• 35. L'ERE DE L'AUTODAFE 2.0 (II) - petit complément éthique et historique

     

    Suite de l'article 34 du blog afin de bien resituer la question de la condamnation publique de tel ou tel auteur dans son contexte originel : l'éthique. et l'histoire. En effet, si certains veulent faire passer l'expression publique d'autres gens comme une faute voire un délit sur le plan juridique et politique, les accusateurs sont eux-mêmes dignes de reproches sur un terrain plus fondamental, celui de l'éthique et de la mémoire historique qu'ils utilisent de façon spécieuse et fallacieuse.

    NB : lien vers l'article 34. L'ERE DE L'AUTODAFÉ 2.0 - L'égotisme victimaire accusatoire au lieu du feu

     

    Cet article continue la réflexion lancée dans mon article précédent sur la résurgence implacable de l'injuste pratique de l'autodafé sous une nouvelle forme. Comme je l'expliquais, de nos jours, le lynchage médiatique et numérique a remplacé le feu pour supprimer toute pensée littéraire, et donc démarche intellectuelle, jugée dissidente. C'est beaucoup plus efficace car ainsi, on peut se parer des atours avantageux de la vérité même si sur le fond, on a complètement tort.

    Je voulais remettre bien en vue un article de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 où est spécifiée en toutes lettres que la liberté d'expression ne peut exister que pleine et entière, sans quoi, elle n'existe tout simplement pas. C'est un droit inconditionnel imprescriptible.

     

    35. L'ERE DE L'AUTODAFE 2.0 (II) - petit rappel éthique et historique

     

    La liberté d'expression ne peut souffrir aucune concession : c'est un élément VITAL de la bonne entente sociale. Comme je l'ai dit dans l'article 34 du blog, toute personne dérangée par l'opinion ou la réflexion d'un tiers qui a exposé le fond de sa pensée par écrit (livre, article de presse ou numérique) n'a aucun droit d'empêcher l'expression libre quand elle se manifeste. En effet, celui qui est en désaccord s'indignerait tout autant de se voir ôter sa propre liberté à s'exprimer ouvertement. Bien sûr, l'accusateur brandira le recours facile sinon fallacieux à la légitimité de sa position en appelant à la rescousse l'histoire (facile d'avoir l'appui des morts dans ce cas-là) ou certains auteurs qui vont dans le sens de sa pensée. Mais ce n'est qu'une manipulation. Concrètement, aucune preuve de son bon droit autoproclamé n'existe : il ne fait qu'employer des effets rhétoriques comme outil de communication afin d'influer sur l'opinion et les autorités publiques. Le recours à la mémoire génocidaire, en particulier celle liée à la Shoah ou celle en lien avec la colonisation occidentale, est l'arme éthique systématiquement utilisée afin d'installer l'ostracisation publique d'un auteur indésirable : l'accusateur veut voir ce dernier être crucifié sur l'autel pourtant bien sale de l'antisémitisme et du racisme mémoriels tant l'abus et le mensonge y ont laissé leur sombre empreinte indélébile. La justice et l'honnêteté n'ont rien à voir dans la partie qui se joue : l'objectif unique est de faire payer à un tiers l'usage de sa liberté d'expression légitime. C'est pourquoi certaines thématiques historiques sont sans cesse rappelées : elles permettent d'accuser quelqu'un à peu de frais et de se soustraire habilement soi-même à l'obligation morale d'apporter une quelconque preuve de ce qu'on avance. La charge de se disculper auprès de l'opinion publique est reportée malhonnêtement sur celui qu'on accuse. Le recours, même fallacieux, à la Shoah ou au racisme vous permet ainsi de vous en tirer toujours à bon compte et de ternir aussitôt la réputation d'un autre tant ces thèmes renvoient à des réalités socio-politiques terrifiantes. C'est le bingo assuré de votre côté... surtout si la personne dont vous attaquez la pensée est morte depuis longtemps. Dans ce cas, vous redorez votre blason encore plus facilement. En somme, l'opportunisme idéologique constitue le fond essentiel des campagnes de dénigrement public d'auteurs vivants ou défunts auxquelles nous assistons depuis quelques années. L'une des phrases emblématique de cette posture accusatrice est sans conteste "Le racisme n'est pas une opinion mais un délit." : cette sentence est en soi un véritable déni de démocratie, une horreur idéologique. Bien sûr, vous pouvez remplacer le terme "racisme" par "antisémitisme" ou tout autre vocable finissant par "phobie", l'équation sémantique fonctionne pareillement et tout aussi efficacement : la tromperie est parfaite. Vous avez réussi à faire porter la suspicion sur la réflexion de quelqu'un sans même avoir dû prouver vos propres dires. Même blanchi devant les tribunaux, l'accusé n'en ressort jamais indemne : le soupçon reste, en coulisses, selon le vieil adage pourtant erroné "il n'y a pas de fumée sans feu.". Autant que la rumeur sinon plus, le soupçon signe la mise au pilori d'un écrivain, d'un journaliste ou d'un artiste durablement voire définitivement malgré son absence d'intention de nuire à la collectivité, à une communauté ou à un individu.


    Pourtant,
    l'outil nécessaire à la défense de celui qui se sent offensé par les idées d'un autre existe : c'est la liberté d'expression elle-même ! Si la pensée d'un tiers insupporte quelqu'un au point de vouloir l'éliminer de la sphère publique, il peut lui opposer une contre-démonstration... en TOUTE LIBERTÉ. Qu'il laisse donc autrui tranquille dans l'exercice de son droit d'utiliser l'échange public démocratique. Dans l'article 34 du blog, je soulignais qu'à partir du moment où l'on se conduit en "père la morale" de l'expression publique, on montre tout simplement que l'on incarne soi-même le fascisme, ni plus ni moins : on porte en soi les valeurs d'un régime dictatorial. Évidemment, mis face à un tel fait, l'intéressé niera... mais ça ne changera RIEN à la terrible révélation sur lui : la véritable nature de son fond de pensée est totalitaire. Ce n'est pas parce quo'n professe des idées généreuses publiquement qu'on les vit et surtout les respecte au quotidien : paroles et actions peuvent diverger sans problème malgré nos propres croyances sur nous-mêmes parfois. On est plus dans la prétention d'être que l'être justement.

    35. L'ERE DE L'AUTODAFE 2.0 (II) - petit complément éthique et historiqueLa présente mise au point me semblait indispensable face à l'argument récurrent médiocre que représente l'accusation de délit d'opinion. A notre époque, ce recours accusatoire est devenu une arme de destruction massive du pluralisme politique comme philosophique dont l'autodafé version numérique et médiatique est la parfaite quintessence. Si à vos yeux, toute opinion n'est pas acceptable, vous avez une sérieuse révision des classiques de la morale fondamentale, celle universelle, à faire. Ce n'est pas ce qui est dit qui prime mais bien la manière dont vous le recevez et surtout la manière dont vous percevez vos valeurs et croyances : lorsque vous condamnez une pensée, vous lui reprochez d'exister selon votre échelle éthique qui est votre repère subjectif. Mais quelles preuves tangibles ATEMPORELLES appuient concrètement votre accusation ? En effet, un avis accusatoire porté sur les seules valeurs de la fin de XXè siècle et de notre époque qui s'offusque de tout sauf du pire est tout bonnement invalide : vous concevez vos idées comme étant supérieures à celles d'un autre dont vous PRÉJUGEZ la faute morale à partir d'un fond arbitraire. Sur le plan des idées, seule la portée universelle, hors des limites temporelles, fait autorité : le reste n'est qu'interprétation biaisée.  L'éthique et l'histoire n'ont que faire du "J'ai raison. Il a tort." si mesquin. Aucune cause ne peut justifier le recours idéologique au confinement de l'expression publique dans l'aire restreinte et proprette des idées autorisées... et falsifiées. Aucune cause, et encore moins une dont l'objectif est centré sur la lutte contre le fascisme, ne peut elle-même s'approprier une action de nature fasciste. C'est contradictoire. C'est incohérent. Là est la faute morale authentique. Nulle part ailleurs.

     

     

    Crédits photo & illustration : X., dominothinking.com

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Juin à 22:08

    Toujours d'accord avec vous. Et merci pour le rappel de cet article très pertinent sur la Déclaration des Droits de l'Homme !

      • Mardi 19 Juin à 02:26

        A travers le rappel de cet article essentiel, je signifie combien toute atteinte médiatique, politique et juridique de la liberté d'expression est en fait une attaque directe envers l'une des droits piliers de la démocratie au sens premier du terme. Le droit à l'expression publique et privée est fondamental : il ouvre la voie vers tous les autres droits légitimes nécessaires au bien-être social individuel ainsi que je le cite dans l'article 34 que vous avez apprécié également. On peut parler de tout, seule la manière de le faire et l'intention peuvent être rediscutées éventuellement, et encore en APPORTANT LA PREUVE d'une quelconque négativité. 

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