• 4. CONSCIENCE - un matin comme tant d'autres en allant travailler

     

    Un matin récemment, en allant à mon travail, tout m'est apparu aussi clair qu'une eau de roche : mouvement de progrès intérieur, conscience de ce qui est au plus juste. Concernant ma vie professionnelle, plus rien ne sera comme avant : évolution en cours.

     

    Je suis dans le métro depuis un quart d'heure, assis à la même place comme presque chaque matin. Le wagon, aujourd'hui, est modérément rempli. Autour de moi, les voyageurs espacés lisent, écoutent de la musique ou autre chose, somnolent ou regardent sans voir, le regard perdu dans un ailleurs invisible et intime. Peu de gens échangent entre eux. Les univers en solo sont plutôt la règle lorsque je me rends à mon travail. Oui, l'individu solitaire, isolé des autres dedans tout en étant parmi eux dehors, est la norme froide, productiviste, d'une société capitaliste normalisée à l'extrême.

    Je suis là, épuisé, avant même d'avoir commencé ma journée. Je suis las, l’œil flou qui regarde tous ces gens s'ignorant volontairement les uns les autres, s'accrochant, égocentriques, à leur univers intérieur aux limites fondues dans un objet. Je suis là. Je suis triste : la vacuité stupide de la vie du travailleur moderne m'apparaît soudain, froide, cinglante, cruelle. Tous, nous nous rendons sur un lieu où nous allons dépenser une énergie de vie incroyable dans le seul but d'enrichir un employeur tutélaire qui attend de nous respect des règles, soumission, initiative régulée et liberté escamotée. Peu de gens autour de moi sont eux-mêmes patrons, je le devine. Je le sais. Nous sommes cinq ou six dizaines d'exploités dans le wagon et plus dans le train entier. Le salaire que nous recevons n'a aucune mesure avec la qualité réelle de l'effort que nous fournissons chaque jour pour l'obtenir. La disproportion est criante, violente, obscène. Cette indécence nous assomme presque tous, nous fermant les uns aux autres, empoisonnant notre joie de vivre, polluant notre spontanéité, tarissant notre entrain, tout en n'éveillant en chacun qu'innombrables frustrations. Beaucoup d'entre nous cultivons une amertume diffuse que nous masquons tant bien que mal sous le vernis d'un faux sourire que nous voulons désespérément vrai... et que nous finissons par croire comme tel à force !

    Chaque jour voit renaître et se renforcer notre capitulation. Nous abandonnons souvent à d'autres le pouvoir de tourner la clé de la porte de notre existence. Sans précaution, ces gens laissent en nous une empreinte non désirée ; ils piétinent notre vécu et le recouvrent peu à peu de couches d'exigence, d'ordres, d'attentes ou d'ultimatums. Nous nous retrouvons peu à peu déconnectés de nous-mêmes : nous ne savons plus qui nous sommes réellement. Les rêves d'autres sont devenus les nôtres. Notre monde est une illusion permanente... parce que nous le voulons bien. 

     

    Tout au long du trajet me menant à mon lieu de torture morale (torture très amoindrie, je vous rassure), une tristesse diffuse m'envahit de plus en plus présente. Savoir que je vais donner mon énergie vitale pour le bénéfice principal d'un employeur dont l'intérêt unique est de tirer profit de personnes handicapées en assujettissant ma créativité et ma volonté dans ce seul but me rend vaguement nauséeux. Et ça va durer ainsi huit heures ! Je suis au bord des larmes. Mon travail n'a plus le sens noble et généreux qu'il a eu pour moi pendant plusieurs années : l'exigence de rentabilité y a pris ses quartiers désormais jusqu'à l'incohérence sinon l'absurdité parfois. Je n'ai plus d'autre fonction que d'être celui qui bouche les trous tous azimuts, colmate les insuffisances des autres, soutient l'authentique déficience professionnelle de salariés jusqu'à en arriver malgré lui à encourager celui ou celle qui ne veut pas ou plus en faire plus, le collègue qui dévie et qui pourtant parle haut et fort, donnant ainsi l'illusion d'être sérieux.

    Je suis dans un état second, drogué par l'angoisse, diminué par l'anxiété, affaibli par l'ennui : me plier aux exigences d'autres qui n'en ont rien à faire de ma personne et me voir dépérir dans une routine étouffante voire oppressante me sont une idée désormais insupportable. Je veux vivre, juste vivre, seulement être moi, le plus complètement possible. J'exige mon intégrité existentielle. Je rejette l'ersatz de plénitude et de respect que j'ai développé depuis longtemps. Jouer le rôle dans lequel j'ai été consigné ne m'intéresse plus... parce que j'en ai pris conscience. Je me rebelle.

    Ma tristesse diaphane est mon énergie brûlante. Ma tristesse diaphane est mon énergie distante : je repousse loin de moi les scories toxiques de l'éthique de l'utilitarisme patronal. Je ne suis pas un robot paramétré qui accomplit des tâches automatiques prédéterminées. Je ne livre pas d'attitudes sur commande. Ma carte mémoire est un cœur humain rempli de nuances contradictoires. Je suis un homme... encore.

     

    Je ne parviens plus à vivre selon les règles de la société dans laquelle je suis. Je ne parviens plus à rester l'esclave du libéralisme capitaliste. Je ne supporte plus d'être soumis à des règles, des lois, un droit, un cadre mis en place uniquement pour protéger un système bénéfique aux mêmes depuis la Révolution : la haute bourgeoisie. Vous savez : la classe de ceux qui, incapables de faire quelque chose de leurs dix doigts, font travailler les autres à leur place, ceux dont l'unique savoir-faire est de manier l'argent faute de talent et d'excellence personnels. En fait, j'en ai assez de travailler pour la classe des parasites. La paresse cachée sous le vernis de la rhétorique de l'effort salutaire et du mérite n'a plus mon soutien : le discours sur l'emploi est faux... depuis toujours en fait.

    J'ai simplement compris, saisi, intégré, que depuis ma naissance et avant, on m'a fait jouer selon les règles truquées d'un jeu qui ne profitent qu'aux mêmes depuis des décennies. Ce n'est plus une simple impression intellectuelle. Non ! Aujourd'hui, je suis CONSCIENT, parfaitement éveillé. J'ai l'esprit clair : je vois et je sais. Je vois et je refuse. J'exprime mon désaccord. Je suis vivant, ENCORE vivant. Ouf !

    Aujourd'hui, je confirme mon choix d'être libre. Je dispose de ma vie. Je prends les rênes de mon avenir professionnel et la gestion intégrale de mes amours comme de ma santé. Au diable ce qu'on veut m'imposer ! Soumis en apparence, je n'en ferai qu'à ma tête... comme souvent d'ailleurs. Mais cette fois, ce sera de façon plus ouverte : les petits chefs et autres roquets des administrations n'auront plus le dernier mot avec moi. Je découvre plus avant les vertus de la fermeté claire et intransigeante sur les choses fondamentales.

    Dans quelques temps, je ne prendrai plus ce métro morne et stupide rempli de bétail humain. Dans quelques temps, je serai recréateur de mon présent professionnel, mouvement intérieur déjà bien entamé d'ailleurs, bien commencé là, maintenant. Voilà, c'est simple, modeste et beau : je suis emporté dans un mouvement de vie, d'entrain... et je n'aurai plus la langue dans ma poche envers quiconque viendra "m'emmerder" sur mes opinions, ma manière d'être, ma façon d'agir et surtout mes choix et projets, en particulier ceux professionnels. L'honnêteté seulement douce et proprette, c'est fini. Place à l'honnêteté responsable, plus directe. C'est plus sain, plus constructif, plus respectueux, c'est tout ! A bon entendeur !

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 23 Avril 2016 à 20:56

    Au moins, c'est dit !!! et clairement en plus !!! et très compréhensible pour tout ceux qui comme moi sont partis au boulot les larmes aux yeux .....même si ma position était assez confortable par rapport à beaucoup !!!

    C'est bien d'avoir le courage de changer les choses avant de sombrer !!!

    Bon weekend !!!

      • Jeudi 28 Avril 2016 à 04:19

        Merci d'avoir pris le temps de lire et commenter ce texte qui me tient particulièrement à cœur Chrisy : il est né d'une si soudaine prise de conscience que j'étais en train de gâcher ma vie. C'était intense et profond. J'ai saisi avec une lucidité parfaite l'absurdité de notre civilisation où travailler ne sert juste qu'un système et ceux qui le dirigent mais pas les travailleurs dans leur immense majorité. J'en ai eu assez de n'être qu'un pion dans un jeu dont je ne maîtrisais pas les règles et conçu à mon encontre. Cette révélation intérieure a été d'autant + forte que j'étais encore en phase d'épuisement professionnel (burn-out) aiguë... après avoir été manipulé par une personne cadre dans mon ancienne "boîte" et contraint à faire une somme de tâches qui normalement ne relevaient pas de ma fonction.

        Cette prise de conscience est allée de pair avec une honnêteté + franche et directe : je suis moins dans le consensus mou même si j'essaie de rester diplomate. C'est mieux.

        A bientôt !

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