• 41. L'ÉCLAT TERNI DE NOËL 2018 - seule, une petite flamme dans l'obscurité...

     

    Noël arrive à grands pas comme chaque année. Habituellement, je suis à la fête quelles que soient les circonstances que je vis. Mais cette année, je reste dans une relative indifférence : le contexte adverse que je vis depuis plus de 3 mois, lié à mes études universitaires, agit sur moi. Et à cet état de fait s'ajoute les tensions apportées par la décomposition sociale progressive qui s'opère sous nos yeux en France. Cette fin d'année 2018 n'est pas des plus réconfortantes : mon anxiété naturelle a rarement été aussi forte.

     

    Dans ce monde tourmenté qui n'a sans doute jamais été aussi mal depuis qu'il existe, Noël est redevenu au fil des ans une fête authentiquement et majoritairement spirituelle pour moi. Alors que je ne la fêtais plus depuis longtemps, j'ai redonné sans même y penser une place prépondérante à cette fête fondamentale dans le calendrier chrétien. Un jour, fin 2007, j'ai acheté un petit sapin artificiel d'un beau bleu turquoise qui depuis m'accompagne année après année pour marquer ce temps fort pour tout chrétien et dans ma vie. Je me souviens de cet achat comme celui d'un être humain en mal d'émerveillement et de beauté qui tout à coup décide de rouvrir la porte à la féerie qu'il vivait lorsqu'il était enfant au moment de Noël. Oui, Noël, lorsque j'étais jeune, est longtemps resté un temps de protection intérieure loin de la société, des autres qui me blessaient déjà par leur vulgarité imposante, leur sentimentalisme grossier, leurs attentes impudiques, leur médiocrité. Par réaction, je me réfugiais dans un monde de beauté et de lumière luxuriante.

    Puis je me suis éloigné de l'éclat social de Noël lorsque plus tard, j'ai expérimenté d'autres valeurs que celles inculquées par mes parents. Ca a duré longtemps. Très longtemps... non sans une certaine condescendance, de celle que l'on a lorsqu'on se croit supérieur aux autres, sans se l'avouer évidemment. Le fait d''avoir pris le chemin du bouddhisme m'avait rendu orgueilleux, sans même m'en rendre compte. Cependant, mon âme, mon Soi, me parlait à travers ce qui restait de notre enfance année après année. Pendant longtemps, je n'ai pas écouté le son de cette voix intérieure et puis un jour... j'ai acheté ce sapin. C'était quelques mois avant l'énorme crise intérieure qui allait secouer ma vie et m'amener sur le chemin d'une spiritualité authentique et d'un véritable respect de ma personne.

    Depuis fin 2007, chaque année, je sors mon petit arbre turquoise et le décore tel un artiste qui crée une œuvre éphémère. Placer boules, personnages de bois, grelots et guirlandes sur les branches m'enchante : je m'amuse et laisse parler en moi le gamin que je suis toujours. Je me fais du bien. Ca m'apaise. J'y passe du temps en général car c'est une véritable tâche de création : je cherche l'harmonie entre les couleurs et les formes. Tout se fait dans la joie retrouvée et l'émerveillement renouvelé. Lorsque je décore mon sapin, je suis heureux, bien, vraiment bien. Je vis l'instant présent.

    Et puis, il y a cette année. Pour la première fois, j'ai apprêté mon petit sapin sans réel plaisir. Mon cœur est trop pollué par des contretemps et occupé par un obstacle récalcitrant depuis des semaines. J'ai hésité à sortir mon sapin de son carton. J'ai failli ne pas marquer le coup cette année tant l'adversité m'a mené à un degré d'épuisement mental au fil des mois. Je suis pourtant suivi pour ma dépression que j'ai prise en charge. Je gère un psychisme défaillant. Je cesse progressivement de n'être qu'un homme de devoirs pour être davantage un homme de droits sans cesser d'être un individu de principes. C'est fondamental. Ca requiert toute votre énergie au risque sinon de reculer et de couler complètement cette fois.

    Je m'aperçois par ailleurs que les changements sociaux interfèrent avec ma vie. La présence de l'incroyable violence qui règne depuis près de 3 ans au sein de la société française accentue mon désarroi : je reste sans cesse stupéfait devant notre propension à accepter DOCILEMENT le pire. Fort peu d'entre nous se lèvent en fait contre tout ce qui concrètement incarne le mal autour de nous : notre inclination a nous en remettre à l'appareil d'état et au système politique en dit long sur notre démission quant à nous saisir de notre libre-arbitre. En faisant le bilan de ma vie depuis 2008, année de ma grande crise intérieure, j'ai pu constater une nette dégradation du climat social général comme jamais auparavant. Nous vivons dans une société violente parce que nous nous complaisons dans cette violence, nous la célébrons même : nos choix de vie, nos objets d'admiration, en témoignent. Ce n'est pas le clochard, le caissier ou l'infirmière que nous portons en avant dans nos discours et notre esprit mais bien le mannequin, l'artiste célèbre ou le sportif richissime. Nous nous noyons dans le paraître et la forme plutôt que l'essence et le fond. Nous vivons dans une société qui reflète les penchants intimes de l'extrême majorité d'entre nous. C'est la raison de mon malaise : le mensonge et la falsification demeureront encore longtemps les fondamentaux de notre relation sociale parce que nous en acceptons l'influence sur le plan politique quoi que nous en disions. Pas la peine de tergiverser ! Le déni n'est plus de rigueur : une énorme partie d'entre nous entretient une idylle solide avec l'hypocrisie. Nous avons pu faire élire un des présidents les plus corrompus qui soit en France parce que nous-mêmes nous vouons chaque seconde de notre vie à la fausseté, au maquillage de la réalité dont nous refusons qu'elle ne corresponde pas à notre vision du réel. Le travestissement est notre ligne de conduite perpétuelle et ordinaire.

    Nous nous plaignons du mal, de la souffrance sociale qui dure voire s'amplifie avec le temps. Selon celui qui s'exprime, il peut s'agir autant d'aveuglement ou de déni que de malhonnêteté ! Nous sommes l'unique cause de ce qui nous arrive sur le plan collectif : la somme de nos choix et de nos décisions sur un plan individuel finit par faire un fleuve qui se jette dans un océan d'égoïsme et de corruption où chacun ne voit plus le monde que selon ses seules croyances et ses seules valeurs. Forcément, des tensions durables naissent, s'installent et se perpétuent. Le monde où nous vivons est le miroir de nos conditionnements sociaux et familiaux avant tout : notre être véritable tend à trop souvent s'effacer devant le "discoureur" politique et le "sachant" religieux ou philosophique, y compris lorsqu'il vient du peuple directement. Cette démission individuelle face à ce qui est considéré comme autorité à de lourdes conséquences que tous nous subissons à la longue. Celui qui refuse de prendre les rênes de sa vie doit accepter d'en payer le prix : d'autres décident pour lui et font comme bon leur semble. L'irrespect devient alors la règle sociale numéro un. Comment s'étonner alors de tant de souffrance individuelle et collective ? L'épiphénomène de Gilets Jaunes qui secoue actuellement la France en est un sursaut les plus évocateurs. Qu'il soit apparu en une fin d'année, période si consumériste, rajoute à son action sociale une signification philosophique, éthique, inattendue et tout à fait appropriée. Ca n'est sans doute qu'une coïncidence mais le rapprochement s'établit de fait.

    Évidemment, chacun de nous ne peut qu'agir à son échelon individuel tout en s'associant avec d'autres gens concernés par une même cause que lui. Mais sans se changer soi-même en profondeur, vouloir modifier le contexte social dans lequel nous vivons restera vain. Ce qui n'était qu'un concept philosophique aux yeux de beaucoup se vérifie chaque jour... même si des résistances intérieures surgissent pour l'admettre tout à fait. C'est sans doute pour cette raison que j'aime Noël. Peu importe que cette fête soit chrétienne et que certains ne veulent y voir qu'un moment festif ou même la dénigre, elle est ENCORE présente sur notre calendrier et véhicule sans doute le plus beau message qui soit pour l'humanité : la paix. La naissance d'un Sauveur qui prend forme humaine est un symbole qui ramène tout homme vers lui-même : c'est dans et par le fait d'humanité que chaque personne trouvera le chemin de sa réalisation individuelle même si sa foi repose sur la croyance en une divinité, celle-ci n'intervenant pour aider que si chacun se donne la peine de corriger son attitude générale disharmonieuse afin d'exprimer davantage sa beauté intérieure. "Aide-toi le ciel t'aidera !" : l'adage est on ne peut plus vrai, peu importe notre croyance intime, qu'elle soit religieuse ou athée.

    Se faire une place dans un tel monde où la dissension et le chacun-pour-soi priment est une gageure. Nous y sommes tous soumis malgré nous. Nous contrôlons la majeure partie de notre vie mais une autre partie reste à la discrétion d'autrui même s'il nous plaît de croire l'inverse : l'environnement humain influe sur le cours de notre vie. Nous avons aussi besoin des autres pour progresser de toute manière à un moment ou un autre. Ca devient difficile de le penser lorsque nous sommes confrontés à un obstacle durable, ce qui est mon cas. C'est pourquoi cette année, la préparation de Noël a été morose. J'ai décoré mon sapin sans plaisir créatif à la différence des années précédentes : je n'ai pas pris mon temps. Le cœur y était moins, bien moins... parce que je me suis senti à la merci des autres, à la merci de choix qui n'étaient pas ou plus les miens. Le fait d'affronter dans mes études de grosses difficultés indépendantes de ma volonté contribue bien sûr à ma souffrance mentale. Toutefois, tout au fond de moi, une petite voix m'a poussé à célébrer comme à chaque fin d'année, ce moment de beauté extériorisée, d'éclairer mon chemin de vie avec la lanterne de la sagesse et de la patience, aussi ténue que soit sa clarté. L'acte extérieur devient le support visuel de ce qui se passe à l'intérieur même si rien ne se voit encore. J'ai donc préparé mon sapin comme à l'accoutumée, entre forte inquiétude et joie émoussée. Je l'ai fait tel que j'étais. Mon arbre de Noël est des plus sobres. J'y ai mis à l'honneur le bois, l'or, le rose et une pointe de blanc. Il porte aussi moins de boules et l'ensemble reste légèrement froid. Peu d'animaux sont en outre présents sur les branches contrairement aux autres années où j'aimais égayer l'arbre d'une présence rassurante, mettre en avant une chaleur relationnelle, un réconfort que je trouvais trop absent de mon vécu. C'était un symbolisme naturel et compensatoire. Or, pour ce Noël, je n'ai fait aucun effort : deux oiseaux, dont un seul en bois, matière chaude, sont posés sur les branches. Je n'ai même pas sorti des cartons mon hérisson fétiche. J'étais comme atone, distant, indifférent. J'avais envie d'avoir mon petit bout de rêve et d'enfance annuel mais une forme d'éloignement intérieur a créé comme un écran, diminuant grandement mon plaisir à décorer mon arbre. Les coups que j'ai reçus de la vie ces trois derniers mois m'ont en partie insensibilisé, me laissant impuissant, désemparé, me poussant au retrait intérieur. Mon état dépressif a bien sûr amplifié ma réaction face à un contexte adverse : je surréagis.

     

    41.

    L'or, le rose, le blanc et le bois sont les couleurs de Noël
    chez moi cette année... et toujours sur fond turquoise.

    Voilà, l'esprit de Noël brille chez moi en 2018 mais sa flamme y est plus faible que d'habitude. Je ne suis pas heureux. Je suis mécontent de voir ma route bloquée après que les portes se soient pourtant grandes ouvertes par deux fois ces dernières années confirmant mon choix professionnel. Je suis face à moi-même. Je constate ce qui est. Je continue mon chemin : je dois gagner. J'ai décidé d'obtenir quelque chose en tout cas, intérieurement et EXTÉRIEUREMENT. Je suis tel un individu confronté à une impasse après un long trajet : reculer n'est plus possible au-delà d'un certain degré d'engagement. Continuer à avancer, résoudre le problème, est l'unique option présente. C'est dur, épuisant certes, mais je n'ai plus le choix. Cette pression constante ternit l'éclat de ce nouveau Noël arrivant dans ma vie. Cependant, une lueur reste visible dans l'obscurité. Même si j'ai peur, que l'anxiété m'étouffe littéralement, je ne renonce pas.

    Bon Noël à tous ! Bon courage pour toutes vos réalisations présentes et pour celles à venir... en 2019 ! Aussi, je vous souhaite une bonne année avec juste un peu d'avance !

     

     

    Crédits photo : LP le Chanjour

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 21 Décembre 2018 à 12:16

    Merci, Pierre-Laurent, pour ce texte d'une grande lucidité, dont je partage tout à fait l'argumentation très pertinente. Je n'ai rien à ajouter, sinon peut-être que vous n'êtes pas le seul à ressentir un malaise à l'approche des fêtes de fin d'année. Moi-même je me fais toujours une joie de préparer le sapin tous les ans, et cette année je l'ai fait d'une manière beaucoup plus neutre et détachée, sans vraiment savoir pourquoi. Est-ce la sinistrose ambiante qui fait ça ? Est-ce ce ressenti d'une société fondamentalement injuste où d'un côté on a ceux qui dépensent à tout-va pour les fêtes sans se soucier des autres, tout en se moquant éperdument du fondement religieux de Noël, tandis que de l'autre les gens ne peuvent même pas acheter un jouet à leurs enfants ? Je ne sais pas... 

    Je crois que vous et moi ne sommes pas les seuls à penser de cette façon, ce qui, finalement, serait plutôt positif, malgré les apparences, car cela voudrait dire qu'une importante prise de conscience est en train de se faire, et c'est de cette façon que les choses changent. Rien n'évolue jamais sans une prise de conscience préalable, avec tous les bouleversements, toutes les remises en question qui vont avec.

    Merci pour vos vœux chaleureux. À mon tour de vous souhaiter un très joyeux Noël, dans l'esprit que nous y mettons du fond du cœur et l'appréciation entière de l'instant présent.

    Amitiés,

    Martine

     

      • Jeudi 3 Janvier à 03:02

        Bonjour Sérénita/Martine

        Effectivement, je n'y avais pas pensé : d'autres que moi, et du coup nous deux, ont sans doute ressenti moins de joie à fêter Noël cette année. Vous avez raison sur la prise de conscience : c'est sans doute elle qui a fait que cette année, sur mon fil facebook, j'ai trouvé moins d'enthousiasme et donc d'images kitsch et rigolotes de Père-Noël dodus & souriants ou de sapins illuminés postés par d'autres. Les gens ont marqué le coup certes mais comme dans une atmosphère de désenchantement. Il faut dire que le contexte social des + difficiles, en passe de devenir vraiment violent, ne peut être ignoré par quiconque : il s'invite en nous, en notre intimité malgré tout, car il parle sans cesse de pauvreté, de manque, de souffrance et de frustration intolérable, injuste. 

        Plus personnellement, les difficultés que j'affronte depuis 4 mois dans mes études ont également largement plombé mon moral. A cause d'un contexte indépendant de ma volonté, je suis pour l'instant dans une situation fortement problématique qui peut mettre en péril ma poursuite en master de psychologie malgré moi. Ca a eu un impact prédominant au cours de ces fêtes 2018. C'est ce qui m'a le plus refroidi dans mon enthousiasme à célébrer Noël. Le doute, l'angoisse et le désespoir se sont associés pour former une boule sombre, toxique psychologiquement en mon for intérieur. 

        2018 qui avait débuté positivement s'est achevée négativement, en tout cas avec dureté. 2019 sera tout aussi adverse sur au moins les 5 premiers mois. Comme je le sais, je peux m'y préparer. Parallèlement, la société va se faire l'écho de ce que je vis intérieurement via le mouvement des Gilets Jaunes : je parle en terme de vécu psychologique, pas de partage idéologique.

        Bref, nous sommes en 2019. Ce Noël sans éclat est parti. Mon sapin et sa décoration vont bientôt retrouver leurs cartons. Reste à espérer qu'à la fin de cette nouvelle année, Noël retrouve enfin son éclat habituel qui m'apporte tant de chaleur et de beauté un mois durant.

        A bientôt !

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