• 42. SATIE - poème d'amour à maxime

     

    Il fut un temps lointain où l'amour me fit frémir et vivre quelques émois. Le présent poème fut écrit en décembre 1990. J'avais 26 ans. Dans ces vers, je m'adresse à Maxime, étudiant en deuxième année de lettres modernes à Nantes, ville où je vivais alors. A cette époque, je venais d'abandonner mes propres études littéraires afin de pouvoir travailler à plein temps. Je rencontrai Maxime dans une boîte de nuit très en vogue. Notre relation fut brève et dura ce qu'elle dura. Elle fut jolie, unique, parfaite dans ses imperfections, humaine.

    Mon amant arborait une longue chevelure de jais et des yeux marrons discrètement soulignés de noir. Sa peau pâle renforçait la singularité de son regard. Souvent vêtu de couleurs sombres et de vêtements à la coupe originale, il aurait pu passer pour un "gothique" ou un "émo" en un peu plus viril. Ce dont je me souviens le plus de lui était qu'il jouait du piano... et qu'il me fit découvrir celui qui allait devenir mon compositeur fétiche avec Frédéric Chopin : Erik Satie. Comment oublier ce 33 tours déjà usagé que Maxime me prêta un jour lorsqu'il remarqua combien la musique de ce cher Erik m'emportait vers moi-même bien mieux que les mots ou toute autre chose ! J'entends encore le son craquant de ce disque où la première Gymnopédie, en ouverture, ne cessait de "tousser", ratant quelques notes de-ci de-là, à chaque écoute, à cause d'une rayure récalcitrante. 

    Bien des années plus tard, ne reste qu'un poème, trace écrite d'une empreinte intérieure singulière que chaque note laissée par Satie ravive dès que je l'entends. Ce ne sont que des mots qui ont traversé le temps, quelques mots d'amour... pour Maxime.

     

    Tout en lisant le poème, laissez la musique d'Erik Satie vous imprégner... Vous baignerez alors dans l'atmosphère qui m'enveloppait au moment où j'écrivais ces mots un soir de décembre, en 1990. Ce morceau particulièrement portait mon sentiment :

     

    Nocturne n°4 d'Erik Satie - Interprète : Klara Körmendi

     

    SATIE 
    (à Maxime)

     

    Lyrisme mélancolique et joyeux quand je pense à toi.
    Le piano égrène des notes magiques qui me font rêver de toi.
    Éternel binaire sur broderies mauves,
    Arpèges célestes sur fond de baisers salés.

    L'eau tombe doucement à cette heure nocturne.
    Fin d'automne qui pleure... La nuit.
    C'est beau la vie ! C'est doux... de t'attendre.

    Joies coquines dans le creux de mes mains,
    Je t'aime si beau.
    Le piano va fort, mon cœur aussi.

    Si doux, si doux, Satie s'endort.
    Si doux, si doux, Satie s'étire.

    Paupières closes,
    Sourire aux lèvres,
    Je rêve,
    je te caresse.
    J'anticipe.

    J'attends... La nuit.
    C'est beau la vie ! C'est doux... de t'attendre.

    Les joies fugaces,
    Les plaisirs de l'amour, sont versatiles.
    D'un oui, ils nous font fête,
    D'un non, ils nous rejettent.
    Notes inquiètes
    Qui sonnent déjà comme un glas joyeux
    La mort de mon amour.
    Satie s'agite, m'avertit.

    Le calme revient.
    Je pense à toi.
    Tu viendras, embaumant les Nocturnes,
    Et je serai là avec un sourire inquiet
    Craignant de te perdre déjà,
    Toi mon amour si proche
    Et déjà si lointain :
    Je vois déjà demain,
    Toi ou moi avec un autre...
    Ou SEUL,
    L'Absolu éteint.

    Une histoire de vie ou de mort,
    Histoire d'un commun accord
    Qui voudrait, qui voudrait, qui voudrait... l'éternité,
    Mais qui sent le poids des choses temporaires.
    Simplement vivre ce qui est possible
    Tout en défiant l'amour impossible.
    C'est sûr, ça surprend, ça en impose.
    Ca laisse coi : je reste en mode pause.

    Tiens, Satie s'est tu !
    Seule la pluie contre la vitre...
    Fin d'automne qui pleure.
    Musique désormais fantôme
    Comme ta présence absente.
    Je t'imagine. Je t'aime. Je t'attends.
    Mélodie implicite, discrète.
    Modestie d'amour.

    Satie rejoue... pour moi.
    Dans ma tête.

    Paupières closes,
    Sourire aux lèvres,
    Je rêve,
    je te caresse.
    J'anticipe.

    J'attends... La nuit.
    C'est beau la vie ! C'est doux... de t'attendre.

     

    © Pierre-Laurent Sisley 
    décembre 1990 / décembre 2018

     

    42. SATIE - poème d'amour à maxime

     

     Crédits photo : X

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 21 Décembre 2018 à 11:30

    Un seul mot : sublime !

    Je ne connaissais pas votre côté poète et je suis vraiment ravie de le découvrir. Vous exprimez merveilleusement bien cet étrange et envoûtant sentiment qu'est l'amour.

    Dommage que la musique de Satie ne se mette pas en route.

    Bonne journée !

    Mes amitiés,

    Martine 

      • Samedi 22 Décembre 2018 à 18:31

        Bonsoir Sérénita !

        Commentaire de début d'hiver et de soirée... en écoutant ce 4è Nocturne d'Erik Satie.

        Le fait que vous ne puissiez écouter pour l'instant le lecteur d'Eklablog provient sans doute de la mise à jour non faite de votre plugin musical (ex : Adobe Flash Player) ou de l'absence d'un tel logiciel sur votre ordi, ce dont je doute puisque vous pouvez certainement écouter de la musique par ailleurs & voir des vidéos. Il vous faut donc vérifier si votre plugin est bien à jour. J'ai eu un problème avec la lecture de musique sur Eklablog il y a quelques semaines. Téléchargez Adobe Flash Player, plugin musical le + connu & fiable : il est gratuit. Une fois le plugin téléchargé et mis à jour, à votre reconnexion sur la page de l'article, un encart de votre navigateur vous demandera si vous autorisez l'exécution (l'utilisation) de Flash. Cliquez sur "ok". Et c'est joué !

        Pour le reste, oui, j'ai un goût pour l'écriture poétique, goût discret... et peu utilisé à vrai dire. Mais vous ne le découvrez pas pour la 1ère fois : vous avez commenté mon article 14, La fuite du temps. Vous étiez la toute première à réagir d'ailleurs. Mais comme j'écris peu de poésie, les gens oublient que j'ai cette aptitude. J'ai quelques poèmes dans un vieux cahier acheté il y a bien 25 ans dans lequel j'ai réuni tous mes poèmes écrits jusqu'à présent. Beaucoup datent de ma jeunesse.

        Merci de votre réaction : l'amour touche toujours quel qu'il soit. Relisez le poème, en musique cette fois, afin de vous imprégnez de tout, les mots, les sentiments, le contexte... 

        A + tard ! smile

      • Mercredi 26 Décembre 2018 à 12:53

        Bonjour Pierre-Laurent,

        Hourrah ! J'ai réussi à lire la musique ! Il est vrai qu'elle met encore plus en valeur votre poème, lequel est de toute façon une pure merveille, avec ou sans musique. Je tiens à insister sur ce point yes.

        Je constate, en effet, que j'avais déjà commenté l'un de vos poèmes, en 2016. Désolée pour cet oubli. Il est vrai que je suis plus habituée à lire vos textes en prose.

        La puissance de vos vers provient sûrement du fait que vous les réservez à des périodes importantes de votre vie. Pour le plus grand plaisir de nos yeux qui les lisent et de nos âmes qui les ressentent.

        Belle semaine à vous !

        Bien amicalement,

        Martine-Sérénita

         

    2
    Vendredi 21 Décembre 2018 à 12:00

    Il est magnifique, ce poème ! Qui plus est accompagné par un nocturne de Satie, dont je suis un fan inconditionnel. Si vous le désirez, vous pouvez écouter mes interprétations de Satie sur mon blog

    Passez de bonnes fêtes ! smile

     

      • Jeudi 27 Décembre 2018 à 15:42

        Merci pour votre compliment ! La musique de Satie et ces mots sont indissolublement liés. C'est comme la madeleine de Proust : il suffit que j'entende quelques notes des Gymnopédies, des Gnossiennes ou des Nocturnes pour qu'aussitôt, je me revois au 14 rue de Gigant à Nantes, cette nuit d'hiver-là. Ce fut une belle époque de ma vie. Une des plus confortables en tout cas.

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