• 44. MON BEL ÉTÉ 2010 - mélancolie du souvenir de lumineux possibles

     

    L'une des plus belles périodes de ma vie est ici décrite dans toute sa beauté intime, entre clarté solaire et mélancolie diaphane. Ce fut pour moi le temps des rêves, des GRANDS rêves, d'un accomplissement intérieur en cours, d'une progression qui semblait s'amorcer sans encombres. Il n'en reste que des impressions, des couleurs, des images comme autant d'empreintes profondément inscrites en moi. Je n'oublierai jamais mon été 2010... même s'il ne tint pas ses promesses plus tard.

     

    Longtemps, l'été fut pour moi une saison problématique qui me mettait dans un état de souffrance psychique diffus plus appuyé tout le temps de sa durée. Je détestais cette saison où les corps s'affichent davantage, où le superficiel devient encore plus prégnant que le reste de l'année. Toutefois, avec le temps et grâce à une réforme intérieure entamée en 2008, j'ai appris à mieux vivre cette période de l'année, les choses se faisant naturellement, peu à peu. Mon avis n’a cependant pas changé sur la question : l'été reste à mes yeux la saison de la crétinerie par excellence, celle où la vulgarité et la bêtise humaines s'étalent au grand jour, s'estimant excusées par les circonstances.

    La reconnaissance de la beauté de l'été est née de mon éveil spirituel qui, un temps, m'a mené aux portes de l'Australie. L'été 2010 fut sans doute la période de ma vie qui m'a laissé miroiter des possibles, parmi les plus vastes de ma vie : j'ai eu alors l'impression que tout m'était ENFIN accessible, que le plus beau de ma vie allait s'offrir à moi. Ce fut PRESQUE le cas... presque. Mais à ce moment-là, j'ignorais encore que ça ne serait que presque... et pas plus.

    En cette année 2010, je travaillais déjà depuis 7 ans au service d'une grande association auprès d'adultes atteints de déficiences physiques et mentales sévères. J'organisai plusieurs pique-niques dans de très beaux jardins et des parcs publics de la banlieue nord de Paris. J’eus à cœur de faire sortir les résidants parmi les plus handicapés, ceux qui ne sortaient que rarement. Je pris aussi en considération la fatigue physique et mentale de plusieurs collègues de travail et demandai à ceux-ci de m’accompagner dans mes activités. Et je peux vous assurer que chacune de ces sorties fut un pur moment de bonheur simple, intense et profond. Au cours de ces sorties, je devais être très concentré et rester vigilant à tout ce qui se passait. Mon cerveau ne fonctionnait plus en roue libre comme souvent. J’étais apaisé, LA, ici et maintenant, naturellement. C’était bon, c’était doux : juste être là, présent, dans l’échange avec mes résidants et mes collègues. Tout n’était qu’harmonie et quiétude. Par moment, au cours de certaines de ces sorties, je me serais cru dans un tableau vivant en raison de chaque lieu : une atmosphère heureuse s'exprimait dans un écrin de beauté verdoyante, parfois fleurie. C’était l’énorme bienfait de mon travail : me ramener à l’essentiel très rapidement, bien mieux qu'un livre de spiritualité ou de philosophie. J'étais alors en parfaite cohérence avec moi-même : je profitais d'un bel endroit tout en permettant à des personnes parmi les plus lésées de la société humaine et des collègues en souffrance dans leur travail d'en faire de même avec moi. Bref, se faire du bien en faisant du bien aux autres : être heureux tout en rendant d'autres heureux. Je concrétisais la notion même de valeur humaine.

    L’été 2010 fut un temps où une grande leçon de vie me fut délivrée. Cet été-là me réconcilia avec l’été. Je redécouvris pleinement des sensations simples de mon enfance. Un jour, je me trouvais avec un groupe de 5 personnes au Jardin Botanique de Colombes. Anieshka, une des animatrices du lieu nous prépara une tisane glacée de verveine citronnelle et de romarin accompagnée de raisin venant de la petite vigne de l'endroit et de biscuits secs. Ce fut… incroyablement bon ! C’était un après-midi de rêve rempli de chaleur humaine, de joie simple et de bonnes odeurs. Nous étions 7 personnes autour d’une vieille table ronde en fer forgé encore belle malgré de larges traces de rouille. Tout près, un vieux vélo endormi aux roues dégonflées s'appuyait comme à l’accoutumée sur la bordure de pierres d'une plate-bande, relégué là, posé au même endroit depuis des années, témoin muet du temps qui s'écoule et de la vie des uns et des autres, humains, animaux et plantes. Un décor végétal au charme un rien suranné nous entourait de son désordre léger, élégant et simple. J’avais l’impression d’être redevenu un gosse devant ses goûters d’antan. La beauté de la vie m’apparaissait dans sa fugacité et son intensité. Oui, savoir profiter du moment présent : rien d’autre n’importait. Mais sur ce point, j'étais celui handicapé à la différence des résidants dont je m’occupait alors. C’est eux qui me donnaient à chaque fois une leçon : ils accueillaient l'instant tel qu'il venait, et juste ça, quelles que soient les circonstances, manifestant parfois un vrai mécontentement face à un contretemps ou une frustration, mais finalement, s'adaptant vite à ce qui se passait et l'acceptant. Ils n'avaient pas le choix, sinon très peu. Alors pour eux, c'était le présent pour le présent. Et rien d'autre. Aucune attente précise de quoi que ce soit.

     

    00. MON BEL ETE 2010 - mélancolie estivale des possibles à jamais envolés

    La vieille table de jardin en fer forgé rouillé
    & son compagnon, le vieux vélo défraîchi,
    tous deux éléments d'un décor où le temps aurait décidé
    de ralentir sa marche.

    Cet été-là, le temps au-dessus de ma vie devenait ensoleillé : une clarté solaire illuminait mon cœur de plus en plus. Cet état d'être lumineux préparait le séjour que j'allais faire en Australie en novembre de la même année. Je voyais alors ce long voyage comme la première étape du grand projet d'expatriation que j'avais en moi depuis des années. J'ignorais que l'Australie ne serait jamais mon pays d'accueil et que la relation entre amour et amitié entamée quelques mois plus tôt avec Derek, un ressortissant du pays, n'aboutirait à rien à la fin sinon à une énorme déception. J'étais à fond dans mon rêve d'amour à la poésie solaire. Je pensais tel le Phoenix renaître de mes cendres après que le feu de l'amertume m'eut consumé lentement durant 4 ans deux ans auparavant. Moi, homme de l'ombre, je pensais enfin devenir un être de lumière, ou plutôt un "homme-lumière". Or, il n'en fut rien. Mon voyage aux antipodes fut bien une rencontre de désir et d'amour mais pas tout à fait comme je l'avais imaginée, en grande partie à cause de moi et de mon histoire personnelle. Au moment où j'ouvrais une porte, j'avais déjà en moi la clé qui allait la bloquer plus tard. Je me voyais comme Arthur allant conquérir le cœur de Merlin mais le mage des sols rouge orangé austraux ne fut pas convaincu par le roi-chevalier venu du Septentrion. Le changement intérieur radical que j'espérais ne vint jamais.

    Mon été 2010 ne tint pas ses promesses : il ne fut et ne reste désormais qu'une toile superbe accrochée au-dessus d'une commode en bois au vernis assombri dans une jolie pièce confortable qu'un crépuscule estival éclaire doucement. Cet été-là appartient au passé. Tel un songe, il passa, furtif, sans espoir de retour. J'y avais vu de grands possibles miroitant comme l'onde d'une rivière sous le soleil tandis que le gué vous permet d'aller sur l'autre rive sans vous mouiller. Un pont intérieur existait pleinement ouvert entre moi et mon rêve le plus haut, celui duquel tout autre rêve pourrait se réaliser. L'occasion était là, offerte : je ne sus pas la saisir... à cause de ma cécité amoureuse qui, quelques mois plus tard, me fit chuter dans l'eau puis être emporté plus loin, ailleurs, par le courant. A partir de là, Derek, mon amour, et moi allions nous éloigner l'un de l'autre, définitivement, lui restant sur la rive tandis que moi j'étais emporté par les flots calmes mais puissants. Cette belle histoire d'un amour avorté reste encore aujourd’hui un de mes plus grands regrets. Chaque été me le rappelle... et chaque été me rappelle l'été 2010, ce temps des possibles qui ne vécurent que le temps du printemps austral suivant.

    L'été 2010 s'en est allé à jamais, me laissant des images de paix, de quiétude, de jardins anglais et de carrés à la française, de sourires et de regards joyeux. Ce fut un été de bonheur, l'été du bonheur de vivre. Depuis, le temps a passé. D'autres étés sont venus et sont partis. Certains ont été des répliques sans être identiques : 2011, 2012... jusqu'à 2013 où la roue a tourné. Mon rêve d'ailleurs était déjà loin mais je le déniais. Et puis la réalité m'a rattrapé, bel et bien. Désormais, seuls restent des sensations, des nuances de vert et de jaune et de beaux souvenirs, comme autant de photos posées sur la commode au bois verni sombre.

     

     

     Crédits Photos : Centre Nature (Jardin Botanique) de Colombes - LP le Chanjour © 2009

     

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