• 34. L'ÈRE DE L'AUTODAFE 2.0 - l'égotisme victimaire accusatoire au lieu du feu

     

    Je viens de lire un article du Figaro qui est intéressant même s'il n'apporte rien de nouveau à un fait désormais bien établi : nous vivons dans une ère totalitaire aux faux airs démocratiques. Entre falsifications historiques et intransigeance dogmatique, tout est bon pour formater la pensée publique selon le cadre recherché par ceux au pouvoir... et c'est efficace : ceux-ci peuvent compter sur le relais zélé de tout un tas de groupuscules idéologiques dont certaines associations à l'action soit-disant positive pour la collectivité sont les plus ardents éléments. En somme, c'est l'histoire d'une imposture fondamentale : quand le Mal se pare du bel habit du Bien. Mais c'est dans la nature du Mal de tromper son monde n'est-ce pas ? Et quoi de mieux que d'endosser face à tous la position de la victime pour affirmer un bon-droit... somme toute excessif car en grand manque de légitimité historique et surtout éthique. Non, l'autodafé n'est pas une pratique obsolète : il a juste changé de forme, jusqu'à la condamnation post-mortem.

    NB : Cliquez sur "article du Figaro" en gris clair au début de mon texte pour accéder à l'article concerné.

     

    Dans un article du Figaro, datant du 3 juin 2018, on relate la réaction outrée d'associations dites antiracistes face à la manière dont un jeu culturel, appelé le Loto du Patrimoine, a été conçu par les pouvoirs publics. Pour ces groupes de pression de la nouvelle morale publique, la présence de la maison de l'écrivain Pierre Loti située à Rochefort-sur-Mer en Charentes-Maritimes est un point sombre à éliminer du jeu. En effet, cet écrivain est jugé par les responsables de ces associations comme un esprit qui aurait fait la promotion de l'antisémitisme et d'une xénophobie anti-arménienne à un moment de sa vie. C'est bien mal connaître l'auteur incriminé et c'est ignorer volontairement que tout écrivain se situe dans SON époque contemporaine dont les VALEURS divergent forcément des nôtres... parce que l'Histoire est ainsi : progressive, linéaire, CHRONOLOGIQUE ! Le mot "logique" est une partie du terme "chronologique". Mais les responsables de ces associations si enclines à vouloir le "bien" commun sont submergés par un dogmatisme implacable, viscéral, vengeur, mais surtout déplacé, qui déforme complètement leur perception de la réalité. Et par la volonté de vouloir nettoyer la pensée publique de scories "haineuses", on risque fort, comme l'Histoire l'a sans cesse montré, d'incarner soi-même bien mieux ce qu'on prétend éliminer d'office.

    Absolument TOUS les régimes totalitaires, de nature fasciste, de droite comme de gauche, ont commencé ainsi : par l'épuration culturelle au plus intime, au plus exhaustif, à savoir la littérature, bien avant l'art. C'est une constante historique. Car le livre est le produit le plus pur de la pensée humaine. Il est aussi le plus efficace. A travers lui, un être humain structure une opinion ou une vision du monde afin d'en exprimer l'essence au reste de l'humanité. La littérature est donc le danger principal pour toute dictature naissante ou installée.

    Aujourd'hui, les autodafés ne se font plus par le feu. ils s'opèrent par l'usage réitéré du mensonge et de la falsification des faits ou de la réinterprétation fallacieuse de la pensée d'un auteur... pour la dénaturer, l'avilir afin de se prouver que soi-même, on a raison. Le livre reste encore et toujours l'un des piliers fondamentaux, sacrés, de la liberté d'opinion, mère de toutes les autres libertés. Quand on commence à juger arbitrairement selon sa propre échelle de valeurs, hors contexte historique, SANS PREUVE, que telle ou telle pensée est à proscrire ou interdire, on a déjà laissé pousser en soi-même depuis longtemps la graine immonde du fascisme : on est déjà un ennemi de la liberté et de la justice, même si on a et aura beau prétendre l'inverse, la main sur le cœur, avec des bons sentiments à la pelle. Notre attitude parle pour nous, dévoilant notre vision manichéenne, biaisée, erronée du monde. Tant de chasseurs de fascistes mettent si parfaitement en action les idées qu'ils affirment combattre. Tant d'antiracistes expriment à chaque seconde un racisme pur, insolent, se sachant soutenus par des pouvoirs publics opportunistes et lâches. Pour ceux-là, l'écriture, par la liberté qu'elle offre, son immense caisse de résonance, est un vrai danger, même si un écrivain n'a fait que relayer une évocation, un sentiment, photographie instantanée d'une subjectivité qui ne vaut que pour elle-même, sans message universel. Finalement, cette demande impérieuse de réparation d'un mal qui n'en aurait jamais fini d'étendre son influence délétère représente une forme des plus inattendues de la bêtise égotique : l'accusation agressive... prompte à se muer en autolégitimisation d'un statut victimaire et en culpabilisation perpétuelle d'une collectivité accusée de ne jamais en faire assez. Il s'agit d'obtenir une réparation morale qui n'en est plus une à force d'être jugée insuffisante.

     

    34. L'ÈRE DE L'AUTODAFE 2.0 - l'égotisme victimaire et l'inculture au lieu du feu

     

    Cette attitude inflexible, pinailleuse, hargneuse à ses heures, est en outre le vecteur d'une malhonnêteté qui discrédite complètement ces faux redresseurs de torts. En effet, nos justiciers imposteurs ciblent bien les écrivains à exclure de la scène publique et ceux à garder, quitte à éluder des passages d'œuvres ou des prises de position problématiques. Ainsi, tandis que Louis-Ferdinand Céline et Charles Mauras, tous deux jugés coupables d'antisémitisme juif, semblent cloués au pilori de la bonne pensée socialiste capitaliste pour un long moment encore, d'autres auteurs dont la réflexion traine pourtant quelques taches bénéficient au contraire de largesses non-méritées au regard de leur opinion sur le petit peuple, les enfants de pauvres, les homosexuels, les femmes, les gens dits de couleur. Voltaire, Diderot ou Condorcet (une horreur !) au XVIIIè siècle et Jules Ferry plus tard... Allez lire certains passages de l'Encyclopédie ayant trait aux droits du peuple, à l'esclavagisme, etc. On en ressort un peu plus éclairé ! Curieusement, oui curieusement, nos idéologues antiracistes et contre l'antisémitisme, trouvent toutes les excuses possibles à ces auteurs : "à remettre dans le contexte de l'époque", "les mots n'ont plus le même sens", "Ce n'est qu'une partie mineure de leur pensée"... Ben tiens ! Finalement, parce que certains auteurs sont le vivier idéologique sécularisé de la pensée républicaine d'un socialisme bourgeois, leur opinion peut s'étaler et même être enseignée comme étant la vérité infuse. Bien que Voltaire ait menti sans vergogne sur l'affaire Callas, trafiqué avec récurrence sa pensée pour l'adapter à ce qu'il convenait de dire publiquement (toute sa correspondance témoigne de sa duplicité et de sa fourberie), se risquer à critiquer ce tricheur de la réflexion se révèle périlleux : cet homme est une institution en France et la référence aux (pseudo-) Lumières un dogme bien mieux installé que la Bible dans une église. Voltaire, un défenseur du peuple, c'est comme si j'affirmais que le soleil se levait à l'ouest pour se coucher à l'est ! C'est une contre-vérité. Mais là, les excuses trouvées pour laver tous les auteurs en harmonie avec la pensée du socialisme maçonnique bourgeois sont jugées impropres pour défendre tout écrivain qui exprime des idées divergentes. Bref, c'est le classique deux poids, deux mesures avec l'arbitraire qui l'accompagne. En gros, si vous voulez pouvoir étaler votre haine de l'autre sans retour judiciaire, affirmez-vous ouvert sur le plan sociétal (soutenez la PMA, la GPA, l'immigration tous azimuts) puis saupoudrez tout ça de petites avancées sociales timides, histoire de vous faire passer pour un (faux) homme de gauche mais (vrai) socialiste et bien cacher votre jeu. La stupidité populaire fera le reste : tous vos livres, si vous en écrivez, trouveront un écho médiatique positif. Nul procès d'intention ou de délit d'opinion ne vous viseront : vous êtes dans le camp autoproclamé du "bien".

    En somme, le problème pour un régime totalitaire naissant ou déjà actif n'est pas l'existence d'une littérature critique mais l'existence d'une littérature critique DIVERGENTE voire OPPOSANTE. Même Hitler lors de la Nuit de Cristal a fait brûler tous les livres dont le fond était en désaccord avec sa pensée mais a fait conserver ceux qui ne lui nuisaient en rien. Tout est question de choix et de manipulation : les "bons" auteurs voisinent avec les "mauvais", les indésirables. Il faut alors bien marquer la limite. Ainsi, Bernard-Henri Lévy peut exalter les idéaux de guerre dans sa prose écrite ou orale et se verra affublé du costume du libérateur face à Renaud Camus qui n'a aucun discours belliqueux mais est désigné comme raciste et fasciste pour défendre une thèse sur l'immigration et les origines de la culture européenne en désaccord avec celle imposée par le régime politique contemporain. C'est complètement injuste mais c'est ainsi : les intérêts de groupes particuliers priment sur l'intérêt général... et la novlangue, ou les manipulations sémantiques si vous préférez, est le stratagème employé régulièrement pour vous empêcher de penser librement, de vous dresser face au pouvoir de ceux qui veulent garder leurs prérogatives. Comme je l'ai lu un jour, pour savoir qui dirige réellement un pays, déterminez simplement qui vous ne pouvez jamais critiquer et qui vous pouvez vilipender partout ouvertement sans risque d'un procès ou d'une mise à mort médiatique. L'histoire stupide autour de la maison de Pierre Loti dans ce Loto culturel le montre une énième fois : il faut rajouter une couche de morale factice pour bien remettre M. Durand au pas, surtout M. Durand, le type franchouillard, seul visé en fait. Et ce n'est pas en détachant une brève citation du contexte d'un livre entier que la vérité en sortira (cf. la fin de l'article du Figaro). Au contraire, l'usage accepté d'extraits tirés d'une œuvre est désormais controversé. En tant qu'ex-étudiant en littérature, je le sais mieux que quiconque : une citation extraite de son contexte peut être tordue dans le sens de la pensée de celui qui l'a reprise avec une facilité déconcertante. A mes yeux, cet usage devrait être totalement banni de tout travail de recherche ou de l'expression publique. Seule ne devrait être autorisées que des références bibliographiques et des liens menant vers une œuvre ou une partie d'œuvre intégrale avec citation des pages précises : c'est plus honnête et objectif.

    C'est vrai, tant de livres nouveaux ou anciens peuvent contredire notre conception du réel !!! C'est gênant... alors... on s'enferme dans l'accusation, on vocifère, on gesticule, on en appelle à la (fausse) légitimité mémorielle, comme ici : un cas d'exemple. Quand on connaît quel personnage, quel écrivain, était Pierre Loti... on est atterré ! Mais il est vrai qu'aller à la rencontre d'un auteur EXIGE de développer une EMPATHIE, une authentique ouverture de l'âme et du cœur, d'être un vrai démocrate, d'être HUMAIN en somme... et surtout, à la base, d'être un tantinet cultivé, l'élément le plus fondamental sans doute. Sans culture basique de qualité, le chemin vers le "bien" autoproclamé devient systématiquement celui du Mal sur la carte complexe de l'Histoire humaine : on prêche ses idées qui ne reposent que sur des préjugés au mépris des faits historiques et d'un contexte déterminé. C'est une règle sans exception malheureusement et aux conséquences désastreuses si elle est appliquée sans contrepartie sur le plan politique et médiatique.

    La question à se poser dorénavant est à qui sera le tour après Céline, Mauras, Peguy, Hergé, Goscinny, et maintenant Loti ? Car il y en aura forcément d'autres : c'est un mouvement de pensée malhonnête qui est lancé et dont les tenants n'ont aucune envie de s'arrêter en si bon chemin puisque les cautions morales officielles du moment les soutiennent en toute partialité. L’autodafé demeure cette arme suprême qu'il est, ce grand nettoyage de la mémoire historique, employé tel un karcher pour faire place nette dans la sphère de l’expression publique… et envoyer un message implicite, clair toutefois, à l'esprit en quête d'exactitude : voici ce que vous DEVEZ penser et admettre comme vérité… sinon…

     

    34. L'ÈRE DE L'AUTODAFE 2.0 - l'égotisme victimaire accusatoire au lieu du feu

    Scène de l'autodafé tirée du film Farenheit 451 (1966) de François Truffeau
    d'après le roman éponyme (1953) de Ray Bradbury

     

     

    Crédits photo et illustration : X.

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 5 Juin à 14:10

    Article très intéressant, dont je partage totalement le point de vue !

    Merci !

      • Lundi 18 Juin à 13:02

        Bonjour Pianosh !

        Content que vous vous y retrouviez dans ce texte. J'aime écrire... et je songe à publier un livre d'ici quelques temps suivant ainsi le conseil récurrent de lecteurs. Forcément, cet état de fait arbitraire m'interpelle. Car déjà, la censure s'établit lorsqu'on doit trouver un éditeur... dont beaucoup sont acquis aux idées politiques en vogue au mépris même du pluralisme démocratique. Puis une fois publié, la menace est là, prête à fondre sur vous. J'ai publié la suite de cet article plus centrée sur l'éthique et le rappel abusif à la mémoire historique : l'autodafé médiatique et numérique est une épuration, ni plus  ni moins, de la mémoire collective. Une pratique éminemment totalitaire, fascisante par conséquent.

        Bien à vous !

         

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