• 22. L'ARGENT

     

    Adulé par les uns, rejeté par les autres, l'argent est vu comme un moyen d'épanouissement et de réalisation personnels ou au contraire comme une source de corruption. Il ne laisse personne indifférent et entretient chez les gens des opinions tranchées, rarement nuancées voire radicales. Qu'il suscite la convoitise ou le dégoût, l'argent tend à diviser la société et le monde en deux camps que tout oppose : ceux qui gagnent grâce à lui et ceux qui perdent, les degrés intermédiaires étant des ponts qui évitent encore l'explosion d'une véritable haine sociale et meurtrière envers les riches et très riches de nos jours. Et si les maux liés à l'argent n'étaient qu'en fait le reflet exact de la nature humaine, et rien que ça, le moyen étant devenu un outil au service d'intentions négatives de beaucoup au lieu de servir le système d'échange qui l' a fait naître. Contrairement aux croyances prétendues rationnelles et réalistes, les solutions pour instaurer une société économiquement plus juste ne sont pas essentiellement socioéconomiques : leur source est avant tout intime, au fond de chacun, et engage ses valeurs, la question étant de savoir quel type de société veut chaque individu... honnêtement.

     

    Croire que l'argent est source de cupidité et cause des injustices sociales est une illusion. C'est une erreur fondamentale d'appréciation des phénomènes de la vie. C'est une mauvaise interprétation de la réalité. La convoitise et l'avidité ont toujours existé depuis que l'humanité est sur Terre. L'argent a été créé par l'Homme afin de faciliter les échanges commerciaux en lieu et place du troc dont les limites matérielles imposaient de trouver un outil de communication marchande plus aisé. A la base, l'argent est neutre. C'est parce que certains ont vu l'avantage qu'ils pouvaient en tirer qu'ils lui ont donné une valeur qu'il n'avait pas au départ. Et cette valeur est excessive, déconnectée de la réalité. Elle est intimement reliée à la dimension de l'ego c'est-à-dire la sphère sociale et relationnelle superficielle, celle de l'avoir, celle du possédant ou de l'appelé possédant. A force de vouloir s'approprier des biens et des services, l'Homme a donné une valeur à l'argent : celle du pouvoir et de la suffisance. Des études comportementales ont montré que cette valeur liée à l'argent modifiait rapidement et profondément la relation d'un être humain avec les autres mais aussi lui-même : diminution de l'empathie, avidité matérielle plus grande en particulier sur le plan alimentaire, accroissement de la capacité de résistance psychique et physique à des contextes stressants, développement de l'esprit de compétition et d'exclusion...

     


    L’influence de l’argent sur nos comportements... 

    Ces processus mentaux se font à notre insu : le conditionnement culturel autour de l'argent installe en nous les croyances et valeurs qui lui sont rattachées. Puis, celles-ci influencent notre relation à l'environnement humain ou même simplement géographique où nous sommes. La valeur de l'argent est avant tout sociale, donc artificielle et purement culturelle : elle est un produit de l'humanité.

    Cette valeur est aussi universelle : elle traverse l'espace et le temps. Peu importe les époques et les régimes politiques, elle demeure, entretenue et plébiscitée. C'est un classique indémodable qui réunit dans un chant des cœurs à l'unisson les capitalistes et les socialistes de tous bords, les démocrates les plus authentiques et les fascistes les plus fanatiques. Les idéologies peuvent vouer l'argent et le pouvoir social qu'il confère aux gémonies ou au contraire les encenser, rien n'y fait : les adversaires en public se réconcilient sans problème en privé n'ayant aucun scrupule à duper les électeurs ou les supporteurs qui leur ont donné une légitimité mondaine officielle mais factice.

    Les jeux d'argent ne se jouent pas uniquement sur le tapis vert des casinos, en répondant aux questions stupides d'un animateur de télé ou en grattant un ticket de loto : le miroir aux alouettes de la fortune usurpée, indécente, immorale, issue de l'oisiveté et de l'inutilité, attire à lui, au plus intime de chacun, tous les visages de ceux qui veulent, ou qui espèrent un jour, y admirer leur reflet tout gonflés d'orgueil et consumés par la vanité. Peu importe l'endroit, la compagnie, l'âge, la culture, le sexe, tous y succombent aussi facilement qu'une mouche est attirée par le miel, corrompant sans y prendre garde leur dignité. L'hypocrisie devient alors leur meilleur alliée pour faire durer une fortune dont la valeur intrinsèque n'est pas numéraire mais bien celle de l'influence et de la domination.

    22. L'ARGENTIl est donc vain de vilipender l'argent comme source de corruption. Faites-le disparaître, il sera aussitôt remplacé par une nouvelle unité de mesure, un autre moyen d'échange commercial, et vous retrouverez bien vite les mêmes maux sociaux et les mêmes blessures narcissiques. La recherche de profit ne disparaîtrait pas : l'égoïsme est dans le cœur de l'homme comme une marque indélébile. Ce n'est pas l'argent qui est à condamner et à rejeter mais bien le rôle qu'il joue dans notre monde. Or, ce rôle est né d'intentions puis de décisions particulières dont la source réside dans le cœur humain. Ni plus, ni moins. Aussi, faites évoluer la conscience d'une majorité de personnes vers une reconnaissance de leur propre valeur en tant qu'êtres vivants et non plus qu'êtres possédants ou propriétaires, vers un état d'épanouissement individuel centré sur le Soi et non plus sur le moi, et vous obtiendrez à la longue une multitude dont les valeurs seront dirigées vers le collectif en équilibre avec leurs individualités. A la civilisation de la comparaison incessante et du matérialisme roi, se substituera la civilisation de l'autonomie et d'une spiritualité plus présente. Dans un tel environnement, l'argent existera encore certainement mais son rôle ne sera plus tout à fait le même ; il pourra même n'avoir qu'un usage limité, circonscrit aux seuls achats matériels ou de services par exemple, la thésaurisation et les placements bancaires étant sévèrement encadrés. Il ne s'agit que d'idées mais le principal est de retenir que ce n'est jamais l'outil qui est mauvais par lui-même mais l'utilisation que l'on en fait. Aussi, laissons l'argent à sa place. Intéressons-nous d'abord à l'essentiel : le cœur humain où l'intention de dominer le monde grâce à l'argent est née.

     

    Crédits photo : X

     

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 25 Mai à 15:27

    Très belle analyse Laurent-Pierre, très claire, vraie, précise. Hélas l'argent va rester un problème pour beaucoup encore bien longtemps et "faire évoluer la conscience d'une majorité de personnes vers la reconnaissance de leur propre valeur" est une idée, certes utopique, mais que j'adorerais voir se réaliser. Elle est presque une réalité pour certains peuples un peu plus évolués spirituellement, mais pour l'occident, aie aie aie, quel travail... Et comment s'y prendre ?

    Tiens, pour y rêver je vais aller écouter le "nocturne en do mineur" de Chopin... ;-)

    Merci pour tous ces éclairs de lucidité que tu nous offres... et pour la musique !

    Danielle

     

     

      • Mardi 30 Mai à 01:13

        Bonjour Danielle !

        Merci pour les compliments ! En les lisant, je me dis que l'un de mes grands défis va être désormais d'écrire des articles courts à moyens en ce qui concerne mes petites réflexions philosophiques personnelles car apparemment, j'y gagne en clarté et précision : l'essentiel ressort mettant en évidence les arcanes de ma pensée. Evidemment, cette démarche rédactionnelle sera moins possible si l'apport de références extérieures est important. 

        Pour en revenir au fond, l'argent est un problème parce que l'attitude que nous avons avec lui est elle-même trouble ! Beaucoup d'entre nous ont les mêmes travers que ceux bien plus riches qu'ils jugent (forcément) corrompus. Comme si la pauvreté ou la modestie financière étaient des gages de plus grande honnêteté ! Il suffit de voir le comportement des gens qui gagnent au loto ou à un jeu d'argent télévisé : ils perdent la tête le plus souvent et deviennent exactement comme ceux qu'ils critiquaient encore quelques semaines plus tôt... par JALOUSIE et ENVIE, donc cupidité dissimulée sous une épaisse couche d'hypocrisie sociale. La plupart des sociologues, enfin ceux honnêtes et sans idéologie politique marquée, et de grands esprits spirituels s'accordent pour dire que nos envies effrénées de justice sociale ont souvent un fond bien sombre : en nous comparant à celui qui réussit mieux que nous, nous voulons en fait sa perte au lieu de faire notre autoprocès sur ce que nous jugeons être notre médiocrité matérielle. Indirectement, nous reportons sur cet autre que nous jalousons la cause de notre "échec" social ou dans un projet financier. L'égalitarisme social ne trouve sa source nulle part ailleurs que dans la jalousie et une cupidité que nous refusons d'accepter comme étant une part de nous-mêmes. Non, nous n'avons pas à exiger des plus riches qu'ils participent de manière exorbitante au bénéfice collectif dès lors que leur fortune a des fondations morales honnêtes, ce qui est une réalité pour beaucoup de gens aisés. La justice sociale devient injustice dès lors qu'elle ne procède plus de la solidarité authentique mais d'une idéologie solidaire... totalitaire comme le promeut si bien notre "gauche" post-années 70, surtout l'extrême-gauche type Mélenchon et autres mouvements dits anticapitalistes. Ces derniers partis représentent une fausse gauche qui a oublié ses fondamentaux qui ne condamnaient pas la fortune acquise au prix d'efforts mais seulement celle résultant du capital. Or, de nos jours, toute aisance matérielle est perçue de façon suspecte et suscite une véritable haine chez certains.

        Les fortunes "sales" existent bien sûr et doivent être dénoncées et condamnées mais cette corruption reflète parfaitement celle des plus modestes qui, non-exprimée, reste latente jusqu'à ce qu'elle apparaisse au grand jour comme je le rappelle plus haut par le biais d'une fortune soudainement acquise. L'exemple de l'homme modeste qui se rapproche le plus du riche corrompu est sans conteste celui du parvenu : il est de notoriété publique que ce type de personne est l'exemple même du riche insupportable, méprisant envers tout ce qu'il considère comme inférieur. Là, on voit bien que ce n'est pas l'argent qui corrompt mais la personne qui utilise mal son argent : ce dernier devient un outil de vanité et de mépris social. L'argent agit en fait comme un RÉVÉLATEUR du vrai fond de la personne. Un couteau dans les mains d'un passionné de cuisine sert à préparer de bons plats pour le bien collectif. Dans les mains d'un amant jaloux, d'une personne voulant se venger ou commettre un crime, ce même couteau devient une arme qui peut blesser ou tuer. Ce n'est pas l'outil qui porte en lui le mal mais bien son utilisateur. Ce n'est pas l'argent qui est mauvais en soi mais le regard porté sur lui : est-il neutre ou cupide ?

        Sinon, oui, je sais que tu pris du plaisir à réécouter le Nocturne de Chopin présent dans ma playlist musicale actuellement. Comment résister au charme artistique de ce cher Frédéric ? Eh bien, chère Danielle, je vais laisser longtemps ce Nocturne moins connu que d'autres du maître dans la playlist : je te l'ai dédicacé (cf. le menu correspondant : ton nom y apparaît désormais). wink2

        Voilà, je te laisse ! A plus tard !

    2
    loupzen
    Mardi 6 Juin à 22:24
    loupzen

    Je vous remercie d'avoir accepter ma présence dans votre univers.

    Le plus difficile pour un être "normalement constitué du cerveau" est de savoir adapter son "savoir être" lors d'une discussion.

    Moi qui ne suis pas instruit, j'ai reçu de votre "azerty" la possibilité d'échanger en toute liberté d'expression, sans aucune retenue ni gène? 

    L'argent, bon serviteur mauvais maître, qui brûle les doigts...."je vous cite "Ce n'est pas l'outil....mais bien son utilisateur" et j'ajouterais "son utilisation".

    J'ai tutoyé des princes et vouvoyé des gueux...j'ai mal dormi dans des palais et mis mes pieds en éventail dans les fossés...

    .Le savetier... le laboureur... des fables ?...... toujours le même poids sur la conscience. 

    Peut on nourrir quelqu'un avec une assiette vide ? Le véritable cas de conscience réside dans LE PARTAGE. La richesse d'un pays ou d'un individu ne doit pas stagner....horreur : l'argent appelle l'argent.. et après ? si la redistribution est bien faite!

    Le trop et le peu gâteraient-ils le jeu...la vérité serait-elle dans le juste milieu?

    Que de questions dont nous seuls avons les réponses dans nos agissements et non dans nos déclarations (pas d’impôts ! ).

    J'aime vos sujets d’intérêts. Si demain je recevais des coquillages ou des capsules de bière pour paiement des services rendus....ne serais-je pas tenter de remplir des caches de ces objets...encore plus un..puis deux..puis....mon argent mon cher argent.

    Chez vous on est pas avare des mots !

    Je vous remercie de votre amabilité.

    3
    Vendredi 23 Juin à 21:52

    C'est super gentil cher funambule qui écrit fichtrement bien... Es-tu certain de ton choix en "psy" ??? Parce que ta facilité d'analyse c'est un très bon atout, mais savoir la retranscrire de cette façon... C'est encore mieux !

    Je t'embrasse fort

    Danielle

      • Samedi 24 Juin à 03:58

        Mon projet initial est l'art-thérapie. Mais si ce plan A échoue ou que j'y galère trop, le plan B est la psychologie. Je sais que j'ai un côté philosophe très développé dû à mon expérience spirituelle extrêmement profonde et que mes anciennes études littéraires contribuent à l'expression aisée des réflexions complexes qui en découlent. Tout ça est une synergie. Tu es la énième personne à me faire remarquer la qualité que j'attache au fond de mes textes et l'aisance avec la langue écrite. Certains m'ont fortement encouragé à écrire un premier livre. Ca y est justement : j'ai envie de sauter le pas. Ce sera un essai philosophique, un roman ou une suite de nouvelles. A ces deux derniers genres, je donnerai certainement une dimension philosophique inévitablement. Je pense même à un roman d'anticipation bien que le public français y soit le moins réceptif au monde. Mais disons que j'y mettrais un fond humain et de réflexion socio-politique, chose dont les Français raffolent. On ne sera pas dans la science-fiction avec vaisseaux spatiaux et extra-terrestres mais plutôt dans une allégorie de l'humanité.

        A + tard ! wink2

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    4
    Vendredi 30 Juin à 17:47

    Je trouve que c'est une excellente idée et t'encourage à aller au bout de ce projet ! Je serai une des premières à te lire !!!

    @ +

     

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