange instructif & éclairant qui a contribué en partie à nourrir ce texte.
    Article dédicacé à Danielle R. de Vendée qui, sous l'emprise de son ego, a projeté sur moi son histoire intérieure et rompu notre amitié.
    Article dédicacé à Mahnaz D. de Saint-Ouen qui m'a montré que comme en amour, l'unilatéralité existait aussi en amitié... et que rien ne servait d'insister.
    Article dédicacé à Adjira de Lyon et de partout qui, après un long silence tendu, revient vers moi aujourd'hui.

     

    J'ai déjà traité 1 sur ce blog de la nature violente des échanges sur Internet où parfois l'arbitraire de certains jugements vous blesse tel un vrai coup de poing reçu au visage. J'ai remarqué toutefois que peu à peu, au fil du temps, j'arrêtais tout échange sur internet ou en face à face quand l'interlocuteur montrait clairement qu'il n'écoutait pas mes propos avec le même soin que moi envers les siens. A partir du moment où je fais un effort sincère pour considérer les idées de l'autre, j'entends qu'on fasse de même à mon égard. C'est du respect élémentaire. Même si l'égo cherche à vouloir la confrontation, je quitte la place à un moment donné voire dès les tout premiers instants d'une discussion aussitôt que je vois l'autre ne plus n'accorder la même légitimité qu'à lui pour donner mon opinion sur un thème. Je finis même par ne plus lire les réactions de la personne en lice, tout comme je peux me détourner de celui qui me parle en face à face sans respect pour mon opinion, lui tournant soudain le dos et m'en allant voir ailleurs si j'y suis afin de dialoguer avec moi-même... ou d'autres gens plus respectueux.

     

    00. L'EFFET DE PROJECTION (II) - s'affranchir du jugement de l'autre sur soi

     

    L'observation m'a montré que continuer à discuter avec une personne qui A DÉCIDÉ de ne pas donner la même valeur à votre opinion que la sienne est une réelle perte de temps : c'est épuisant. Vous ne pouvez rien contre celui qui de toute manière NE VEUT PAS vous accorder cette attention, ni ce respect élémentaire. Alors, autant partir. L'autre en face a choisi de ne vous voir qu'à travers un filtre psychoculturel particulier : il n'interprétera vos propos qu'à travers ce filtre quoi que vous disiez, même avec les meilleures références pour appuyer vos propos. Chacun de nous a l'entière responsabilité de ses idées et de la manière dont il les exprime. Par contre, la façon de les recevoir et de les intégrer relève de la responsabilité d'autrui. En effet, ce que nous disons ne sera jamais reçu de manière identique selon chaque individu : les réactions vont différer, même si parfois, elles seront similaires aux nôtres. En somme, je me sens de moins en moins responsable des errements psychiques et des circonvolutions idéologiques des autres face à mes propos. En gros, que les gens se débrouillent avec leur conscience et le fruit de leur expérience : je ne veux plus être le dépositaire de leurs conflits intimes non résolus et de leurs névroses. Je le dis d'ailleurs clairement à mes interlocuteurs désormais : je refuse leurs projections personnelles sur moi. Conforté par mes études en psychologie clinique où j'ai pu étudier en détail le phénomène projectif, je décline être ce qu'ils croient voir en moi : les désirs ou intentions dont ils m'affublent sont seulement les leurs. Ce qu'ils voient en moi, c'est eux-mêmes. Évidemment, mes propos ne plaisent pas à tout le monde. Ca me vaut quelques ruptures ou des liens qui se distendent un temps... mais putain (désolé !), que ça fait du bien ! Et vlan, prends-toi ça dans les dents : moi, je suis moi, et toi, c'est toi ! OK ? Merci de BIEN distinguer nos personnalités et nos expériences, donc nos modes de pensée.

    Cette distinction nécessaire pour clarifier une relation et en assainir les échanges concerne également toute projection positive. En effet, beaucoup de gens viennent à nous parce qu'ils nous voient d'une manière qui nous avantage et nous rend digne de fréquentation selon leur échelle de valeurs. Or, cette situation n'est pas forcément plus bénéfique qu'une projection négative immédiate sur nous. Il suffit qu'un jour nous décevions ces gens sur un point précis par un avis ou un acte et de suite, la projection, de positive devient négative, mais souvent en plus violent qu'une projection négative instantanée. La déception renforce l'intensité du rejet lié à la projection négative soudaine, ce qui conduit souvent à des ruptures pouvant être définitives dans ce cas. La plupart de mes ruptures amicales sont dues à ce phénomène de projection positive devenue négative. Parfois, j'ai su le motif de déception. Dans le cas où je pouvais avoir effectivement tenu un discours ou commis un acte objectivement irrespectueux envers un tiers, toujours involontairement, l'effet projectif ne joue pas bien sûr : un fait tangible a été à la base de la déception et du rejet de l'autre à mon encontre. Dans tous les autres cas, l'effet projectif a joué : la cause de la rupture était due à un procès d'intention ou un jugement d'opinion selon la grille éthique de l'interlocuteur. Mes propos ou mes actes avaient été interprétés d'une manière subjective et arbitraire. D'autres fois, je n'ai pu savoir le motif de mon rejet, l'autre ayant coupé le lien brusquement sans plus donner aucun signe de vie, se murant dans le silence et s'éloignant délibérément de façon à ce que je ne vienne pas lui demander une explication. J'ai toujours respecté cette mise à distance même si c'est le mode de rupture que je trouve sans doute le plus violent psychologiquement : on vous jette littéralement comme un vieil objet encore fonctionnel mais dont on ne veut plus ou on vous remise dans le placard des souvenirs parce que vous n'avez plus d'attrait.

    Ceci dit, celui qui vous exclut de sa vie est complètement libre d'agir à sa guise : vous ne pouvez contrôler une décision qui n'est pas la vôtre. Que ça vous plaise ou non, l'autre a la liberté de ne pas vous respecter. S'il vous laisse pour un motif lié à une interprétation erronée de votre discours ou d'une action, c'est un choix fondé sur une erreur, certes, mais qui lui appartient entièrement. Vous êtes hors-jeu même si vous êtes la cible visée. Entretemps, vous, vous ne pouvez qu'être vous-même face à cette mésinterprétation de vos mots ou de vos gestes. La notion de liberté intérieure est ici fondamentale : vous détacher du jugement de l'autre sur vous-même devient primordial afin de rester cohérent avec vous sur le plan éthique autant que psychologique. Sinon vous vous retrouvez ballotté au gré des opinions et des actes des autres envers vous et vous souffrez : tout jugement négatif sur vous et tout éloignement consécutif vous atteignent tels des coups portés physiquement à votre personne. Vous prenez alors tout pour vous et surréagissez par l'agressivité ou la colère. Pendant ce temps, l'autre, lui, suit son chemin, ne vous témoignant plus aucune attention, indifférent au lien qui fut le vôtre. Ressasser est inutile, épuisant : accepter la fin de la relation ou une mise à l'écart prolongée est nécessaire. Vous devez tourner la page.

    Pour en revenir à mon cas personnel, les gens qui s'éloignent de moi temporairement ou définitivement font un choix qui est de leur responsabilité. Je ne peux intervenir là-dessus : c'est leur vie. Par contre, à moi de donner la priorité à des personnes capables de bien saisir le sens véritable de mes mots et d'accueillir mes idées avec respect. C'est tout l'enjeu de l'expérience humaine que je vis depuis nombreux mois maintenant : rester honnête avec moi-même, garder mon ton parfois brut avec son style peu consensuel, et savoir m'entourer de gens qui possèdent une véritable intelligence relationnelle, qu'ils soient en accord ou franc désaccord avec moi. La question principale doit rester le respect mutuel envers et contre tout, et surtout le respect de soi-même. Je dois avouer que j'ai encore du chemin à faire pour conserver une bonne image de ma personne lorsqu'un tiers m'a exclu. Le processus de transformation est toutefois bien avancé : je suis moins touché que par le passé et parviens plus vite à rebondir vers de nouveaux contacts plus constructifs. Aussi, je me détache d'un échange lorsque je constate que l'interlocuteur ne m'écoute pas et considère mes idées comme inférieures aux siennes ou moins acceptables voire inacceptables, bref qu'il reste dans le jugement de valeur... et le "délit" d'opinion.

    J'ai été profondément blessé par la réaction tout à fait inappropriée de certains bien trop centrés sur leur seule conception du monde. Le nombrilisme agresse, vous savez. il vous porte un coup et peut laisser une plaie intérieure. Après, le temps montrera si une réconciliation est possible ou pas lorsque c'est un ami, enfin une personne que vous pensiez être ainsi, qui a failli de manière sérieuse à votre encontre. Je laisse la vie me surprendre sur ce point. Et si l'autre ne revient jamais, je ne m'inquiète plus : d'autres personnes plus en adéquation avec mon système de valeurs et d'expression apparaîtront comme à chaque rupture.

     

    00. PROJETER SUR L'AUTRE... SOI-MÊME (II) - refuser que les interprétations d'autrui sur moi restent miennes

     

    Par ailleurs, il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir du temps à pousser un être humain à la réflexion. En effet, parfois, ce que l'autre n'entend pas parce qu'il ne peut ou ne veut le faire va rester en lui malgré lui. Votre discours malgré les projections faites sur vous a produit un effet, soit l'exclusion, soit la réception agressive, orgueilleuse ou condescendante. En tout cas, vous avez semé une graine qui germera... ou pas. Ainsi, après une coupure de 3 ans et demi, une ancienne amie qui m'avait brutalement exclu de sa vie est revenue vers moi : j'ai reçu récemment un courriel où elle me dit regretter nos fous-rires d'antan et de ne plus pouvoir écouter ma voix douce. La personne qui s'enferme dans la projection de ses problématiques personnelles sur vous fait un choix dont vous subissez les conséquences : c'est une posture défensive qui prouve que vos propos l'ont touchée. Elle s'éloigne ensuite certes mais elle a réagi, signe que quelque chose s'est passé en elle et que s'opère un travail intérieur auquel elle prêtera attention pour l'accepter ou le saboter. Elle pourra aussi le dénier, l'enfouissant bien profond dans son inconscient par un effet de clivage. En somme, tout est possible, y compris le retour inattendu sinon inespéré de celui qu'on croyait parti de sa vie pour toujours après un échange tendu.

    En conclusion face à la critique malveillante ou la contradiction agressive, la fidélité à soi-même demeure le meilleur rempart. Votre pensée et l'interprétation qu'en font les autres sont deux choses différentes. Vous ne pourrez jamais empêcher les erreurs de compréhension de votre pensée... comme vous, vous-même, vous mésinterpréterez les propos d'autrui en certaines situations et sur certains sujets qui vous touchent de trop près intimement. C'est la vie. Toutefois, agir pour diminuer les effets délétères de la projection sur soi est possible : ne prenez jamais rien pour vous-même, en tout cas le moins possible. Si l'autre se trompe sur vous et le fond de votre pensée, c'est SON problème. Ca vous dit quelque chose ? C'est logique : je vous rappelle là le 2è principe majeur tiré du livre à succès mondial de Don Miguel Ruiz, Les quatre accords toltèques 2, sauf que je vous l'explique de manière personnelle et fondée sur le savoir académique lié à mes études de psychologie clinique. En somme, il nous reste à nous exprimer en acceptant pleinement la dose massive d'erreur interprétative collatérale de la part d'autrui : nous ne serons jamais les autres et resterons simplement nous-mêmes.

     

    Notes & références


    (1) : Pour compléter la lecture de cet article, vous pouvez lire deux autres textes de ce blog sur les difficultés de communication, en particulier sur le Net si propice aux malentendus de toutes sortes. En pleine recherche sur ce sujet, je promeus une liberté intérieure authentique, seule garante d'échanges humains harmonieux. Mais pour ça, développer authenticité et sens de l'objectivité est indispensable. 

    Le 1er texte est l'article 37 : Se bâtir une autonomie de pensée
    Le 2nd texte est l’article 38 : Cultiver l'effort d'objectivité


    (2) : Les quatre accords toltèques est un livre mondialement connu et traduit en plusieurs langues. Je ne vous en donne aucune édition précise tant il est disponible en de multiples publications et formats, y compris PDF sur le net. L'auteur, Don Miguel Ruiz, décline les bases d'un bien-être social et psychologique pour chaque être humain à partir de 4 grands principes ou accords :

    - Que votre parole soit impeccable
    - N'en faites pas une affaire personnelle
    - Ne faites pas de suppositions
    - Faites toujours de votre mieux

    Je ne vous explique pas ces 4 principes : de nombreux sites internet et divers ouvrages vous informeront bien plus que moi, tant ces 4 accords sont désormais galvaudés. Vous pouvez toutefois aller visiter la page du site Lifestyle-conseil.com qui synthétise l'essentiel sur ce thème. Ceci dit, le 2è accord (en gras) est illustré de façon concrète dans l'article puisqu'il est lié à la gestion du biais d'interprétation dû à l'effet projectif inhérent à l'esprit humain.


    Crédits photos : X

     

    « 44. MON BEL ÉTÉ 2010 - mélancolie du souvenir de lumineux possibles
    Partager via Gmail Delicious Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Lundi 26 Août à 00:14

    Bonsoir Pierre-Laurent,

    Votre texte est vraiment très intéressant. J'en retiens l'élément fondamental qui doit présider à toute forme de communication : le respect de l'autre et de soi-même. À partir du moment où l'on respecte son interlocuteur et où l'on se respecte soi-même, je pense que l'on peut tout dire et tout entendre. L'échange de points de vue, même fondamentalement différents, est toujours très enrichissant, pour soi et pour celui ou celle avec qui l'on échange. En ce qui me concerne, cela ne me dérange absolument pas d'échanger avec une personne qui a un point de vue radicalement différent du mien, du moment qu'il respecte le mien, autant que je respecte le sien. Après tout, n'est-ce pas de ces échanges là qu'on en apprend le plus sur soi-même ? 

    Bien amicalement,

    Martine

      • Lundi 26 Août à 07:31

        C'est tout le propos du texte : échanger & maintenir l'échange tant que le respect mutuel y est... sinon mieux vaut abandonner la conversation ou la relation, sans regret. Inutile de se mettre en état de souffrance morale pour un individu qui ne tient pas compte de nous. C'est pourquoi je rappelle le 2é accord toltèque qui dit de ne pas prendre personnellement ce qui est exprimé par l'autre, que ce soit positif ou négatif. Peu importe la nature de l'intention derrière des propos, l'autre projette sur nous tout son système de croyances & de valeurs : il filtre le contenu de notre pensée via cette structure mentale particulière. Il faut simplement accepter & ne pas faire trop cas de ce qui est dit sur nous : c'est la liberté intérieure & l'autonomie de pensée que j'ai déjà évoquée dans l'article 37 du blog. En général, si on est emporté par les compliments à notre égard, on est tout aussi sensible à l'effet désagréable de remarques négatives & de critiques acerbes à son encontre. C'est ce qu'il faut changer afin de pouvoir rester à l'écoute de l'autre tout en se détachant intérieurement des propos tenus & des intentions sous-jacentes.

      • Lundi 26 Août à 23:29

        J'aime beaucoup ce livre "les quatre accords toltèques". J'y reviens de temps en temps, quand je sens que j'ai besoin d'une petite piqûre de rappel :).

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :