• 43. LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES - conte social sur l'enfance et la pauvreté

     

    Cet article met en vedette le célébrissime conte d'Andersen, La petite fille aux allumettes, publié en 1845. Derrière la poésie de la narration, un fond social est sous-entendu. Ce récit d'une incroyable tristesse est tout simplement tragique. Et il l'est d'autant plus que son fond, la pauvreté des uns imposée par la richesse des autres, est d'une étonnante actualité : la réalité qu'il décrit est encore ô combien présente de nos jours, brisant des vies, des relations, des familles entières en France et à travers le monde. L'imaginaire peut aussi se parer de réalisme.

    Les fêtes de fin d'année sont une période adéquate pour se souvenir que tout le monde ne mange pas à sa faim ou ne peut vivre décemment. Cette belle histoire d'Andersen aussi tragique soit-elle permet de rappeler à un enfant que le monde n'est pas confortable pour tous et que l'empathie, la bienveillance et la compassion sont des sentiments à cultiver afin de poser la vertu en soi. Sinon notre monde deviendra tout bonnement invivable, soumis à la seule loi du plus fort.

     

    43. LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES - conte social sur l'enfance et la pauvreté

     

    En ces temps incertains socialement que nous traversons, où des gens manifestent face à la pauvreté qui vient frapper à leur porte de plus en plus souvent mais qu'ils repoussent violemment, terrorisés, j'ai trouvé intéressant de publier ce conte archi-connu de Hans Christian Andersen, la petite fille aux allumettes. En effet, je trouve que cette histoire tragique illustre à merveille les conséquences implacables, terribles, de la misère matérielle sur un être humain : l'extrême pauvreté marque jusque dans la chair celui qu'elle a choisi... et souvent lui ôte la vie prématurément. Pour l'avoir vu en face de moi, la misère, même quand elle est partie, laisse une empreinte indélébile chez celui qui l'a vécu à un moment de sa vie : je me souviens d'un homme que j'ai connu autrefois et dont l'aisance financière acquise à la force du poignet dissimulait mal le traumatisme intime laissé par de nombreuses années de disette auparavant. Une ombre de tristesse voilait sans cesse son regard et son enthousiasme exagéré tentait de compenser la souffrance du rejet social qu'il avait dû endurer. Étant issu d'un milieu pauvre, je comprenais très bien son ressenti. Je n'ai, certes, jamais connu la misère mais la modestie sociale a tendance à me coller aux basques quoi que je fasse. En outre, ma sœur et mon frère ont dû subir les vexations de l'exclusion lorsqu'on n'est pas du milieu social adéquat pour être admis dans un cercle de personnes, professionnel ou amical.

    La petite fille aux allumettes illustre de façon poétique mais limpide les causes qui rendent la pauvreté si effrayante au point que celui qui la voit poindre son nez dans sa vie peut en devenir agressif et violent quand il ne sombre pas dans le fatalisme et la résignation. Si nous contrôlons la majeure partie de notre vécu, les autres par leur choix et décisions peuvent affecter notre réalité quotidienne et nous imposer des épreuves que nous n'avons jamais envisagées. C'est toute l'essence même du mouvement social actuel des Gilets Jaunes : refuser la paupérisation grandissante des mêmes, toujours des mêmes d'ailleurs, à cause des décisions prises par d'autres. Les personnes qui manifestent explosent de colère face au déclassement qui désormais les fait chavirer de plus en plus vers la pauvreté matérielle. Leur réaction est avant tout portée par un effroi authentique face aux signes de paupérisation de plus en plus nombreux dans leur existence, ce qui a pour conséquence de nourrir une vraie rage portant l'envie d'en découdre avec le pouvoir politique en place. Cette terreur face à l'indigence qui s'installe en douce est un combustible efficace pour nourrir la flamme de la violence. Le sentiment d'injustice qui porte les revendications sociales actuelles est un moyen mental de contenir le flux de haine que suscitent nos gouvernants du moment ; il est créé par cette peur d'être un jour un vrai pauvre. C'est un verrou éthique qui légitime une action ! Qu'il vienne à sauter et ce sera la violence pour la violence : sauver sa peau sera la seule raison d'agir. Plus aucun code moral ne fera référence sinon la loi du plus fort. Ce sera le chaos.

    La petite fille aux allumettes, c'est avant tout un récit poétisé sur la violence sociale permanente imposée par la bourgeoisie depuis son arrivée au pouvoir au 19è siècle. Cette violence de classe bourgeoise diffère de celle de la royauté par le fait qu'elle a légitimé bien plus qu'auparavant le travail des enfants pauvres. Soutenu par la royauté, le christianisme, par son courant catholique, s'opposait à l'utilisation des enfants comme un moyen régulier de subsistance et d'enrichissement. Or, avec la bourgeoisie triomphante, le christianisme authentique a commencé à perdre de son influence sur la sphère politique et sociale au profit du judaïsme et d'un christianisme judaïsé, le protestantisme : toute paire de bras était perçue comme une force de travail possible. En France, à une époque où la haute finance et le rationalisme scientifique devenaient les deux sources de référence principales de la société occidentale, cette remise en cause du statut social de l'enfant de condition défavorisée s'est imposée à travers des attaques perpétuelles envers le catholicisme : le nouveau patronat capitaliste né des Lumières ayant besoin de main-d'œuvre docile et bon marché fit sauter peu à peu dans les sphères intellectuelle et politique tous les verrous moraux qui lui interdisaient d'employer des enfants. Le conte d'Andersen traduit parfaitement cette vision sociale de l'enfant issu d'un milieu pauvre répandue dans l'Europe du 19è siècle : ce dernier ne vaut que par ce qu'il rapporte à sa famille. Un enfant miséreux est considéré comme une bouche à nourrir et donc un poids potentiel pour sa communauté familiale : il doit sans cesse justifier son droit de vivre... ou alors mourir. L'œuvre du Britannique, Charles Dickens, est également un excellent reflet de cette pensée alors dominante... que certains grands patrons bourgeois actuels aimeraient revoir se concrétiser, sans aucune honte de l'exprimer.

     

    L'histoire de la petite fille aux allumettes se passe la veille du Nouvel An
    au moment où beaucoup s'affairent à préparer un réveillon
    dans une ambiance chaleureuse autour d'une table joliment décorée ornée de victuailles.
    Une fillette marche dans les rues enneigées d'une ville
    avec un panier rempli de boîtes d'allumettes qu'elle doit vendre pour nourrir sa famille.
     

    Lorsque enfant, j'ai lu pour la première fois ce conte, je me suis senti très triste : je trouvais la fin cruelle. J'étais en fait surpris que l'histoire se terminât mal tant j'étais habitué aux fins plus heureuses. Le fait de ne trouver le bonheur que dans la mort et une vie ultérieure hypothétique me laissa longtemps perplexe et troublé : j'y trouvais beaucoup d'injustice. Toutefois, ce conte a le grand mérite de mettre un enfant face à la réalité de notre monde : il lui rappelle que la mort existe bien et que les belles histoires peuvent aussi mal finir... parce que c'est la vie et que la vie peut être très dure pour certains nés sans fortune, malades ou avec tout autre handicap social. Même dans le monde des contes, tout le monde n'a pas droit au "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants". C'est sans doute ce caractère rude qui rend cette histoire atemporelle et du coup tellement actuelle : le nombre croissant de clochards (écartons pour une fois l'euphémisme "SDF") dans nos rues en témoigne tout aussi tragiquement que la mort de la fillette du conte dans l'indifférence générale. En effet, aujourd'hui, les badauds réagissent certainement de la même manière face au cadavre d'un sans-logis mort de froid dans la nuit hivernale : commisération, mines contrites éventuelles, culpabilité, détachement défensif voire méprisant doivent représenter la palette des émotions dominantes. Les contes qui réunissent réalité sociale et imaginaire poétique sans trop enjoliver le contexte de vie et la destinée des personnages sont les moins courants. C'est pourquoi La petite fille aux allumettes m'a tant marqué : je pouvais, et peux toujours, facilement m'y identifier. Hans Christian Andersen a écrit cette histoire en pensant à sa grand-mère qui avait vécu une enfance dans l'indigence, à une époque où il était déjà un écrivain renommé, ce qui explique ce réalisme du récit qui touche autant de gens.

    J'ai choisi de vous présenter une version de l'histoire contée tel qu'on peut le faire avec des enfants afin de conserver tout le charme d'un récit narré. Les images du dessin animé arborent un style naïf typique des pays de l'Est et de la Scandinavie. C'est une des versions que je trouvais la plus proche de l'esprit et du texte originels du conte d'Andersen. En outre, le tragique ressort encore plus à travers l'usage de couleurs vives pleines de gaieté. Ce contraste délibéré entre forme et fond m'a interpellé. Ce conte possède un fond social évident mais il n'en reste pas moins une belle histoire, d'une tristesse absolue certes, mais une belle histoire de Noël quand même. Le réalisme qui le porte n'empêche pas la présence d'une poésie et de tout un imaginaire qui symbolise l'ailleurs, temporel, spatial, si caractéristique des récits pour enfants.

    Je vous laisse avec l'histoire émouvante de la petite marchande d'allumettes. Puissiez-vous tous y trouver autant le plaisir d'un conte que matière à réflexion voire de discussion avec des enfants autour de vous en la leur lisant ou visionnant ! Belle fin d'année malgré le contexte social tendu que nous vivons ! Que 2019 vous soit profitable !  smile

     

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