• 38. CULTIVER L'EFFORT D'OBJECTIVITÉ - dépasser le schéma "avoir raison ou tort"

     

    Ce 38è article complète le précédent sur l'autonomie de pensée si révolutionnaire en soi et l'article 5 du blog où j'appuie sur la nécessité de ne pas s'en tenir qu'à une seule vision des choses afin d'avoir une idée plus juste d'une situation. L'autonomie, oui, mais en restant ouvert et perméable.

    Développer une réflexion autonome ne signifie pas n'en revenir qu'à soi-même : l'accès à une vision plus juste de la réalité impose de confronter nos opinions avec celle des autres et d'en faire une synthèse. En effet, plusieurs chemins sont possibles pour accéder à la vérité d'un fait, l'essence d'un sujet ou l'accès à une solution : adopter un état d'esprit plus objectif signifie devenir intégratif. C'est tout l'enjeu de l'effort d'objectivité.

     

    Les mots du début

    Si l'article précédent parlait des bienfaits pour soi d'apprendre à cultiver une véritable autonomie de pensée, celui-ci traite de la manière d'exprimer son opinion de façon plus constructive. En effet, l'expression de nos idées pâtit souvent d'une subjectivité trop importante dans notre argumentation sur bien des sujets. Ce facteur nous enferme vite dans un schéma récurrent d'opposition binaire sinon frontal : "J'ai raison / L'autre a tort.". Forcément, l'écoute n'est pas là et le dialogue authentique n'existe pas : l'autre est encore à parler que déjà, on prépare sa réponse pour lui clouer le bec. Comment s'étonner des étripages sur Internet ! Or, avoir des échanges équilibrés fondés sur le respect est tout à fait possible : ça se travaille. Et pour cela, une qualité essentielle doit être présente : l'objectivité. Sans elle, on se condamne à rester emprisonné dans un mode de pensée automatique et à n'entretenir qu'une pensée égotique et biaisée.

    Dans ce texte, je vous montre comment l'objectivité nous impose d'emblée de considérer tous les paramètres d'une question par l'exemple des statistiques, discipline à laquelle je suis formé. En effet, être objectif n'est pas une attitude naturelle chez l'humain : notre propension à la subjectivité submerge et déforme toujours nos jugements ordinaires, entraînant de multiples conflits avec autrui. L'objectivité est une attitude qui s'acquiert grâce à la rigueur éthique : le respect mutuel devient le fondement de notre pensée. L'autre peut s'exprimer en notre présence sans crainte d'être jugé en valeur et rejeté. Exactement comme dans un raisonnement mathématique, l'objectivité permet la liberté de réflexion tant que nos affirmations restent dans un cadre défini qui accueille la divergence d'opinion sans hypocrisie. 

    Dans une seconde partie, je montre que malgré les discours où chacun s'estime être un parangon de vertu, ou proche de l'être, dans le dialogue avec autrui, la réalité relationnelle humaine est bien plus nuancée. Dans les faits, l'objectivité n'est pas si bienvenue : elle dérange nos certitudes et nos partis-pris. Nous en arrivons même à ne pas la considérer chez ceux qui pourtant en ont usé dans leur démarche intellectuelle : nous  développons une pensée personnelle inquisitrice, fortement intolérante, au risque de la malhonnêteté parfois.

    La dernière partie du texte se concentre sur les biais cognitifs engendrés pas notre perception subjective des choses et sur les erreurs de jugement qui en résultent. L'objectivité place en parallèle à égalité toutes les visions d'une situation : l'approche de la vérité factuelle est alors permise. Une caractéristique qui peut élever la conscience individuelle déplaît évidemment à tout pouvoir politique coercitif, surtout lorsqu'il est en voie de totalitarisation : la manipulation de l'information et de l'opinion publique est alors de rigueur.

     

    1. L'objectivité est une aptitude au respect de la contradiction

    Grâce à mes études en psychologie, j'ai intégré la pratique de l'approche objective dans une démonstration. Ca commence par le raisonnement scientifique qui se fonde lui-même sur le raisonnement statistique... car en psychologie, les mathématiques sont présentes dans à peu près toutes les matières du cursus, surtout en licence 2 et 3. Elles donnent lieu à un cours particulier axé sur les statistiques inférentielles. Si au départ, cette matière m'a fait souffrir (cf. article 17), j'ai appris à l'aimer à force de travail. Mais surtout, j'ai acquis la base du raisonnement dont j'ai appris à apprécier la justesse et l'objectivité. Car ce qui importe dans les statistiques inférentielles, c'est de démontrer la validité d'une hypothèse de départ, appelée H1, celle que vous défendez, en tenant compte en permanence de la thèse opposée, l'hypothèse H0, que vous remettez en cause. Vous ne prouvez la valeur de ce que vous affirmez que face à l'opinion contraire considérée à égalité avec votre thèse tant que vous n'avez rien confirmé : on ne peut faire plus respectueux. C'est aussi ça le génie des maths !

    Un raisonnement statistique se construit d'abord à partir de l'observation froide de faits que vous concluez par une ou plusieurs hypothèses dont vous allez chercher à prouver la validité à travers une confirmation menée de manière rigoureuse sur un plan éthique et méthodologique. Ainsi, tandis que vous conduisez votre démonstration, étalant vos arguments, à travers une série de calculs complexes, peu à peu, vous cheminez vers une réponse objective. Le résultat final dira si, oui ou non, votre ou vos hypothèses de départ sont validées et si oui, jusqu'à quel degré puisque tout raisonnement statistique se double d'une illustration avec des schémas divers (courbes, histogrammes, dessins, etc.). Ce type de raisonnement est en outre réaliste car s'il reconnaît la confirmation par le nombre le plus élevé, il refuse toutefois la confirmation absolue, c'est-à-dire le 100 %, qui n'existe pas dans la réalité. La nature, la vie, l'univers aiment l'exception qui confirme une règle mais dit aussi que rien n'est absolument avéré. Ce sont les fameuses extrémités de la célèbre courbe de Gauss 1, outil de représentation statistique familier à tout scientifique ou psychologue au sein d'une recherche ou d'une vérification concrète. Ces extrémités schématiques sont appelée en termes de calcul "risque alpha" ou "risque bêta" selon que l'hypothèse H1 est démontrée, et donc retenue, ou non. Ce risque traduit mathématiquement la marge d'erreur ou d'incertitude reliée à votre raisonnement. Il équivaut à un pourcentage, allant souvent de 0 % exclus à 5 % inclus. C'est une manière intelligente d'intégrer ce fait objectif : l'impossibilité d'atteindre l'absolu dans toute démarche intellectuelle, qu'elle soit scientifique, philosophique, spirituelle ou littéraire.

    Ma description ci-dessus vaut pour un développement mathématique à l'appui d'une étude scientifique mais comment peut-on transposer une démarche aussi objective sur le plan purement intellectuel lorsqu'on veut démontrer une opinion face à une autre idée dont on conteste le bien-fondé en partie ou complètement ? C'est très simple : éviter le plus possible la construction subjective d'un raisonnement. En effet, même si nous fournissons des preuves validant notre thèse, nous n'apportons en fait que des éléments la renforçant... tout en taisant tout ce qui vient la contredire. Or, AU MOINS TOUJOURS UN ÉLÉMENT CONTRADICTOIRE DE POIDS peut nous être opposé. L'unanimité n'existe jamais dans la vie. L'énorme défaut de presque toutes les démonstrations qui existent sur de nombreux sujets ont le défaut majeur de rarement considérer ce qui les contredit, sinon pour s'en moquer, le dévaluer ou le nier carrément. Un raisonnement équilibré doit absolument laisser place à la contradiction au sein même de son développement : il doit toujours se bâtir en fonction de la thèse divergente à celle qu'il propose et non pas exclure toute référence dissonante. En effet, lorsqu'on défend un point de vue, on n'a jamais raison ou tort sur toute la réalité du sujet mis en question : de multiples biais cognitifs déforment l'angle de vision individuel. Nous projetons toujours, en partie du moins, notre système de valeur sur une situation. Et même si des faits étaient notre discours, ça ne signifie pas qu'en face, l'avis contraire soit faux pour autant. La réalité factuelle doit être considérée dans son intégrité complexe et pas seulement selon les parties qui nous conviennent... sinon nous sommes partiaux, et parfois même, nous en devenons malhonnêtes.

     

    38. CULTIVER L'EFFORT D'OBJECTIVITÉ - l'inanité du schéma "j'ai raison / tu as tort"

     

    2. L'objectivité est une exigence éthique de haut niveau

    L'objectivité demeure fort malvenue dans le monde tumultueux des idées... même si personne ou presque ne l'avouera publiquement. Naturellement, l'être humain déteste la contradiction et la fuit : la plupart d'entre nous doivent faire un effort considérable pour accepter le désaccord, aussi léger soit-il. Toutefois, à notre époque, ça a pris des proportions inquiétantes psychologiquement : nous sommes devenus intolérants à l'opposition jusqu'à ne plus accepter de vivre que dans un cercle relationnel où tout le monde ou presque pense comme nous. Alors que la majeure partie d'entre nous se gargarise en permanence de concepts philosophiques promouvant la solidarité, l'ouverture à la différence, le dialogue, l'échange interculturel, jusqu'au sophisme hideux et puant du vivre-ensemble, fort peu d'entre nous respectent concrètement cette règle devenue paradoxalement une véritable injonction sociale. C'est logique : cette règle éthique est purement idéologique, politique : elle n'est pas née du terrain, elle n'a pas été conçue par l'expérience humaine. Dès lors, on peut affirmer que la capacité de l'homme à un type de réflexion et de discussion orale ou écrite de haut vol sur le plan éthique appartient aux plus hautes sphères de la morale. C'est ce qui, à mes yeux, définirait le plus une belle âme avec l'altruisme.

    Concrètement, lorsqu'une personne expose son opinion dans un livre, un magazine, à la télévision ou la radio ou encore sur Internet, son argumentation ne se fonde quasi-systématiquement que sur des références et des exemples affirmatifs. Les éléments contradicteurs sont soit absents, soit ultra-minoritaires. Et tout le monde est concerné : citoyens lambdas, philosophes, essayistes, journalistes. Partout, le débat public demeure une arène où l'approximation du subjectif l'emporte sur la précision de l'objectif, ce qui, évidemment, biaise les visions des choses confrontées et tend les échanges. Par effet collatéral, le grand public n'a accès qu'à des réflexions biaisées sur divers thèmes. Jusqu'à présent, hormis dans des textes scientifiques, je n'ai pas réussi à trouver d'écrits essayant d'approcher une objectivité authentique chez un auteur. Un homme a tenté toutefois d'appliquer dans de longs développements complexes une méthode réflexive ouverte à la contradiction objective : Sigmund Freud ! Bien que la réputation du célèbre neurologue autrichien ait été sérieusement entachée depuis 2005 2, la lecture des écrits freudiens montre qu'ils se fondent tous sur la même méthode réflexive : un développement contradictoire où chaque hypothèse avancée se voit aussitôt contredite avec autant de précision que la thèse défendue. Même s'il n'y a pas de chiffres et d'expérience selon nos critères actuels, la manière de procéder relève de la pensée scientifique dans l'esprit : thèse et contre-thèse sont considérées avec équivalence, ce qui rend la lecture de l'œuvre freudienne, il est vrai, particulièrement indigeste tant le contenu en devient dense et complexe.

    Curieusement d'ailleurs, aucun des critiques de Freud ne rappelle jamais ce processus réflexif volontairement contradictoire, préférant ne se focaliser que sur les éléments qui nourrissent leurs préjugés méprisants sur une méthode qui a comme seul tort de leur déplaire. Certes, Freud a parfois failli sur le plan déontologique, mais lorsqu'on ne se concentre que sur les points négatifs de son parcours en omettant un caractère aussi fondamental de sa méthodologie, comment peut-on appeler une telle démarche sinon une manipulation. Là, pour le coup, l'objectivité est complètement absente. Les critiques de Freud ne se révèlent en fait pas plus honnêtes que l'homme qu'ils cherchent à démolir. Effectivement, la méthode freudienne ne suit pas la voie scientifique définie selon un cadre mathématique avec le critère obligatoire de la réplicabilité de toute expérience. Pourtant, le neurologue autrichien applique une démarche où il tente d'approcher l'objectivité en se contredisant lui-même. Dans chacun de ses ouvrages, le fondateur de la psychanalyse structure sa réflexion selon un modèle constant : thèse/contre-thèse voire antithèse. Quant aux points négatifs avérés (cf. falsifications, mensonges) dans la réflexion de l'homme, c'est un autre débat qui n'est pas mon sujet ici. D'autres (Voltaire, Condorcet, Pasteur...) en ont fait autant voire plus mais demeurent encore intouchables (même si ça commence à bouger) en raison d'intérêts historico-politiques ou économiques. Le savoir public et l'honnêteté intellectuelle gagneraient grandement à voir certaines idoles de la "grande " légende républicaine française être déboulonnées et jetées à terre comme l'a été Freud puisque leur partie sombre, cachée, égale largement voire dépasse celle du père de la psychanalyse. Sur ce point, un devoir d'objectivité est impératif. Soit on dénonce les malversations et manquements éthiques de tout grand homme, soit on les tait tous : la sélection idéologique est justement l'inverse de la démarche objective... et JUSTE moralement, quel que soit le domaine d'ailleurs. Dès que nous commençons à ne retenir que ce qui convient à notre point de vue et nos valeurs, nous commençons à mentir par omission, à manipuler notre auditoire : nous falsifions la réalité.

     

    3. L'objectivité encourage la complémentarité et la collaboration entre individus

    L'objectivité est une prise de distance avec son propre discours qui permet de le mettre en perspective avec les thèses divergentes. Ainsi, en incluant toutes les opinions sur un thème donné, nous pouvons en avoir une vision plus exhaustive et juste, ce qui est le propre d'une réflexion honnête. Une parabole célèbre dans la spiritualité bouddhiste et hindouiste illustre ce principe majeur : les six aveugles et l'éléphant.

    Un jour, se promenant dans les rues d'un village en Inde, six hommes aveugles de naissance entendent des enfants crier qu'un éléphant est à paître paisiblement aux abords de la localité. Aucun des hommes ne sait ce qu'est un tel animal. Aussi, demandent-ils à en être rapprochés pour le toucher et s'en faire une idée plus précise. Le premier aveugle bute contre le flanc de l'animal et s'exclame : "C'est un comme un mur immense, tiède et un peu rugueux.". Un deuxième palpant une des défenses lance : "Ca ressemble beaucoup à une lance !". Le troisième aveugle saisit la trompe et décrit l'animal comme étant une sorte de serpent. Le quatrième touchant une des pattes explique alors qu'un éléphant ressemble à un arbre. Le cinquième palpe doucement une des oreilles qui fouette l'air et dit alors : "Nul ne peut me dire le contraire : l'éléphant est comme un éventail vivant.". Enfin, le dernier se saisissant de la queue qui se balance tranquillement dans sa main affirme : "Ce n'est rien d'autre qu'une corde ou une forme de ver.". Chacun des six hommes soutient qu'il a raison et bien vite, la conversation s'envenime. Alerté par les cris, le sage du village les interpelle et leur demande la raison de ce tumulte. Les six aveugles lui expliquent qu'ils ne parviennent pas à s'accorder sur l'apparence réelle d'un éléphant tout en lui donnant chacun l'idée qu'il s'en fait. Le vieux sage leur répond alors : "Vous avez tous raison. Seulement, comme chacun d'entre vous a touché une partie différente de l'animal, votre perception ne correspond qu'à cette zone-là. Vous n'avez pas touché tout le reste, ce qui rend votre avis incomplet. Pour avoir une vision plus proche de la réalité, vous devez vous écouter entre vous.". Surpris, les six aveugles comprennent que leur opinion a besoin de celle des autres pour se faire une idée globale de l'apparence d'un éléphant.

    Si les six hommes n'ont pas tort sur le plan particulier, ils sont dans l'erreur quand ils affirment que leur avis vaut pour l'ensemble. Or, c'est justement ce point précis qui engendre les disputes et autres tensions entre humains : nous prétendons bien vite que ce que nous avons observé par nous-mêmes et que nous estimons juste est de facto juste pour l'ensemble d'une question, ce qui bien sûr est un à-priori. Nous pouvons très bien avoir tort sur l'ensemble d'un problème tout en ayant raison sur une partie.

    Par conséquent, en intégrant l'idée que notre avis spécifique ne vaut que pour nous-mêmes, nous pouvons accéder à la vérité factuelle par l'écoute d'autres conceptions des choses. L'objectivité est la clé qui ouvre la porte vers la vérité. Nous nous éloignons de l'erreur et des préjugés grâce à elle. Et si elle permet la fermeté d'opinion, elle interdit par contre l'usage de l'arbitraire. Lorsqu'on est objectif, on n'est jamais dans le camp du "bien" : aucune opinion n'est exclue ou jugée délictueuse. Cultiver l'objectivité, c'est avant tout élever en soi un rempart contre nos propres tendances au totalitarisme.

    Quand l'objectivité tient de la raison et d'une sage neutralité, la subjectivité tient de l'émotion et d'une référence constante à soi-même. La première vous pousse à vous ouvrir à la diversité d'opinion et du savoir sur un sujet quand la seconde vous pousse à vous replier sur vos certitudes et les connaissances qui vous confortent dans vos partis-pris. C'est le motif essentiel qui rend un discours objectif si inaudible dans notre monde de faux-semblants où l'émotionnel et le ressenti sont les bases principales de la communication : la subjectivité sectorise puis sectarise la gestion des données que nous recevons. Nous réinterprétons le réel à l'aune de nos sentiments et de notre système de valeur personnels. La subjectivité est un amoncellement de biais cognitifs essentiellement : elle fait le lit des préjugés et des stéréotypes. C'est pourquoi tout pouvoir politique préfère jouer sur cette corde pour manipuler l'opinion publique plutôt que d'encourager la réflexion critique qu'exige toute démarche objective. On comprend mieux la mise en place des multiples réformes qui ont peu à peu abaissé le niveau scolaire général en France et cette propagande d'état qui véhicule un discours monolithique sur de nombreux sujets devenus polémiques : un peuple qui réfléchit à bon escient est une menace pour une autorité totalitaire... et la république française est un régime éminemment totalitaire. La France est soumise à une uniformisation socioculturelle menée de façon agressive : tout ce qui éloigne d'un traitement objectif des données apportées par la vie à notre conscience doit être encouragé. Le renforcement institutionnel de la subjectivité, individuelle comme collective, est une priorité absolue de notre république jacobine. Les points de vue déformés, souvent radicaux, ne sont donc pas près de disparaître de notre espace public : ils sont diviseurs et entretiennent l'incapacité de la masse à se constituer une force de résistance suffisamment reconnue pour être efficace.

     

    38. CULTIVER L'EFFORT D'OBJECTIVITÉ - l'inanité du schéma "j'ai raison / tu as tort"

     

    Les mots de la fin

    L'objectivité sert le meilleur de la nature humaine : elle élève le niveau de réflexion individuel en nous obligeant à faire un effort éthique envers l'autre qui pense différemment de nous, et surtout envers celui dont les idées nous déplaisent particulièrement. Nous devons ainsi intégrer un système de pensée contradictoire au sein de notre propre réflexion : c'est une option d'ouverture non négligeable à la différence socioculturelle. L'objectivité est certainement un élément bien plus fiable pour créer l'intercommunication entre des gens de divers horizons que le concept fallacieux du vivre-ensemble. Mais elle demande une véritable éducation à la tolérance à l'égard de la différence fondamentale que représente la divergence d'opinion. Cultiver l'objectivité est un chemin exigeant : un effort intellectuel, moral, particulièrement élevé au départ, est requis. C'est pourquoi peu d'entre nous y ont recours régulièrement. Aussi, mieux vaut parler d'effort d'objectivité que d'objectivité de toute manière impossible à atteindre tant nos biais cognitifs sont nombreux. L'objectivité comme toute vertu demeure en elle-même un absolu : s'en approcher reste la seule possibilité concrète... et c'est déjà très bien !

    Entretenir l'objectivité nous fait réaliser que notre conception du monde, loin d'être unique, peut être erronée. Nous parvenons à percevoir la réalité du monde de façon plus correcte grâce à la confrontation avec d'autres idées plus ou moins divergentes : l'effort d'objectivité installe en chacun de nous une vision générale sur toute question par effet de complémentarité entre divers points de vue sur le sujet abordé. Notre conscience individuelle intègre à force qu'elle est un simple élément appartenant à un ensemble indivisible et structuré où chaque être humain partage avec les autres un destin commun. Développer en soi la capacité à objectiver nous permet de comprendre que la somme des subjectivités importe davantage que la subjectivité individuelle isolée : obtenir des relations apaisées entre personnes à l'échelle d'un groupe, hors de la sphère intime ou proche, est impossible en restant centré sur soi. En gros, l'échange collectif nous renseigne sur la véritable nature des choses bien mieux que notre perception individuelle trop soumise aux influences extérieures, aux biais culturels et idéologiques.

    Par ailleurs, l'effort d'objectivité solide exige d'avoir suffisamment développé une autonomie de pensée : il est difficile d'être objectif lorsqu'on se réfère constamment à une idéologie et des valeurs élaborées par d'autres. L'objectivité a besoin d'un Moi relativement solide pour s'exprimer sans craindre le désaccord venu d'un tiers. Grâce à elle, on peut dépasser la confrontation du schéma "avoir raison ou tort" dont la radicalité toxique empoisonne littéralement les échanges humains.

     

     

     NOTES & CRÉDITS :


    (1) : Schéma de la courbe de Gauss, ici la courbe dite de la Loi Normale qui correspond principalement à des critères de taille de l'échantillon de personnes observées, soit N = 100 minimum. La courbe peut donc être plus ou moins aplatie ou excentrée de son point médian, µ = 0, selon les conclusions des calculs statistiques. Plus on s'éloigne de la zone centrale (ici celle en bleu cyan) regroupant 68,2 % (soit 2 x 34,1 %) de l'échantillon observé, soit la moyenne des gens du groupe d'étude, plus on va vers les zones à exceptions ou de contradiction qui évidemment sont plus réduites.

    38. CULTIVER L'EFFORT D'OBJECTIVITÉ - l'inanité du schéma "j'ai raison / tu as tort"


    (2) : En 2005, est paru le Livre noir de la psychanalyse (ed. Les Arènes) dans lequel plusieurs psychologues cogntivo-comportementalistes et des historiens de la psychologie ont décidé de critiquer frontalement la méthodologie et la légende freudiennes. Y sont aussi dénoncés le manque de crédibilité scientifique de la psychanalyse qui pose la question centrale de son efficacité thérapeutique aux yeux des auteurs et les mensonges et autres falsifications de Freud sur certaines expériences et théories. En 2010, le philosophe Michel Onfray achève de démolir la légende freudienne dans sa critique musclée du fondateur de la psychanalyse, Le crépuscule d'une idole (ed. Grasset). Depuis lors, la psychanalyse continue d'être très attaquée et voit son ancienne hégémonie être remise en cause partout, y compris en France où son influence diminue même si la résistance est forte toutefois. Par conséquent, la controverse demeure intense dans notre pays et là où la psychanalyse est prépondérante ou encore influente : Argentine, Royaume-Uni, Belgique, Roumanie, Maroc, Algérie, Tunisie...

     

     Crédits photo & illustration : X

     

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