• 37. SE BÂTIR UNE AUTONOMIE DE PENSÉE - l'authenticité comme "r-évolution" humaine

     

    Texte inspiré par ce que je lis dans les journaux ou sur les réseaux sociaux : trop de propos ne véhiculent que des idées prémâchées, des concepts prédigérés et des opinions imposées par d'autres. Le parti pris est de règle : les avis sont tranchés, dogmatiques. La nuance, plus complexe, ne peut s'exprimer facilement : il faut développer... et beaucoup refusent de lire plus de 5 lignes. Du coup, l'idéologie fait loiL'inauthenticité est la norme. Peu importe, de toute manière, puisque l'objectif n'est plus de parler vrai ou juste mais de gagner autant que possible sur un adversaire dont on ne reconnaît pas la divergence d'opinion. A mes yeux, dans un échange, le respect mutuel est fondamental. De plus, lorsqu'on défend un point de vue sur un sujet, l'honnêteté impose que vous maîtrisiez un tant soit peu la thématique discutée. C'est un préliminaire fondamental. Des avis tout faits et des opinions se répandent de personne à personne sans preuve, sans vérification ou de référence personnelles... simplement parce que d'autres l'ont dit, le statut professionnel ou public de l'auteur d'une étude ou d'une célébrité ayant valeur de caution morale. Sauf que même le plus rigoureux des scientifiques peut se tromper en toute bonne foi et que la malhonnêteté sait prendre l'apparence de la vérité sur bien des sujets. C'est pourquoi je conseille à chacun de bâtir une autonomie de pensée et d'en revenir à l'empirisme tout en confrontant les sources d'information extérieures : l'objectivité aide à se construire une opinion plus proche de la vérité et juste sur les choses.

     

    Depuis dix ans que je squatte le Net, j'ai participé à bien des échanges avec d'autres internautes. Un constat s'est vite imposé à moi : la dureté de ton intervient très vite dès qu'on aborde certain sujets où s'expriment nos croyances et nos valeurs les plus intimes, celles qui définissent notre cadre éthique personnel. Comme beaucoup de gens, je me suis étripé avec d'autres pour défendre mon point de vue sur une problématique donnée, avec plus ou moins de bonheur. Parfois je gagnais avec panache, d'autres fois, j'étais laminé par la méchanceté gratuite qui s'attaquait directement à ma personne plutôt qu'à mes propos. Car sur Internet, il est très facile de blesser quelqu'un sans en supporter les conséquences morales puisqu'on est caché par une image de présentation et un pseudonyme la plupart du temps : la violence psychologique s'y exprime souvent avec une rare intensité. Je suis convaincu que l'immense majorité des gens ne prononceraient pas un seul des propos qu'ils ont osé tenir par écrit sur le web à des inconnus s'ils avaient été en face de ceux-ci.

    La plupart d'entre nous devenons finalement asociaux, allergiques aux autres, enfin aux individus qui ne pensent pas comme nous sur de nombreux sujets. Or, cette intolérance à la contradiction existe également dans le face à face bien sûr. Internet ne produit rien de nouveau sur le fond : c'est juste la forme qui est plus brutale en raison de la distance entre les protagonistes engagés dans l'échange. Du coup, tout ressort. Je n'avais jamais imaginé à quel point notre degré de tolérance, et donc de respect, envers l'opinion divergente était si réduit malgré tous nos propos que nous aimons tous tenir en public : nous aimons tous nous percevoir comme étant des parangons de vertu quant à l'acceptation d'autrui. Mais notre ouverture d'esprit n'est pas si évidente au regard des faits bien têtus : il suffit de lire les fils de commentaires sous certains posts partagés sur Facebook ou Twitter par exemple... ou d'observer avec soin nos échanges en face à face. Souvent, nous sommes déjà à chercher quel prochain argument dire afin de convaincre ou d'abattre l'opinion adverse plutôt que d'écouter celle-ci honnêtement lorsque l'interlocuteur l'énonce. C'est quasi-systématique : pour consolider la véracité de nos croyances, nous nous sentons obligés de détruire tout système de valeurs contradictoire que nous considérons comme antagoniste voire dangereux pour le nôtre. Évidemment, placés devant les faits, nous détestons admettre ce comportement mesquin de notre part.

    En fait, cette attitude de rejet de la pensée divergente nous ramène à notre manière personnelle d'envisager notre propre système de pensée : quelle confiance avons-nous en sa solidité et surtout résulte-t-il vraiment de notre expérience de terrain ? En somme, notre pensée individuelle est-elle de fruit d'une observation du monde liée à un vécu ou est-elle le résultat d'un apport extérieur ? Est-elle de nature empirique et factuelle ou de nature purement dogmatique et abstraite ?

     

    Accepter aveuglément tout concept ou tout élément idéologique, qu'il soit religieux ou non, est facile, le remettre en question est plus difficile : c'est un bloc de croyances qui détermine une partie de notre système de valeurs. La liberté de penser et d'être a toujours un prix : celui du courage de la révision objective de notre système de valeurs... au moins de temps à autre. Ca vous permet de voir où vous en êtes dans votre rapport avec les autres : un système de valeurs sain doit vous permettre d'adopter une position personnelle claire en toutes circonstances (fiabilité due à une cohérence de fond). Il s'agit de rester en accord avec vous-même d'abord tout en étant honnête avec l'entourage, indépendamment de la structure de pensée qui est la vôtre sur le moment. Même si vous en avez choisi ou conservé une structure extérieure, religieuse ou non, comme référence éthique, ce n'est pas parce que celle-ci change que vous devez obligatoirement changer vous aussi ou qu'à l'inverse, elle reste identique dans le temps que votre pensée globale doit rester liée à des croyances et valeurs auxquelles vous n'adhérez plus. Sinon, ça signifie que votre système de pensée n'a aucun fondement intérieur : ses bases sont situées à l'extérieur essentiellement, ce qui le rend extrêmement fragile et surtout inauthentique. Vous êtes alors fortement ou complètement dépendant d'un système de pensée externe à vous-même même si vous le jugez comme étant vôtre.

    Choisir l'autonomie intellectuelle et éthique est toujours inconfortable, du moins les premiers temps. Mais sans détachement, sans recul, devant les discours, les théories et autres démonstrations à la formulation bien tournée ou seulement validées grâce à la loi du nombre et au rapport de force en leur faveur, nous ne pouvons vraiment nous définir en tant qu'êtres humains. Mais surtout, nous ne pouvons nous qualifier de conscience éclairée, ayant laissé notre lucidité et notre discernement au placard.

    Concernant l'influence sur le plan idéologique, le suivisme humain reste puissant. Et plus les idéologies sont formatées et simplistes, mieux le formatage mental fonctionne. Depuis les totalitarismes communiste et nazi, régimes politiques sans doute les plus meurtriers de l'Histoire humaine, on n'a guère évolué. Sur les réseaux sociaux mais aussi ailleurs et hors d'Internet, un phénomène d'écho a lieu : vous trouvez à peu près partout répétées voire imposées des formes de pensée uniformisantes avec en outre une formulation des plus stéréotypées. Sur le plan strictement philosophique, des courants spirituels inspirés par le bouddhisme et le chamanisme d'une part mêlent des éléments épars de développement personnel et de psychologie cognitive à une vision de la société associant libre-capitalisme et socialisme sociétal. Les dogmes religieux traditionnels, d'autre part, demeurent vivaces : ils sont devenus un socle référentiel au service d'idéologies politiques qui les ont englobés dans leur discours, entre souplesse, rigorisme ou fanatisme selon le courant. Les échanges publics s'uniformisent et deviennent des confrontations dures entre individus parce que les uns et les autres puisent l'essentiel de leurs pensées et valeurs dans des sources extérieures plutôt que de se fonder sur l'expérience de terrain. L'arbitraire a pris la place de l'authenticité dans le for intérieur des gens. De nombreuses personnes ont choisi à un moment de leur vie de se conformer à un système de pensée préétabli sans remise en cause. Ce processus psychique, pas toujours conscient d'ailleurs, s'opère souvent par suivisme, sentimentalisme, nostalgie ou opportunisme. Il est la source potentielle du formalisme politique ou religieux si dangereux où les textes et la coutume deviennent un dogme, prenant le pas sur l'esprit et l'intelligence interrogative, où l'individuation est soumise à l'influence du nombre. L'artificialité éthique et philosophique conserve un puissant pouvoir de séduction et de soumission sur les masses. Tout ce qui est factice paraît immédiatement plus attirant et adéquat : c'est plus confortable et rassurant que les leçons, parfois rudes, reçues d'un apprentissage in situ d'où chacun doit tirer ses propres conclusions... SEUL. C'est bien plus facile de se référer à une pensée déjà élaborée par d'autres que de se construire sa propre réflexion de manière totalement libre. Ca rappelle sur un autre plan la comparaison entre cuisine industrielle et cuisine maison : l'une propose des plats tout prêts à réchauffer au four, l'autre des plats conçus avec des ingrédients séparés achetés au marché ou venus directement du terrain. Nous savons tous que la seconde nous permet d'accéder à des saveurs authentiques et se révèle plus favorable à une bonne santé générale. L'autonomie de pensée ne peut être séparée de l'authenticité de nos croyances qui singularise notre structure éthique.

     

    37. L'AUTONOMIE DE PENSÉE : UNE "R-ÉVOLUTION" HUMAINE VERS LA PAIX

     

    L'uniformisation d'un discours public tend à en signer la nature totalitaire intrinsèque, quelle que soit sa nature, politique ou philosophique athée ou religieuse. L'authenticité sur le plan général va de pair avec la diversité d'opinions et la contradiction. L'uniformité est absolument contre-nature : on le constate tous en bien des domaines tout au long de notre existence. Cependant, l'écrasante majorité d'entre nous choisissent par confort la standardisation des valeurs collectives qu'il aimerait voir autour d'eux selon le seul code de leurs valeurs particulières, comme si toute entente avec la différence voire la divergence était impossible. Je n'affirme pas qu'il faille tout accepter : certains système de valeurs sont une base commode pour justifier les pires horreurs. Je dis seulement que la plupart du temps des ouvertures à la différence de pensée et de valeurs est possible au-delà des préjugés : l'autonomie intellectuelle tire principalement sa force de cette propension à s'ouvrir à ce qui nous déplaît ou nous effraie d'un prime abord.

    L'homme se révèle être un pantin orgueilleux cultivant l'illusion d'être libre de ses choix, le revendiquant même. Mais la psychologie, la sociologie et l'anthropologie ont largement démontré l'inverse. Nous sommes des êtres malléables. Manipulés, nous devenons complices des manipulations idéologiques à notre encontre. En somme, nous avons le statut que nous méritons et nous en vivons les situations dévalorisantes sur les plans social et personnel : la paresse intellectuelle et le manque d'exigence éthique caractérisent encore la masse des hommes ordinaires, les empêchant d'acquérir une vision de la réalité responsable et autonome. Tout profiteur ou tout pouvoir coercitif n'existe que parce que d'autres ont abdiqué et se soumettent à son influence avec docilité. Ni plus, ni moins.

    Seul un processus d'éveil intérieur peut nous faire acquérir une autonomie individuelle de pensée et de conduite. La conscientisation profonde de ce qu'on n'accepte et refuse afin de développer un respect de soi plus complet intervient La personne peut éventuellement épouser une foi liée à un système dogmatique religieux ou simplement spirituel si elle en ressent le besoin ou "l'appel". Mais c'est alors un véritable choix personnel : la décision résulte d'une démarche extrêmement intime, autonome, libre. C'est ainsi ce qui m'arrive. Après des années où je m'étais éloigné du catholicisme en en rejetant tous les dogmes et valeurs surtout, j'y reviens en partie : la vie m'a prouvé que tout n'y était pas à éliminer de mon existence. Certains préceptes moraux catholiques apportent une rigueur éthique à ma vision bouddhique du monde où parfois la souplesse a tendu vers une permissivité délétère sur quelques problématiques sociétales. Certains faits, l'expérience in situ, m'ont imposé de revoir ma copie et d'adopter une ligne de conduite plus objective, plus globale et plus généreuse car plus collective. Mes limites sont clairement les droits d'autrui tant qu'ils me respectent. L'autonomie rend naturellement ouvert au bien commun : la crainte d'affirmer ses idées et ses valeurs en dépit de l'opinion d'autrui s'amenuise. Ecouter puis intégrer des manières de penser même très différentes des siennes devient plus facile, plus naturelle. L'autonomie de pensée rend fort. Plus, elle est solide, moins nous sommes influençables : face à un tiers vivant selon des règles éthiques différentes, nous ne nous sentons plus en danger. Nous restons nous-mêmes. L'authenticité engendre la paix intérieure : l'écoute véritable devient possible. La paix peut alors exister entre deux ou plusieurs interlocuteurs : l'autonomie entraîne naturellement le respect de la pensée de l'autre.

    La marche vers une véritable autonomie de l'être ne doit cependant pas être confondue avec une fausse autonomie qui appelle à glorifier l'ego hédoniste et opportuniste. Dans ce dernier cas, nous sommes dans une vraie dépendance aux idéologies extérieures et à nos illusions sur le monde : l'autonomie devient alors synonyme du "je fais ce que je veux comme je veux quand je veux", sous-entendant fortement "...et tant pis pour les autres !". Nous sommes alors convaincus que nous sommes libres d'être nous-mêmes alors que nous ne répétons que des schémas psychologiques consuméristes et idéologiques devenus inconscients après des années d'intégration. Nos choix se vie sont en fait en partie ou complètement téléguidés par des croyances implantées en nous par des systèmes idéologiques extérieurs, religieux, politiques ou autres. Concrètement, sur les plans psychologique, philosophique voire spirituel, l'autonomie authentique exige une refonte complète de nos croyances et valeurs rattachées : c'est une véritable révolution intérieure, intime. C'est une révolution humaine. Par ce changement interne, nous endossons peu à peu l'entière responsabilité de ce qui nous arrive : nous décidons de transformer les situations déplaisantes  en situations propices à notre développement. L'autonomie a pour corollaire la responsabilisation. Nous nous détachons des influences extérieures pour construire en nous un système de valeurs personnalisé fondé sur le vécu et non des dogmes : la preuve factuelle valide nos croyances et signe une foi concrète, objective, en la vie. Peu importe que nous ayons ou non besoin ou envie de nous appuyer sur une structure dogmatique extérieure par la suite ou entretemps : ce choix sera alors l'exact reflet de notre cheminement intérieur.

     

    37. L'AUTONOMIE DE PENSÉE : UNE "R-ÉVOLUTION" HUMAINE VERS LA PAIX

    Vivre l'autonomie de pensée, c'est vivre la porte de son chez-soi intérieur grande ouverte.
    Se confronter à l'autre ne nous effraie pas : on sait qui on est, d'où on vient, sûr de soi.

     

    Le présent article cherche à faire réfléchir les uns et les autres sur leur propre degré d'autonomie de pensée. Si nous sommes gênés, irrités ou explosons de colère au quart de tour face à l'expression de systèmes de valeurs différents du nôtre, sans conteste, nous manquons d'autonomie. Nous révélons d'emblée notre faiblesse intérieure : nous sommes influencés par le système que nous rejetons. Ce dernier vient perturber nos croyances et nos valeurs. Or, une telle réaction de notre part montre que notre structure éthique est du coup fragile : elle peut être ébranlée par une autre structure qui vient lui faire concurrence ou plus grave vient la défier sur place. L'autonomie n'empêche nullement la contestation même véhémente face à une personne qui soutient une manière de penser qui heurte la nôtre. Simplement, nous ne devons pas être déstabilisés et surtout nous devons pouvoir admettre que notre échelle de référence éthique n'est pas universelle : ce que nous croyons et cherchons à incarner à travers notre conduite et notre action ne vaut que pour nous et ceux qui pensent pareillement. Personne ne détient la vérité infuse : chacun ne peut que cheminer davantage vers l'objectivité qui est une des grandes clés qui ouvrent les portes de la sagesse.

    Les débats stériles sur les réseaux sociaux à propos de sujets divers où personne ne s'écoute m'épuisent : j'en suis lassé. En effet, chacun ne s'y exprime que pour défendre bec et ongles sa vision particulière des choses. En quelques mots agressifs ou réinterprétés comme tel, ces débats se tendent rapidement pour souvent finir en pugilats verbaux. L'absence d'authenticité de pensée et de valeurs explose à la figure de tous sur Internet. Cette violence verbale montre combien la solidité de l'éthique individuelle est en général mal garantie puisque le voisinage avec d'autres structures de croyance peut la mettre à mal et déclencher notre colère. Ca prouve que la majeure partie d'entre nous a ses sources de référence morales hors de sa vie : nous nous contentons de relayer un prêt-à-penser religieux, philosophique ou politique. Aussi, écrire ce texte me semblait nécessaire : l'absence d'autonomie engendre l'irrespect de soi, source de l'irrespect d'autrui. Nous devons évoluer intérieurement pour bâtir une véritable conscience du monde individuelle fondée sur un système de valeurs indestructible. Rien ne nous empêche d'avoir des coups de gueule avec d'autres tout en conservant un respect mutuel : tout est dans la forme et surtout l'intention. Alors, découvrons-nous nous-mêmes, devenons et soyons nous-mêmes pour qu'une paix sociale durable puisse s'établir. C'est la base de la révolution humaine, concept cité plus haut.

     

     

    Crédits photo & illustration :  marionbonjour.net, leslunettesroses.canalblog.com

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    « 36. SAUMUR-CHAMPIGNY POUR MES 54 ANS ET UNE SEMAINE
    Partager via Gmail Delicious Yahoo! Google Bookmarks Blogmarks Pin It

    Tags Tags : , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dimanche 2 Septembre à 09:10

    Bonjour Pierre Laurent

    Merci pour cet article. J'ai ressenti du plaisir et de la joie en le lissant

     

    Amitiés

    Angel

     

      • Dimanche 2 Septembre à 20:17

        Bâtir puis cultiver l'autonomie de pensée en soi revient à devenir libre au sens éthique face aux autres, à être véritablement un être humain au sens noble... et concrètement. 

        Merci du passage ! wink2 Et ravi que l'article vous ait apporté une saine satisfaction : c''est l'objectif.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :