• 15. TERRITORIALITÉ, DIVERSITÉ ET PAIX MONDIALE - métissage et uniformisation

     

    Ce 15è article est très long, je pourrais même dire exceptionnellement long. Depuis que je blogue, je n'ai jamais publié un écrit aussi développé et argumenté. Pourquoi en est-il ainsi ? En fait, ça n'était pas prévu. Cet article trouve sa source originelle dans un commentaire que j'avais laissé en réponse à l'un de mes contacts sur Facebook qui avait posté la photo publiée ici tout au début du texte dont la légende dit : "Vous voyez des frontières ? Moi non." . J'avais alors objecté l’opinion que je développe dans mon article, à savoir que la citoyenneté mondiale ne nécessitait pas l'abrogation des frontières nationales pour exister et que la présence de délimitations géopolitiques permettait à la diversité ethno-culturelle de perdurer sur terre : les frontières étaient un rempart à l'uniformisation culturelle du monde. Mon point de vue était peu conforme au politiquement correct ; il a sauté aux yeux d'une amie qui m'a demandé de pouvoir partager mon commentaire sur sa page Facebook. Je lui ai alors proposé d'en faire un article sur mon blog et de le lui dédicacer... sauf que j'ignorais dans quoi je m'engageais..

    En effet, en raison des thèmes abordés, je me trouvais directement dans la ligne de mire du politiquement correct dont l'unique objectif est de se faire le gardien zélé des seules opinions admises sur certains sujets devenus sensibles à force de propagande médiatique et de manipulation politique. J'ai vite saisi l'écueil vers lequel je me dirigeais. J'ai alors compris que je n'avais pas d'autre choix que de consolider mon argumentation avec des références sérieuses. J'ai dû effectuer des recherches longues et fastidieuses, lire et étudier des points de vue complémentaires au mien durant plusieurs semaines. Le temps passant, mon argumentation s'est étoffée, précisée. Mon sujet de départ, présence des frontières et citoyenneté mondiale, s'est trouvé relié à d'autres thèmes incontournables, la diversité culturelle et ses enjeux politiques et socioéconomiques, qui eux-mêmes, m'ont conduit à aborder les problématiques étudiées en croisant différentes disciplines : la politique, l'histoire, la philosophie, l'anthropologie et l'économie. Bien qu'il reste modeste par rapport à d'authentiques travaux de recherche sur une thématique précise, le travail d'étude qui fonde ce 15è article est une vraie démarche intellectuelle : j'ai rassemblé diverses données afin de les décortiquer puis les structurer. La rigueur dans la réflexion est demeurée mon objectif majeur par pur souci d'éthique : rester honnête avec moi-même et clair avec autrui tout en me fondant sur la réalité socioculturelle, économique, historique et anthropologique m'importait.

    Cet article est un véritable mini-essai en ligne. Sa lecture exigeante pourra dérouter l'individu habitué à lire des textes plus courts et peu disposé à entreprendre les efforts nécessaires à une réflexion personnelle approfondie sur quelque thème que ce soit. Je peux le comprendre : la course à la facilité qui prévaut de nos jours perturbe grandement l'accès à la connaissance et à l'expression d'une curiosité ambitieuse. Notre époque est celle de l'instantanéité et du refus de la frustration due au différé : beaucoup d'entre nous n'ont jamais été encouragés à lire des textes longs ou ont perdu l'habitude de le faire. L'excellence intellectuelle et la rigueur éthique ne sont plus valorisées : c'est la course au simplisme et à l'émotion brute, aux préjugés et aux idées toutes faites.

    Je vous souhaite une lecture agréable et fructueuse de cet article même si vous n'êtes pas entièrement d'accord avec mon propos. N'hésitez pas à commenter... en argumentant bien sûr avec soin.

    Cet article est dédicacé à Chantal R. de Bouguenais (44)

     

    Introduction


    15.

    Quand la beauté d'une pensée rejoint le camp du conformisme,
    elle n'est plus qu'un cliché qui aveugle l'ignorant
    et satisfait l'idéologue.

    Récemment, un de mes contacts Facebook a publié sur sa page la photo affichée ci-dessus. Cette image et son slogan sur fond de globe terrestre traduit en de nombreuses langues sont très connus. Longtemps, j'ai moi-même adhéré à l'idée qui y est exprimée de manière ostentatoire. En effet, prise au premier degré, celle-ci est séduisante : ouvrir la porte à tous, pouvoir aller partout sur terre sans être obligé de montrer patte blanche à l'aide de papiers officiels est un principe de liberté insouciante qui s'oppose frontalement à notre quotidien géré par les limitations et les concessions permanentes au droit collectif et aux exigences d'autrui. Evidemment, l'idée de pouvoir faire comme bon lui semble et d'avoir le monde à ses pieds comme une immense scène de théâtre attire facilement l'ego sensible aux sirènes de tout ce qui flatte ses désirs... y compris sous l'apparence d'une haute philosophie de vie voire d'une spiritualité un peu surfaite cependant.

    Jusqu'à 2010, je soutenais aussi cette idée d'ouverture universelle tous azimuts comme la plupart des gens dans le monde : j'y voyais une condition sine qua non à l'établissement d'une paix mondiale sur terre grâce au sentiment d'appartenance à l'humanité entière, ce qui pour moi passait alors logiquement par la suppression de toute ligne de démarcation où qu'elle soit sur la planète. Mais cette année-là a marqué un tournant dans ma vie : après un effondrement intérieur intervenu en 2008, mon cheminement spirituel commencé vingt ans plus tôt s'est accéléré. J'ai alors vécu une véritable renaissance intime. Je me suis éveillé à moi, à qui j'étais vraiment tout au fond de mon être. Et au fur et à mesure que je progressais dans la connaissance de moi-même et de ma relation d'unité avec le cosmos, j'ai vite saisi que la notion d'infini ne s'oppose pas, comme le croit une approche superficielle mais surtout très idéologique de la réalité, à celle de limite. Je dirais même que les deux idées se complètent et forment un équilibre comme dans bien des domaines : le fameux Yin-Yang en somme ! Par conséquent, si on transpose à l'échelle de la Terre, la notion de mondialité, entraînant celle de citoyenneté mondiale du même coup, ne requiert pas d'être détaché d'un pays ou de se sentir l'être. Un fort sentiment d'identité nationale est tout à fait compatible avec celui d'appartenance à l'humanité sans distinction. Se sentir dans une unité globale terrestre tout en affirmant nettement des différences locales ou nationales est possible.

    Le présent article reprend mon opinion actuelle sur le sujet à partir de commentaires que j'ai laissés de-ci de-là sur Internet. Sans chercher à être exhaustif dans l'étude de la question à moins d'écrire un livre, je vais vous exposer ma pensée selon la structure qui suit :

    Partie 1. Le territoire : une donnée anthropologique naturelle

    A partir de l'exemple principal de la Côte-d'Ivoire, je montrerai que selon l'anthropologie, l'idée de territoire est un fait naturel indissociable de la culture et de la psychologie humaines.

    Partie 2. La diversité : un fait humain naturel qui s'équilibre de lui-même

    Ici, vous sera livrée ma conception de la diversité. J'expliquerai comment l'existence de frontières politiques garantit naturellement une authentique diversité ethno-culturelle sur notre planète. Nous verrons que laisser faire les peuples sans intervention politique est la source d'une immigration sans heurt majeur, pragmatique.

    Partie 3. Déconstruire puis reconstruire le concept de diversité selon les attentes du capitalisme dérégulé

    Le contenu de cette partie s'écartera des dogmes dominants et de leur consensus arbitraire mortifère. Je me concentrerai sur la transformation du concept de diversité intervenue en Occident dans les années 1970/80 à partir d'une manipulation idéologique purement opportuniste imposée par le pouvoir politique soumis aux puissances de l'argent. Nous verrons combien cette redéfinition de la diversité s'oppose à la notion originelle de pluralité normalement rattachée à celle de diversité. Nous constaterons que nous sommes en face d'une tromperie généralisée au service exclusif du grand capitalisme international : le but est la réorganisation du monde afin d'avoir un marché planétaire unifié essentiellement constitué d'un type de client similaire d'une zone géographique commerciale à l'autre.

    Partie 4. La paix mondiale sans frontières : un concept d'essence totalitaire et violente

    Dans cette partie, mon discours restera encore très loin des zones d'influence du politiquement correct. En effet, je reviendrai sur la nature discutable du concept de paix mondiale qui nous est asséné aujourd'hui. De nos jours, l'idée d'un pacifisme mondial sans frontières est très populaire. Or, elle véhicule un fond rempli de poncifs idéologiques et philosophiques : une pacification planétaire ne pourrait s'établir avec un maintien des frontières nationales et sans libre circulation des gens selon une conception très en vogue depuis les années 1970. Nous verrons qu'il n'en est rien et que la paix mondiale est plus une affaire de psychologie humaine et d'individualité que de géopolitique au sens strict. De plus, l'essence historiquement totalitaire de ce concept de paix mondiale sans frontières sera mise à jour simultanément.

    Une conclusion amènera enfin le lecteur vers une vision plus nuancée du concept de paix mondiale grâce au rappel du rôle crucial que joue la responsabilité individuelle dans un processus de pacification planétaire : l'existence des frontières politiques actuelles en ne s'opposant nullement à l'émergence d'un véritable esprit de citoyenneté sur le globe permet la reconnaissance et le maintien d'une diversité ethno-culturelle humaine sur terre.

     

     

    1. Le territoire : une donnée anthropologique naturelle

    Quand l'idée de l'abolition des frontières sur la Terre est avancée, un sous-entendu récurrent l'accompagne : les limites extérieures ne sont que le reflet tangible des limites intérieures, ce qui implique que s'ouvrir en-dedans signifie s'ouvrir au-dehors sans aucune restriction spatiales et par conséquent, impose la suppression de toute délimitation géographique administrative sur la planète. Ce serait un parallélisme parfait. En effet, selon ce présupposé, les frontières entre pays dénotent l'attitude d'une fermeture à l'autre, l'étranger dont on ne veut pas chez soi, sur son territoire national défini par des limites politiques et historiques. Du coup, selon ce point de vue, la solution adéquate est de supprimer en l'homme cette tendance à exclure celui qui vient d'ailleurs par la promotion de l'opposé : accepter l'autre sur le sol de son pays sans aucune restriction légale. Ce message qui se veut humaniste s'implante dans les esprits pendant les années 1970 et prend son plein essor durant la décennie suivante, en particulier en France où la conception aussi fameuse que fumeuse de citoyen du monde devient populaire. Les années 1980 sont les années SOS-Racisme, des années de mise en culture idéologique, une période éminemment politique et dogmatique sur les thèmes liés aux questions migratoires. A ce moment-là, la notion philosophique de nationalisme est peu à peu discutée puis dépréciée, menant du coup à voir de manière péjorative les concepts politiques de nation et de nationalité. La voie est alors grande ouverte vers l'expansion tous azimuts de la rhétorique prônant le "One world, one nation!" (1).

    L'énorme inconvénient de l'idéologie cosmopolite est qu'elle mésestime le concept de territorialité dans la culture humaine en le confinant à un comportement plus acquis que naturel et sur lequel l'homme possède un plein contrôle. Or, la biologie et l'histoire nous montrent l'exact opposé. En effet, l'immense majorité des animaux vivent avec un fort instinct de territorialité : combien de combats entre mâles dominants pour la conquête d'un espace précis de chasse ou d'accouplement ? Même nos chiens et nos chats sont prêts à en découdre avec tout intrus qui pénètre dans leurs frontières domestiques. Quant à l'être humain, depuis que je suis enfant, j'ai lu, vu et entendu tellement de choses montrant que depuis la Préhistoire, les hommes se déchirent pour avoir puis garder une portion de terre plus ou moins étendue dans une région donnée du globe. Toutes les civilisations sont concernées, à des degrés divers j'en conviens, certaines ayant un appétit territorial très bas ou moins revendicatif, comme certains peuples amérindiens, lorsque d'autres sont au contraire extrêmement belliqueuses sur ce plan, tels les peuples du pourtour méditerranéen dans l'Antiquité et beaucoup d'autres sur les continents européen et africain par exemple. Nos livres d'histoire sont remplis de récits d'invasion et de guerre tandis que les arts et l'écriture ont eux aussi souvent relayé les tragédies qu'ont vécu nombre de populations au cours des siècles à force de conflits de territoire. Nos églises, temples ou musées regorgent d'objets divers (sculptures, peintures, gravures, parchemins, livres...) qui relatent les rapports parfois tendus qu'entretiennent pour des questions territoriales les hommes entre eux depuis le plus lointain passé jusqu'à nos jours.

    Par ailleurs, certaines zones géographiques sont clairement identifiées soit par un relief particulier ou par un ou des contenus spécifiques : les populations qui y vivent et celles qui résident autour les reconnaissent d'emblée comme des territoires rattachés de fait, naturellement, aux gens qui s'y sont établis. Ainsi, dans l'histoire, combien de forêts, de plateaux, de chaînes de montagne, de fleuves ne sont-ils pas devenus des frontières naturelles incontestées ou peu contestées par les peuples alentour ? Certains espaces de terre sont également plus fertiles que d'autres plus arides ou se révèlent plus riches en certains éléments de haute valeur marchande (minéraux, gaz, etc.). Une exposition dédiée aux divers peuples de Côte d'Ivoire organisée au musée du Quai Branly (2) à Paris m'a été très instructive sur ce thème. Ainsi, l'ethnie des Akans divisée en plusieurs communautés culturelles a un sous-groupe appelé partout dans le pays le peuple des lagunes parce qu'il vit dans une zone maritime au sud du pays où des étendues d'eau saumâtre découpent le littoral ivoirien. Le nom de la région administrative contemporaine reprend cette dénomination comme le montre la carte ci-dessous. Au nord, d'autres populations des ethnies Gour et Mandé vivent dans des zones avec une végétation clairsemée annonçant des terres semi-désertiques. Dans le pays, elles sont nommées par tous les peuples de la savane parce qu'elles vivent là depuis un temps ancestral ; la région administrative actuelle là aussi reprend la dénomination populaire traditionnelle. Et que dire de la région de la vallée du Bandama ou de celle des 18 montagnes qui, toutes deux, délimitent un territoire bien circonscrit grâce à un ou quelques éléments géographiques précis qui ont permis d'en déterminer naturellement les frontières administratives d'aujourd'hui. Une correspondance exacte entre les limites définissant un territoire et son histoire importe peu : seul le principe d'identification à une aire géographique donnée compte pour démontrer l'existence explicite (sur les cartes) ou implicite (dans les esprits) de frontières territoriales.

     

    15.

     Carte administrative de la Côte-d'Ivoire

    Bien sûr, j'aurais pu choisir de prendre l'exemple d'un pays occidental dont la France mais je trouvais plus intéressant de prendre un pays dont la culture célèbre la notion de territoire. Pourquoi croyez-vous qu'il y ait autant de conflits ethniques et de guerres pour la possession de certaines zones géographiques précises en Afrique depuis des décennies ? Objectivement, la présence de frontières n'y est pour rien en elle-même. C'est le redécoupage administratif selon l'unique volonté des anciens colonisateurs qui est la cause principale du problème : les territoires séculaires qui concordaient tous avec un lieu auquel étaient rattachées une ou plusieurs cultures spécifiques ont été tout simplement niés puis redécoupés pour se retrouver divisés entre de nouvelles entités purement politiques et artificielles souvent plus étendues et dessinées selon les critères occidentaux exclusivement. En Afrique, l'attachement à la terre, au sol de naissance, est un trait culturel primordial : l'appartenance à une région particulière n'est pas juste une donnée administrative, elle est un fait de vie. L'exposition avait montré combien le culte des ancêtres restait encore très pratiqué malgré la présence des monothéismes chrétien et musulman. Or, rendre hommage à nos prédécesseurs, c'est honorer la mémoire du passé qui est naturellement reliée à une histoire déterminée, un contexte géographique et par là, à une culture rattachée, ce qui renvoie d'emblée au concept D'IDENTITÉ du point de vue humain comme... politique ! L'identité nationale n'est pas qu'une lubie de conservateurs souverainistes endurcis : c'est aussi et surtout une composante fondamentale de la personnalité humaine. L'arbre a des racines sur lesquelles il s'appuie pour croître en hauteur et en force et par lesquelles il puise son énergie vitale : elles sont son point d'ancrage, sa source de vie et de développement. Sans elles, l'arbre ne peut exister : il meurt. Il en est de même pour l'être humain : tous, nous nous basons sur des références culturelles précises en lien avec des parents, une famille... et le pays ou la région dont ils sont originaires même si nous n'y sommes pas forcément nés. Sans aucune référence culturelle et point d'histoire personnelle, l'homme devient un individu aisément manipulable et formatable : il se soumet facilement aux pressions psychologiques extérieures parce qu'il n'a pas le fond affectif et éthique particulier qui lui permettrait de résister à une mise sous influence. Dans les pays occidentaux, les populations immigrées sub-sahariennes et du Maghreb où le respect envers les générations antérieures et l'attachement au pays d'origine des aînés est fondamental sont d'ailleurs celles qui contestent le plus fermement l'embrigadement idéologique socialiste-capitaliste que nous subissons depuis la fin des années 1970. Leur système éthique est tout simplement différent de celui de l'Occident : le territoire existe déjà dans la tête, naturellement, point de repère indispensable pour savoir discerner le bien du mal, pour savoir où aller, pour se construire intimement

    L'exposition sur les peuples de Côte d'Ivoire par les textes descriptifs et explicatifs qu'elle donnait à lire et les vidéos qu'elle donnait à voir était un véritable traité de psychologie sociale et de psychologie humaine tout court mis en scène de façon condensée et imagée. La notion de territorialité des cultures, des savoirs et techniques quels qu'ils soient (artistiques, marchands, domestiques, etc.), était omniprésente dans l'histoire familiale, régionale et nationale des individus appartenant aux populations mises à l'honneur. Cet événement culturel montrait clairement que psychologie, culture, histoire et politique sont inséparables, chacune influençant les autres tout en étant affectée par elles. En outre, les peuples nomades, apparemment moins assujettis au besoin d'avoir un territoire que les populations sédentaires, se révèlent être au contraire tout aussi intéressés par la possession et la conservation d'une zone géographique déterminée, qu'elle soit ou pas administrativement reconnue. C'est ainsi le cas des Touaregs (mais je pourrais en citer bien d'autres) dont la réputation de nomades du désert est célèbre dans le monde entier. Or, pour l'avoir moi-même entendu de la bouche d'un résident immigré en France algérien d'origine Touareg, la territorialité est une notion essentielle dans la culture de ce peuple, fondamentale même :

    "L’expression de « territoire nomade » semble être un oxymore. Néanmoins, certains auteurs, géographes et ethnologues, l’ont utilisé pour signifier une certaine territorialisation des tribus nomades. Les travaux de Jean Gallais (1976), Edmond Bernus (1995 et 1999) ou de Paul Pandolfi (1998) ont confirmé cette dimension territoriale chez les Touaregs, bien qu’elle soit relative et mouvante selon le contexte climatique, politique et économique. De plus, la territorialité nomade a très souvent été caractérisée et définie en termes de mobilité et de fluidité." (3)

    Concrètement, la territorialité nomade s'exprime à travers le fait de circuler sur une superficie définie qui peut être très étendue et pas au-delà ou alors exceptionnellement. La zone de déplacement devient en elle-même un territoire investi par le peuple nomade. Les Touaregs vont d'oasis en oasis à travers le Sahara, selon des règles immuables et des parcours bien établis. L'immensité désertique éloignée des villes est leur zone de vie, leur territoire, leur nation, leur pays de cœur et d'âme, un endroit vaste auquel ils tiennent plus que tout même si d'autres ethnies s'y sont implantées en certaines places plus ou moins faiblement urbanisées non loin des limites du grand désert par l'intermédiaire du redécoupage territorial désordonné imposé par les anciennes puissances coloniales. Mon grand intérêt pour la civilisation des aborigènes australiens m'a conduit à constater une attitude identique pour les groupes d'individus non-sédentarisés qui alors demeuraient entre les limites d'une zone particulière reconnue par tous les membres comme un territoire où la tribu pouvait se déplacer en toute légitimité. Or, le lien entre un individu aborigène et sa terre de naissance et d'enfance est viscéral, je peux vous le dire. Une connaissance qui voyage beaucoup en Australie m'a un jour rapporté qu'un vieil aborigène à l'agonie vivant au nord du pays avait demandé à un proche de lui rapporter avant de mourir un peu de terre de sa région natale située au sud, ce qui a été fait. Le vieillard en a pleuré d'émotion : à défaut d'avoir pu fouler à nouveau du pied le sol de son pays (au sens aborigène et non celui occidental) de naissance, il a pu alors le toucher, le humer une dernière fois. Il a pu honorer sa terre, le territoire où il était venu au monde. La boucle était bouclée. Il pouvait désormais partir, ou plutôt repartir dans le pays du Rêve, l'immensité cosmique. L'hommage aux ancêtres et à la terre nourricière avait été rendu : lui-même pouvait aller rejoindre les dieux et cet ailleurs inconnu, différent, gigantesque, duquel la Terre était née jadis.

    Comme vous pouvez le constater, l'obtention et la conservation d'un territoire donné est une constante dans l'histoire humaine et un fait naturel : c'est une expression de la vie. Peut-être pas la plus calme ni la plus enviable ou noble selon certains, certes, mais elle n'en reste pas moins une réalité anthropologique objective et indéniable. Aussi, parvenu à ce point de réflexion, chacun peut se demander comment l'idée de paix mondiale et de respect de la différence ethnique et culturelle a-t-elle pu se retrouver associée aussi fortement à celle de suppression obligatoire et définitive des frontières territoriales au point de véhiculer un des concepts philosophiques et politiques devenu à force l'un des plus grands clichés qui soit, un poncif dont l'extrême consensualité explique son succès : la citoyenneté mondiale. Quel procédé intellectuel a produit cette union conceptuelle qui, à l'analyse, se révèle bancale et pour tout dire abusive ?

     

    NOTES - PARTIE 1 :

    (1) : "un monde , une nation !"  

    (2) : cf. Exposition : les maîtres de la sculpture - Côte d'Ivoire, Musée du quai Branly, 13 avril au 26 juillet 2015

    (3) : in L'information géographique, Laurent Gagnol (éd. Armand Collin)

     

     

     2. La diversité : un fait humain naturel qui s'équilibre de lui-même 

    A la base, la croyance d'une paix mondiale par l'ouverture absolue puis la disparition des frontières se fonde sur un désir de liberté totale de pouvoir se déplacer sur le globe, d'un continent à l'autre, sans être gêné par l'obligation de présenter tout papier officiel (carte d'identité, passeport, visa) aux autorités nationales des pays traversés. Ce désir part lui-même du présupposé idéaliste de rassembler tous les êtres de la Terre sous une bannière unique pour signifier que tous les humains ont la même nature qui remonte à une seule origine fondamentale, la source anthropologique lointaine : l'Afrique préhistorique. C'est l'idée bien connue que puisqu'un sang de même couleur circule sous des peaux aux teintes différentes, l'unité d'essence et de culture s'impose entre tous les hommes et que la pacification du monde ne pourra intervenir qu'à la condition de cette prise de conscience. Malgré nos différences et notre diversité socioculturelle, nous sommes tous identiques, nous formons tous un ensemble homogène : inutile de rejeter quelqu'un dans ce cas pour une différence que fondamentalement il ne possède pas. Cette idée est bien sûr un démenti philosophique et politique au racisme qui, lui, au contraire se fonde sur la division entre les hommes à partir de critères discriminants stricts et subjectifs : derrière une apparente diversité  prévaut l'unité humaine. Or, c'est à la jointure entre multiplicité, singularité et uniformité que la construction idéologique qui a mené au concept d'un cosmopolitisme uniformisant est née.

    Le mot "diversité" dans son sens initial signifie pluralité, variété, multitude, nombre élevé de différences qu'il concerne des variantes dans l'expression de l'existence d'un phénomène ou une quantité importante de choses pouvant être incarnées par une réalité unique particulière visible ou invisible. A la base, la diversité renvoie à l'idée d'une multiplicité abondante c'est-à-dire d'une quantité très élevée de quelque chose sous des formes extrêmement variées. Par essence, l'idée de diversité inclut celle d'hétérogénéité qui est son concept jumeau, et rien de plus. Imaginez une grande étendue naturelle et sauvage au cœur du printemps. Partout, quantité de fleurs et de plantes diverses voisinent les unes avec les autres sur un espace large mais limité. Tout est mélangé : c'est une profusion de couleurs et de senteurs qui cohabitent. Je vois le monde ainsi : c'est ma conception de la diversité. C'EST la définition même de la diversité : tous ensemble réunis dans un espace plus ou moins vaste, un pays, puis dans un autre plus étendu mais bien circonscrit, la Terre, chacun conservant ses spécificités locales et nationales. Originalité et unicité sont respectées au sein d'une grande communauté mondiale. Selon cette vision de la diversité, l'abolition des frontières est inutile : le maintien de limites administratives nationales, au contraire, participe à l'existence même et au renforcement d'une multitude ethnique et culturelle sur la planète entière. Le monde est ainsi composé, telle une mosaïque, de multiples entités socioculturelles, certaines plus ou moins similaires, d'autres très différentes. L'humanité se révèle à travers une large multiplicité linguistique, éthique, historique, politique et socio-économique. Un mélange international existe de facto, un mélange hautement pluriel où les peuples se rencontrent et cohabitent à court ou long terme voire très long terme au gré de migrations ponctuelles en raison d'événements divers jusqu'à même constituer des pays ou des régions complètement fondés sur un multiculturalisme pacifique, constitutionnalisé et dynamique : les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, la Réunion ou Maurice et dans une moindre mesure, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, en sont de parfaits exemples.

     

    15. TERRITORIALITÉ

     

    A la lecture de ces mots, on pourrait me rétorquer que ma description n'est qu'une lapalissade, une simple évidence. C'est vrai. Toutefois, ce rappel était nécessaire : resituer les faits dans leur juste perspective est indispensable lorsqu'on aborde des sujets complexes, et encore plus quand ils sont soumis aux passions polémistes dont les raccourcis idéologiques tendent à déformer tout propos nuancé comme le mien ou adverse. Effectivement, il m'importait de remettre en lien le concept de diversité avec son essence, la pluralité pleine et entière, afin de bien montrer en quoi la définition qu'on nous en donne actuellement est issue d'une déformation voulue et entretenue à des fins politiques et purement partisanes. En somme, en obligeant le lecteur à se rappeler de la vraie nature de la diversité, je lui permets de voir à quel point le concept a été perverti au détriment du bien-être social.

    De nos jours, l'idée de diversité est systématiquement rattachée à celle d'ouverture absolue des frontières avec l'espoir avoué d'une disparition complète de celles-ci. En gros, la diversité, ce serait la libre circulation des personnes partout, enfin particulièrement en Occident. La diversité, ce serait en tout pays, différents types de personnes et de cultures qui se fréquentent et cohabitent ensemble... mais ce serait surtout des types ethno-culturels variés et cependant identiques d'un état à l'autre. Où que vous soyez ou allez, vous devez vous attendre dorénavant pour certains à retrouver les mêmes gens avec des modes de vie similaires regroupés autour des mêmes valeurs, en gros, la même diversité en divers endroits du monde, ce qui en soit est en complète contradiction avec la définition même de la diversité d'un point de vue global. En effet, à partir du moment où à différents endroits de la planète les habitudes de vie quoique variées en un lieu précis sont identiques ou presque à celles d'autres populations vivant à d'autres endroits du globe, ce n'est plus un processus de diversification qui est à l'oeuvre mais plutôt un processus d'uniformisation généralisé à l'échelle planétaire.

    Lorsque vous voyagez d'un bout à l'autre du globe, vous vous attendez logiquement à trouver une ou des cultures bien spécifiques rattachées à l'endroit que vous visitez. C'est d'ailleurs ce qui fait tout le charme et la beauté de notre planète : la multiplicité ethno-culturelle humaine est à l'homme ce qu'on peut observer pour la faune et la flore sur tous les continents. C'est l'image de l'étendue naturelle dont je parlais plus haut où cohabitent et vivent harmonieusement diverses fleurs sauvages, plantes et hautes herbes avec quelques arbres de-ci de-là et les animaux endogènes. En certains endroits de cette étendue naturelle, des zones plus homogènes existent bien sûr mais elles sont bien déterminées et perdues dans la multitude variée. Tout ce monde vivant et pluriel vit ce qu'il est, chaque être végétal ou animal n'est que lui-même et ne devient pas l'autre, et surtout n'arbore pas les caractéristiques d'une essence ou d'une espèce différente. Le putois ne copule pas avec le renard, la reine des prés ne reçoit pas le pollen de la marguerite pour être fécondée. Et sur un même lieu, différentes espèces de rapaces nocturnes ne s'accouplent pas entre elles, tout comme un lion ne fécondera pas une femelle léopard ou guépard. Cette réalité peut être étendue à l'infini dans le règne animal et végétal. La nature a créé ce prodige du mélange... non métissé, l'imposant comme une loi absolue afin de garantir le maintien d'une variété d'êtres suffisante et d'un équilibre biologique en une zone géographique donnée. Evidemment, des exceptions existent. Possibles mais quasi-inexistantes en milieu sauvage, elles sont essentiellement le fruit de l'intervention humaine par le biais de l'élevage ou du maintien en captivité (laboratoires, zoos) et pour les plantes par la pratique de la greffe. Toutefois, avec le réchauffement de la zone arctique, certaines espèces génétiquement très proches commencent à s'accoupler entre elles naturellement : des grizzlis des grands espaces boisés d'Amérique du nord copulent parfois avec des ours polaires dont le territoire de vie et de chasse diminue avec les années (4).

    Les mouvements naturels de migration imposés par un contexte particulier peuvent en effet mettre face à face des populations animales ou humaines qui ne se seraient jamais rencontrées autrement. L'Histoire humaine est pleine de ce genre d'événement souvent dus à des circonstances adverses variées : climatiques et environnementales (sécheresse ou inondations, pollution), économiques (niveau de vie excessivement bas et pauvreté récurrente), politiques (guerres, conflits, discriminations importantes avec parfois persécutions), etc. Quand les mouvements migratoires humains sont une réponse naturelle et logique à un contexte difficile durable, aucun véritable problème ne se pose d'un point de vue éthique : en raison de la lourdeur matérielle et financière d'un départ pour un pays étranger, les candidats à l'émigration y réfléchissent à deux fois. Ou alors, les émigrants ne vont pas loin. Les flux touchent des pays frontaliers ou proches en paix ou jugés plus attractifs. Ainsi, avec la désertification et l'instabilité politique permanente de l'Afrique subsaharienne, le Maroc en raison de sa position géographique et d'un dynamisme économique apparu depuis quelques années a vu la population sur son sol augmenter en raison de l'arrivée régulière de migrants venus du Mali, du Sénégal, du Ghana, du Burkina-Faso ou de la Côte d'Ivoire. Des tensions internes sont bien sûr nées entre les Marocains d'origine et les nouveaux arrivants. Cependant, des points de liaison culturels tels que l'islam, une forte religiosité et l'appartenance à un même continent adoucissent les sujets de friction même si un vrai racisme existe désormais au Maroc envers les Noirs et complique les rapports entre groupes ethniques :

    "Bien que la plupart des migrants considèrent le Maroc comme un pays de transit, un nombre croissant de migrants qui échouent à traverser vers l'Europe préfère rester au Maroc plutôt que de retourner vers leur pays d'origine plus instable et considérablement plus pauvre. Il est probable que plusieurs dizaines de milliers se sont installés de façon quasi-permanente dans des villes comme Tanger, Casablanca et Rabat, où ils trouvent parfois de l'emploi dans le secteur de services informel, le petit commerce ou le bâtiment. D'autres migrants essaient d'étudier au Maroc.

    Cependant, les migrants font face à une xénophobie généralisée et des agressions de la part des gardes-frontières marocains et espagnols. Parce que la plupart d'entre eux sont dépourvus de statut légal, ils sont vulnérables à la marginalisation sociale et économique.

    En septembre 2005, un hebdomadaire marocain a comparé les migrants subsahariens à des « criquets noirs » envahissant le nord du Maroc. Plusieurs rafles ont eu lieu dans des quartiers d'immigrés et dans des camps improvisés dans les forêts aux alentours des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et de quelques villes marocaines, et des migrants irréguliers sont régulièrement expulsés vers la frontière algérienne.

    Il y a des indications qu'une minorité considérable des immigrés au Maroc ont migré pour des raisons qui sont inclues dans la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et des apatrides. Pourtant, le gouvernement marocain présume que pratiquement tous les immigrés subsahariens au Maroc sont des « migrants économiques » en route vers l'Europe." (5)

    Les mouvements migratoires spontanés entraînent des problèmes politiques et des tensions humaines comme on le voit. C'est un fait logique, historique, objectif, humain. Ça n'a rien à voir avec l'intention des migrants concernés : c'est en lien avec la nature humaine. Tout à coup, sur un espace défini, les richesses doivent être davantage partagées, ce qui inévitablement provoque une frustration chez ceux qui vivent déjà sur place. La crainte de perdre, de devoir lâcher quelque chose pour un autre, est presque aussi forte que la peur de la mort chez l'être humain. Toutefois, avec le temps, si on laisse faire les gens, la cohabitation s'organise, chacun préférant vivre paisiblement. Par contre, lorsque les politiques s'ingèrent dans la gestion des déplacements de population, les problèmes ne tardent jamais à apparaître : leur démarche n'est jamais au profit du bien commun mais toujours dans un intérêt personnel et selon une vision très partisane, surtout quand l'influence de la haute finance et du grand entrepreneuriat entre en jeu. Les plus puissants se créent alors des règles sur mesure puis les imposent aux pouvoirs publics nationaux. C'est exactement ce qui se passe depuis près de 40 ans dans la plupart des pays occidentaux dont la France, ce qui explique pourquoi une redéfinition officielle de la notion de diversité a eu lieu grâce à une habile manipulation conceptuelle et politique, suivie ensuite de la mise en place de mesures concrètes adaptées.

     

    NOTES - PARTIE 2 :

    (4) : cf. http://www.topito.com/top-animaux-hybrides, Manimal world (source originale)

    (5) : on Maroc: De pays d'émigration vers passage migratoire africain vers l'Europe, Hein de Haas 

     

     

    3. Déconstruire puis reconstruire le concept de diversité selon les attentes du capitalisme dérégulé

    Dans nos sociétés occidentales, le concept d'ouverture complète des frontières entraînant la suppression des états-nations et créant une unité mondiale est traditionnellement relié à la gauche, et encore plus depuis le communisme soviétique. Le fameux chant révolutionnaire L'internationale écrit à la fin du XIXè siècle puis devenu hymne national de l'URSS de 1922 jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale en est à lui seul un des avatars les plus flagrants. L'internationalisme connaîtra des nuances selon les représentants politiques et les époques mais il restera une constante de la pensée gauchiste. Toutefois, le concept va se modifier dans l'après-guerre et se conjuguer peu à peu selon les tendances contemporaines qui vont vers l'économie de marché étendue à la planète entière et le cosmopolitisme. Le tournant idéologique a lieu avec la révolution sociale et sociétale des années 1960/70. En France, à cette période, la haute finance internationale et le grand entrepreneuriat font pression sur le pouvoir exécutif afin d'imposer la possibilité d'un recours systématique à l'immigration : l'objectif est d'avoir une main-d'oeuvre à bas coût disponible en permanence sur le territoire français et dont la présence permet par effet collatéral de faire pression sur le niveau général des salaires. Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République, fait promulguer la loi sur le regroupement familial en 1975 pour aller dans le sens du grand patronat. Francis Bouygues, dirigeant d'entreprise dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, en appelle même publiquement l'Etat français à faciliter l'installation des travailleurs immigrés sur son sol :

     


    Bouygues et l'immigration par o-r-i-o-n

    En réaction, le Parti Communiste de France (PCF), à une époque où le sort du prolétariat hexagonal comptait encore pour lui, mené par un Georges Marchais charismatique aussi véhément que guère enchanté par cette mesure, finit à la longue par s'y opposer de manière frontale au début des années 1980.

     


    Immigration : ce que disaient les communistes... par Le Point

    Avec le Parti Socialiste qui accède au pouvoir en 1981, le flux migratoire d'entrée sur le territoire national va s'amplifier et permettre une redéfinition politique puis sociale de la notion de diversité qui aille dans le sens voulu par les grandes puissances capitalistes : le cosmopolitisme mondialisé. L'année charnière est 1983. Pierre Mauroy est alors Premier ministre et son gouvernement est remanié pour la seconde fois (Mauroy III) sous l'effet de la conjoncture économique qui s'aggrave (chômage en hausse)... et des pressions croissantes du grand entrepreneuriat sur l'exécutif. Le temps des belles promesses de campagne, et du fameux Ministère du Temps Libre, s'achève au profit de celui du réalisme et de la rigueur socio-économique. Ce changement de cap aussi brutal qu'inattendu dans la politique gouvernementale en laissera plus d'un amer et frustré, en particulier parmi les ouvriers et employés nationaux, alors premier vivier de voix du PS. En effet, ce choix mène les socialistes à délaisser officieusement mais résolument le monde prolétaire, électorat historique de la gauche, l'abandonnant de façon insidieuse aux appétits du pouvoir capitaliste international. Parallèlement, le PS se tourne vers un nouveau vivier d'électeurs en nette hausse : les immigrés réguliers naturalisés français et ceux réguliers non naturalisés dont la descendance née en France est de fait française par le simple droit du sol (6) et peut lorsqu'elle est majeure voter si elle choisit de garder la nationalité du pays d'accueil de ses parents. Comme la très grande majorité de ces immigrés sont d'origine arabo-musulmane ou sub-saharienne, le PS va dès lors accroître au fil des ans des liens d'intérêt puissants quasi-exclusifs avec cette communauté, sur le terrain politico-médiatique essentiellement.

    L'association SOS-Racisme est ainsi créée fin 1984 sous l'influence du pouvoir socialiste avec à sa tête Harlem Désir et Julien Dray dans le but presque unique de relayer la propagande indispensable à l'essaimage de la nouvelle idéologie cosmopolite et mondialiste du PS dans l'esprit des gens. Du coup, les préoccupations socioéconomiques concrètes des populations immigrées installées depuis longtemps en France sont peu à peu accessoirisées et instrumentalisées à des fins purement électoralistes (7). Au fil des ans, de nouveaux thèmes viennent se greffer sur les causes migratoires comme le droit des homosexuels et les questions sur le genre notamment. Ces nouveaux sujets déplacent le message public du PS vers le terrain sociétal au détriment du terrain social progressivement livré à la voracité du libéralisme économique dont le cœur d'action demeure l'établissement d'un marché capitaliste mondial grâce à l'internationalisation des échanges commerciaux. L'abandon du secteur social par le parti de gauche le plus important de France signe la mise en place d'une idéologie généralisée de la confusion et de l'imprécision. Ainsi, le vote du mariage homosexuel et la promotion active de la très dogmatique théorie du genre viennent complexifier les rapports humains dans la sphère publique : ils estompent les contours des structures affectives et identitaires classiques, détournant en partie l'attention des gens de problèmes sociaux cruciaux qui se retrouvent ainsi relégués au second plan dans le magma informe d'une remise en cause globale du cadre social. Toutefois, invariablement, le PS et son satellite associatif serinent à tous simultanément la ritournelle des droits des immigrés. Dès lors, le discours socialiste se place résolument dans une position de soumission aux volontés partisanes et communautaires les plus diverses avant de préserver l'intérêt commun et la cohésion sociale.

    Cette tendance au fractionnement des sociétés nationales a lieu dans tout l'Occident. Au cours des années 1990 et 2000, tous les grands pays de l'Ouest voient leur culture homogène originelle s'affaiblir au profit exclusif de communautés ethno-culturelles accueillies sur leur territoire. La ou les différences nationales qui rendent un état souverain culturellement unique par rapport à ses voisins directs et des états plus éloignés sur d'autres continents tendent à s'effacer sous l'impact des flux migratoires extra-européens. Concrètement, une diversité voulue, programmée, provoquée, artificielle, supplante la diversité culturelle humaine présente naturellement à la surface du globe. Au lieu d'avoir sur terre une myriade de pays avec une ou des cultures spécifiques et du coup une identité nationale bien déterminée, les mêmes types culturels tendent désormais à s'imposer un peu partout sur les 5 continents hors des zones de conflit et de grande pauvreté ou avec des traditions culturelles très hermétiques comme celles des états musulmans du Golfe Persique ou des zones géographiquement moins accessibles tels le pourtour himalayen ou le plateau tibétain par exemple. Bien que les flux migratoires entrants suivent un rythme différent selon les pays accueillants, un mouvement d'uniformisation global s'opère sur la planète entière dans les pays pratiquant l'économie de marché. Si la culture occidentale demeure la plus prégnante à travers le monde, la culture musulmane et celle d'Afrique sub-saharienne ou d'Afrique de l'est tendent aussi à s'imposer en divers endroits de la Terre avec des nuances selon les pays d'accueil : la population musulmane d'Australie n'est pas celle de France, du Royaume-Uni ou de Suède. Idem pour les populations d'Afrique noire : des variations existent selon les liens tissés à travers l'histoire coloniale notamment ou la politique d'accueil du pays hôte. Une autre culture dominante sur terre quoique discrète est celle portée par les migrants d'Extrême-Orient : en Occident mais aussi en Afrique et ailleurs, il est difficile d'éviter les zones urbaines appelées Chinatown. Je crois qu'on peut manger dans un restaurant chinois à peu près partout sur la planète de nos jours. En outre, les compétences commerciales des immigrants chinois et plus généralement asiatiques sont largement reconnues : à travers eux, l'économie de marché a trouvé des ambassadeurs certes effacés mais sûrement les plus efficaces. Le commerce est chez eux une aptitude culturelle avant d'être un savoir-faire professionnel.

    Les liens entre immigration extra-européenne et expansion capitaliste se révèlent particulièrement lorsqu'on analyse les politiques migratoires des pays, en particulier les états anglo-saxons non-européens qui sont certainement les plus protectionnistes sur ce plan en dépit de l'image accueillante qu'ils entretiennent auprès de nombreux candidats à l'émigration. Ainsi, pour émigrer au Canada, en Nouvelle-Zélande ou en Australie (8), hors de tout processus de regroupement familial, d'union avec un ressortissant du pays ou de programme d'accueil humanitaire, vous devez soit être très riche, soit être une personnalité célèbre ou une personne avec une action éducative, artistique ou scientifique suffisamment reconnue et jugée valorisante pour un pays, soit exercer une profession qui figure sur une liste de métiers dits "en forte demande" ou "en flux tendu" régulièrement mise à jour chaque année de manière rigoureuse. Cependant, même dans ce dernier cas, l'obtention d'un visa de travail est souvent un parcours du combattant : le parrainage d'un employeur peut être exigé. Sinon, il reste le système des visas à points où l'atteinte d'un score déterminé par un certain nombre de critères prédéfinis (âge, formation initiale, profession, niveau de langue) peut vous permettre l'obtention d'un laisser-passer légal. Ces états ont clairement choisi de discriminer les candidats migrants selon des critères strictement socio-économiques arbitraires fondés essentiellement sur l'apport concret à la nation... et le refus explicite d'avoir un migrant qui soit à la charge du pays (9) ou qui provoque par sa présence une pression salariale préjudiciable aux autochtones (10). Toutefois, beaucoup de ces garde-fous sautent pour l'immigration venue de pays pauvres ou jugés en crise majeure en raison des associations humanitaires et de leur relais dans les pays d'accueil. En conséquence, c'est une diversité très contrôlée qui est instaurée sur place mais à géométrie extrêmement variable selon le statut de départ du migrant.

    Concernant les pays européens, les procédures migratoires sont bien moins sélectives, particulièrement pour les états membres de l'espace Schengen (11). Le principe de libre-circulation des biens et des personnes est la règle générale. Du coup, tout immigrant régulier qui rentre dans l'un des pays de l'espace peut d'office aller où il veut comme un natif. Les mouvements migratoires entre états ne sont absolument pas fondés sur des critères arbitraires d'adaptation à un marché national dans les textes : l'idée d'un protectionnisme plus ou moins sous-jacent à l'égard des travailleurs et des chômeurs locaux est officiellement exclue. Sur le terrain, le contexte administratif est bien peu contraignant comparé aux pays anglo-saxons. Les entrées de migrants extra-européens sont d'ailleurs amplement facilitées et certains pays comme la France ont une politique de regroupement familial et du droit du sol très active. Toutefois, alors que les pays anglo-saxons admettent lucidement que le lien entre présence migrante et marché du travail existe concrètement, en Europe et encore plus en France, cette problématique est tout simplement niée : elle est même tabou. Les poncifs dogmatiques sont régulièrement lancés comme autant d'anathèmes envers tout esprit qui propose une autre analyse des choses dans le débat public afin de décourager toute démarche objective sur ce thème (12)

    L'ouverture quasi-complète des frontières impose une contre-partie immédiate aux pays d'accueil, et d'abord les plus dynamiques économiquement : le nombre plus important de personnes potentiellement employables sur leur territoire national. Par le principe économique basique de l'offre et de la demande qui régit tout marché, y compris celui de l'emploi, plus vous avez de candidats pour le même type de poste, les moins qualifiés étant bien sûr les plus demandés, plus l'employeur a naturellement tendance à maintenir les salaires à un bas niveau, jouant sur la peur du chômage, l'existence éventuelle d'un revenu minimum ne changeant rien à l'affaire dans le pays même. Le cadre juridico-politique de Schengen est une aubaine pour les employeurs, enfin les plus gros, les grandes voire très grandes entreprises et surtout les multinationales quel que soit leur domaine. Au sein de cet espace économique et géographique déterminé, les puissances capitalistes entendent clairement faire régner les lois de la libre concurrence qui ont cours au niveau mondial autant sur le plan des biens et des services que celui des personnes, autrement dit des salariés :

    "Parce que l'immigration permet de payer les salariés toujours moins. C'est ce que dit un rapport du très sérieux et très officiel Conseil d'analyse économique, intitulé «Immigration, qualifications et marché du travail». Les blogueurs du Vrai débat l'ont décrypté. Instructif.

    On se souvient du président Pompidou avouant peu avant sa mort qu’il avait ouvert les vannes de l’immigration en France à la demande des grands patrons, désireux de pouvoir bénéficier d’une main d’oeuvre nombreuse, docile et bon marché, d’une réserve quasi inépuisable à même de réduire les ardeurs revendicatrices des travailleurs français souvent organisés. (...)

    Ainsi, les rapports de la Commission européenne, du Medef ou du Business Europe (le Medef européen) n’ont eu de cesse depuis plusieurs décennies d’en appeler à toujours plus d’immigration. En 2008, le célèbre rapport Attali, commandé par Nicolas Sarkozy, dressait un tableau de plus de 300 mesures d’inspiration très libérale, parmi lesquelles une accélération de l’immigration.

    L’immigration souhaitée par le grand patronat pour faire pression à la baisse sur les salaires, voilà en résumé l’explication souvent avancée. Pour la première fois, un rapport « officiel », que nous avons décortiqué, confirme cette intuition. Il date de 2009, et émane du Conseil d’Analyse Economique (CAE). Le CAE est un organe placé auprès du Premier ministre, peu réputé pour son caractère subversif dans la mesure où il regroupe tout le gratin des économistes français « officiels », ceux que les télévisions et les journaux acceptent de recevoir."  (13)

    Que ce soit en Europe dans l'espace Schengen ou ailleurs en Occident, un mélange se crée entre autochtones, immigrés réguliers insérés et immigrés clandestins, ces derniers faisant facilement office de salariés "joker" pour les employeurs malhonnêtes. Cette mixité artificielle conduit progressivement à un métissage culturel. D'un état à l'autre, selon les résistances internes, une diversité répétitive s'établit plus ou moins vite : aux valeurs capitalistes dominantes se mêlent principalement les valeurs occidentales athées et laïques, celles musulmanes (l'islam pouvant venir de divers pays selon les liens géopolitiques avec le pays hôte) et celles de la culture asiatique (chinoise, thaïlandaise ou vietnamienne le plus souvent). Quant aux valeurs chrétiennes fondatrices de la civilisation occidentale telle que nous la connaissons aujourd'hui, leur influence est minorée par les autorités publiques au profit exclusif de l'islam et par de nouveaux types de croyances inspirées des spiritualités d'Extrême-Orient qui s'implantent dans les esprits. Sur un plan civilisationnel, les limites différentielles s'atrophient, cédant la place à un mélange de nature contradictoire hautement explosif où le métissage socioculturel artificiel entretient l'existence d'antagonismes communautaristes aigus sur le long terme. Par ailleurs, parallèlement aux questions d'immigration et d'emploi, le tourisme de masse, conséquence directe de l'économie de marché à grande échelle, contribue également de façon appuyée à l'uniformisation culturelle mondiale et au métissage global selon les critères du capitalisme américain.

    Le concept de diversité qui à la base sur le plan planétaire intègre variété culturelle, multiplicité ethnique et respect de la différence a été transformé peu à peu, de manière sournoise et implicite, en synonyme d'uniformisation socioculturelle générale : l'enjeu est de fabriquer un type idéal et pérenne de citoyen CLIENT présent aux quatre coins du globe. Le multiculturalisme national imposé par l'Etat est en effet l'outil majeur du capitalisme mondial pour étendre sa toile sur le monde et ainsi créer un marché sans frontières, unifié, unique, où la demande est identique d'un point à l'autre du globe :

    "Le multiculturalisme, cette rumeur qui court à propos de la culture, se pose encore et toujours comme un corollaire du mythe équitaire du bonheur capitaliste." (14)

    Claude Lévi-Strauss, le célèbre ethnologue et anthropologue, a lui-même dénoncé le phénomène inexorable d'appauvrissement culturel que produit la mondialisation en cours depuis l'après-guerre sur la planète :

    La fusion progressive de populations jusqu’alors séparées par la distance géographique, ainsi que par des barrières linguistiques et culturelles, marquait la fin d’un monde qui fut celui des hommes pendant des centaines de millénaires, quand ils vivaient en petits groupes durablement séparés les uns des autres et qui évoluaient chacun de façon différente, tant sur le plan biologique que sur le plan culturel. Les bouleversements déclenchés par la civilisation industrielle en expansion, la rapidité accrue des moyens de transport et de communication ont abattu ces barrières. En même temps se sont taries les chances qu’elles offraient pour que s’élaborent et soient mises à l’épreuve de nouvelles combinaisons génétiques et des expériences culturelles. Or, on ne peut se dissimuler qu’en dépit de son urgente nécessité pratique et des fins morales élevées qu’elle assigne, la lutte contre toutes les formes de discrimination participe de ce même mouvement qui entraîne l’humanité vers une civilisation mondiale, destructrice de ces vieux particularismes auxquels revient l’honneur d’avoir créé les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie et que nous recueillons précieusement dans les bibliothèques et dans les musées parce que nous nous sentons de moins en moins certains d’être capables d’en produire d’aussi évidentes.(15)

    L'uniformisation culturelle sape directement la diversité intrinsèque de l'humanité dans ses fondements. Le métissage n'est dès lors pas un vecteur de pluralité comme le prétend un discours politique très dogmatique : il en est au contraire l'exact opposé. Finalement, vouloir mettre en relation de convergence les notions de diversité et de métissage, c'est avant tout raisonner par l'absurde, célébrer l'illogisme et s'enfermer dans une équation antilogique délibérément. Ce qui est une faute grave au sens éthique : la malhonnêteté et son corollaire éventuel, la manipulation, ne sont jamais bien loin... tandis que chez d'autres, l'ignorance et la stupidité ont scellé un pacte qui éloigne l'esprit de tout raisonnement sensé sur la question. Cependant, peu importe que celui qui porte haut et fort les valeurs du métissage culturel soit honnête ou simplement endoctriné malgré lui, l'important demeure l'appropriation du thème multiculturaliste par la sphère politique et son relais médiatique. Et là, l'usurpation philosophique et la corruption sémantique règnent en maîtresses absolues.

    Le dogmatisme politique tue à petit feu la diversité en la remplaçant par une diversité factice, une homogénéisation caractérisée, sous couvert d'ouverture à l'autre venu de tous horizons. Par ailleurs, pour promouvoir la redéfinition fallacieuse du concept de diversité et en dissimuler la torsion intellectuelle nécessaire pour y arriver, toute une machinerie intellectuelle extrêmement efficace et redoutable a été mise en oeuvre. Fondée sur la protection des droits humains élémentaires dont elle prétend reprendre l'esprit, elle réinterprète en réalité opportunément ce dernier de manière complètement biaisée. C'est alors le développement prodigieux d'une l'idéologie dite des droits de l'Homme et surnommée péjorativement "droit-de-l'hommisme" tant elle est devenue un dogme depuis les années 1980. L'objectif est évident : la manipulation des consciences. Et pour aider au formatage de l'opinion publique, l'idéologie "droit-de-l'hommiste" emploie deux moyens phares de toute pensée totalitaire : la coercition et la culpabilisation. Le but est de contenir les esprits trop curieux et de décourager toute analyse non conforme au discours des instances de décision et de leurs satellites, les grandes associations dites humanitaires ou d’œuvres sociales, en particulier celles traitant de questions liées au racisme et à l'accueil des immigrants. La cible n'est pas la vérité mais l'uniformisation idéologique en vue d'une uniformisation culturelle graduelle sous couvert de (fausse) diversité. L'arnaque intellectuelle fonctionne à plein : l'illusion est parfaite et un discours tronqué et trompeur est abondamment relayé par les médias autant que les organismes politiques de la gauche dite moderne entière, de l'extrême au PS.

    Finalement, en caricaturant à peine, les faits montrent à l'évidence que là où les grands dictateurs de tous bords (Hitler, Staline, Mussolini, Franco, Mao, Pol Pot, etc.) ont échoué, la nouvelle culture occidentale athée, laïque, islamophile, toujours aussi consumériste malgré une authentique prise en compte du respect environnemental et du bien-être animal, avec son discours public consensuel mais très agressif à l'encontre de la liberté d'opinion, est en passe de réussir insidieusement : un peuple constitué d'individus aux valeurs homogènes ou en voie rapide d'homogénéisation est peu à peu créé artificiellement sur le moyen et long terme. Dans l'Occident contemporain et ses zones d'influence, cette population uniformisée est formée en regroupant au fil des ans des gens éloignés de leurs origines culturelles et formatés afin de tous penser dans le même sens. Cette unification graduelle s'élabore conformément à la volonté politique elle-même soumise aux desiderata arbitraires d'un pouvoir économique intransigeant et tout-puissant. Le grand capitalisme entraîne les pouvoirs publics vers une reconfiguration radicale de leur main-d'oeuvre nationale dans l'optique d'une docilité et d'une malléabilité généralisées. Par conséquent, de nos jours, le patronat international intensifie ses pressions sur les instances politiques prétendument représentatives des peuples pour se constituer une population de salariés-clients homogène en Occident et de plus en plus ailleurs également (ex : la Chine, le sud-est asiatique, l'Inde, le Bangladesh ou certains pays d'Amérique latine ou centrale). Les divers scandales liés aux relations occultes étroites entre certains grands groupes industriels et le Parlement Européen en sont une preuve manifeste.

    Pour donner une légitimité publique à leur redéfinition du concept de diversité afin de la répandre à l'échelle de la planète, les politiques, philosophes et financiers soutenant une restructuration du monde autour de valeurs capitalistes ultralibérales s'emploient à travers l'idéologie "droit-de-l'hommiste" à pervertir également deux idées très populaires aujourd'hui : la citoyenneté et la paix mondiales. Cette corruption s'installe en distillant sournoisement une vision prétendument ouverte du monde : la suppression totale des frontières est promue derrière l'image idéale du rassemblement des peuples de la Terre autour des valeurs du pacifisme et de la diversité, la vraie, celle issue du terrain. Nous vivons une ère de trompe-l’œil idéologique où le visuel de messages humanistes simples pour ne pas dire simplistes tend à s'imposer à l'égal de grands raisonnements philosophiques : un sentimentalisme exacerbé de nature médiatique et publicitaire tente absolument de se parer des atours de la spiritualité authentique et de la sagesse profonde. Toutefois, nous allons voir qu'à l'épreuve des faits, d'un point de vue humain particulièrement, l'abolition des frontières à chaque fois invoquée comme une condition incontournable à l'établissement d'une paix mondiale durable est inutile : un contexte pacifique et d'échanges fructueux entre peuples peut tout à fait se bâtir sur un monde divisé en divers états bien délimités. S'affirmer simultanément citoyen du monde et citoyen d'un pays précis est compatible.

     

    NOTES - PARTIE 3 :

    (6) : cf. Droit du sol : comment obtient-on la nationalité française, L'express.fr
            cf. 
    Dans quels cas un enfant est-il Français ?, Service-Public.fr 

    (7) : cf. Histoire secrète de SOS-Racisme, Le bougnoulosophe
            cf. SOS-Racisme, une association liée au PS depuis sa naissance, LePoint.fr
            cf. 
    Qui est Julien Dray ? l'histoire secrète de SOS-Racisme..., Samir Mehalla

    (8) : Pour des motifs personnels, j'ai du étudier en profondeur les procédures d'immigration australiennes. Du coup, j'en ai profité pour m'informer également sur les politiques migratoires de la Nouvelle-Zélande, du Canada et des Etats-Unis. Mes informations sont fiables et avérées. Des remises à jour par les autorités publiques des pays concernés sont effectuées régulièrement. Sauf exception, elles ne modifient que très peu les procédures d'émigration qui demeurent extrêmement complexes et faites pour décourager le migrant indécis ou qui voudrait profiter du système social national. Le monde anglo-saxon, à la différence des pays européens hors Royaume-Uni et Irlande, est très protectionniste et abhorre celui qui vient pour prendre sans rien apporter en retour au pays d'accueil. Tous les détails sont disponibles sur les sites diplomatiques des pays cités. Hormis pour le Canada, rien n'est traduit en français : tout est en anglais administratif ou juridique.

           Ci-dessous, je vous laisse en lien un essai universitaire rédigé pour le ministère du Travail australien (version PDF originale). Ce document paru en 2011 reste d'actualité : il témoigne parfaitement de la complexité recherchée et appliquée par les services de l'immigration dans les pays anglo-saxons, le but essentiel étant d'accueillir une immigration adaptée au marché du travail local et aux volontés des entreprises nationales : 
    Competing for skills: migration policies and trends in New-Zealand and Australia.

    (9) : cf. Overview of the health requirements, Department of immigration and border protection (Australia).

    NB : Des mesures restrictives équivalentes concernant la santé ou l'obligation d'avoir une source de revenus avant d'émigrer sont aussi appliquées à tout candidat migrant du circuit normal par les autorités de Nouvelle-Zélande, du Canada et des Etats-Unis.

    (10) : L'Australie est avec les Etats-Unis certainement l'un des pays les plus durs et protectionnistes sur le plan de l'accueil de migrants. Là-bas, la préférence nationale n'est absolument pas un tabou : elle est même plébiscitée... par la gauche et les syndicats tandis qu'elle a été un temps fut combattue par la droite qui y voyait un moyen d'empêcher de faire pression vers le bas sur les salaires. Depuis, les partis conservateurs se sont ralliés au discours de préférence nationale. Maintenant, c'est le consensus. Nous sommes dans une situation complètement inverse de celle de la France et de l'Union Européenne où les entrées sont grandement facilitées, laissant ainsi libre cours à une immigration de piètre qualité sur un plan socio-économique.

           Voici un lien vers un article relatant une interview de Julia Gillard, ancien premier ministre australien (2010 - 2011), qui défend la préférence nationale dont son gouvernement de gauche a fait voter l'application concrète durcissant ainsi l'obtention de certains visas de travail temporaire comme le fameux visa n° 457 : Gillard defends 457 visa plans. En voici des extraits originaux :

    "I offer absolutely no apology for putting the opportunities of Australian working people first, front and centre, wherever they were born. I have absolutely no doubt our policy approach to temporary foreign work is good economics and good social policy. (...)." - Julia Gillard

    "Ms Gillard says the crackdown on the alleged abuse of the visas will also include closing a loophole allowing foreign workers to be paid less than local workers."

    "It is absurd to rely on temporary overseas labour to fill ongoing skilled work in public hospitals while contracted local labour cleans those same hospitals in the middle of the night for around twenty dollars an hour. That is an absolutely damning failure of long-term national economic policy.We don't want to be a nation which can't care for its own sick and can't provide jobs for its own kids." - Julia Gillard

            L'objectif de Mme Gillard, chef de file de la gauche australienne à ce moment-là et à la tête de l'un des pays les plus riches du monde, était très clair : réduire l'immigration afin de permettre le maintien d'un niveau de vie acceptable pour les Australiens et les immigrés déjà installés sur le sol du pays grâce à un accès à l'emploi rendu prioritaire pour eux.

    (11) : L'espace Schengen créé en 1985 comprend actuellement 26 pays actifs. Il inclut d'office les états membres de l'Union Européenne (sauf le Royaume-Uni et l'Irlande qui ont refusé d'emblée d'ouvrir en grand leurs frontières et la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie et Chypre pour des motifs politiques internes). Il inclut également 4 états non-membres de l'UE (Norvège, Islande, Suisse et Liechtenstein). Pour plus de détails :
    Qu'est-ce que l'espace Schengen ? ou Espace Schengen

    (12) : Sur la question du lien entre présence migrante et niveau de revenu global sur le territoire, régulièrement, le discours officiel tient à rappeler à l'ordre toute personne qui tendrait à lui opposer une thèse contraire, même si la simple logique économique démontre un fait imparable :  si plus d'employés de niveau équivalent se présentent pour un nombre de postes défini, en toute logique, l'employeur embauchera ceux qui auront les prétentions salariales et matérielles moindres. C'est la loi de l'offre et de la demande, un des fondamentaux de la culture capitaliste. Et bien sûr, un immigré qui n'a plus de contexte psycho-social stable lorsqu'il arrive est tout prêt à proposer sa force de travail à des conditions avantageuses à tout nouvel employeur prêt à l'embaucher, quitte à faire pression par le bas sur le niveau des salaires. Pourtant, rappeler cette simple logique peut vous exposer à la mise à l'index publique : vous serez aussi traité de raciste. En France, les chiffres venant d'études de L'INSEE ou de l'Office des Migrations Internationales (OMI) ou de tout autre organisme d'état vous seront lancés à la figure. Or, aucune de ces études n'est fiable en elle-même : elles sont toutes produites par des organismes publics, donc directement sous la coupe des autorités politiques, qu'elles soient de droite ou de gauche, elles-mêmes complaisamment liées aux puissances financières. Toutes ces études sont principalement destinées à relayer la propagande étatique. Ayant étudié comment on constituait un panel d'étude lors de mes études sociales, j'ai ainsi vu comment il était très facile de se constituer une base d'analyse qui fait aller le résultat final dans la direction voulue : les données chiffrées sont bien sûr correctes selon la nature de votre panel de départ mais ne le sont pas forcément selon la RÉALITÉ. C'est cet écart qui existe entre l'étude d'un fait fabriqué de toutes pièces et l'étude d'un fait de terrain qui est ignoré par le simple citoyen, ce qui permet aux pouvoirs publics grâce à l'aide de leur garde rapprochée (grands médias officiels, certains partis politiques, associations antiracistes, intellectuels malhonnêtes, artistes opportunistes en lien avec le pouvoir, etc.) de manipuler la masse et d'empêcher que celle-ci n'accède à la vision du réel sur certains faits socio-économiques et sociaux. Evidemment, toute argumentation qui se fonde essentiellement à partir des études faites par les organismes publics a de meilleures chances d'être validée auprès des gens grâce à un certain niveau de confiance dans les institutions d'état. En France particulièrement, toute une culture politique dogmatique a réussi à diaboliser pour longtemps tout ce qui vient du privé sans faire de tri : la population du pays est d'emblée encline à rejeter toute analyse de fait et information portée par un organisme financé par des fonds particuliers bien que la réalité ait montré un état de corruption avancé de la haute Administration française, tous ministères confondus, depuis la fin des années 1990.

    (13) : on Immigration : pourquoi le patronat en veut toujours plus ?, Le Vrai Débat - Blogueur associé, Marianne.net

    (14) : in Multiculturalisme, métissage et démocratie, Henri Vaugrand, L'Harmattan, 2012

    (15) : in Race et histoire, race et culture, Claude Lévi-Strauss (éd. Albin Michel - UNESCO)

     

     

     4. La paix mondiale sans frontières : un concept d'essence totalitaire et violente

    S'il est bien deux idées très plébiscitées dans le monde, surtout en Occident, à notre époque, ce sont bien la citoyenneté mondiale et la paix entre les peuples du globe. Ces idées ne sont pas récentes. Elles habitent dans le cœur de l'homme depuis l'Antiquité. De nombreux écrivains et philosophes du monde entier les ont parfois évoquées dans leurs travaux littéraires à travers les siècles. Le désir d'une fraternité mondiale répond à celui légitime de tout individu de vivre dans un environnement pacifique, contexte privilégié où grâce à la sécurité matérielle garantie par un consensus collectif, chacun peut penser à satisfaire ses désirs autres que fondamentaux et espérer évoluer dans sa vie. Sans aucune équivoque, la paix est une condition essentielle à l'épanouissement humain. Toutefois, l'idée d'une fraternisation entre peuples différents n'est pas reliée aussi naturellement que nous le pensons à l'idée d'absence de frontières. En d'autres termes, croire que pour créer une unité sur terre, abolir l'existence des états-nations est nécessaire est tout simplement une erreur : la psychologie humaine ne fonctionne pas ainsi. La première partie de cet article a déjà montré à travers l'exemple ivoirien que l'homme possédait naturellement un instinct de territorialité à l'instar de nombreuses espèces animales. Concrètement, cela revient à dire que même si les frontières sont un jour supprimées et que chacun peut aller où bon lui semble sur terre, les conflits seront par contre loin d'avoir été éliminés de la surface du globe. En effet, la non-territorialité imposée à tous ne fera pas disparaître du cœur de l'homme l'envie, la jalousie, le désir de pouvoir, l'avidité et l'orgueil, les pires poisons de l'humanité, à la source de tous nos vices et nos maux depuis toujours.

    En fait, à propos de l'existence des frontières, la manière d'aborder le sujet est erronée. En voyant les choses avec recul et objectivité, et plus encore sous l'angle du croyant bouddhiste que je suis, les frontières ne sont pas le problème. Elles ne l'ont même jamais été : le cœur de l'homme est seul responsable des conflits et des guerres qui empêchent l'établissement d'un monde de paix sur terre. C'est l'avidité sans fin de l'homme, cette propension à en vouloir toujours plus puis ensuite à garder jalousement ce qu'il a acquis qui crée des ennuis à n'en plus finir depuis des siècles. En outre, l'homme a tendance à faire correspondre l'importance du statut social avec le degré de possession matérielle, que ce soit d'un point de vue qualitatif ou quantitatif, ce qui tend à exciter les convoitises. Bref, faites disparaître les frontières administratives et aussitôt d'autres qui ont toujours été là mais invisibles s'affirmeront ostensiblement sans que quiconque puisse s'y opposer : les délimitations intérieures, celles qui nous font nous différencier de l'autre "pas comme nous" sont bien pires que les lignes territoriales ou cadastrales. Ce n'est un secret pour personne : le mal comme le bien naissent et résident essentiellement dans le cœur humain, pas ailleurs. Beaucoup d'esprits sages ou plus éveillés célèbres (Gandhi, Shakyamuni, Simone Weil, Albert Einstein, l'abbé Pierre, Soeur Emmanuelle, le Dalaï-lama, etc.) qui ont exprimé le plus noble de l'âme humaine au cours de leur vie n'ont jamais remis en cause l'existence de frontières administratives et politiques : leurs critiques principales portaient sur l'égoïsme humain qui ferme les cœurs et dresse des murs intérieurs entre individus sans qu'il y ait besoin d'une délimitation extérieure quelconque. Le fait territorial est très ancien : il remonte à l'aube de l'humanité. Les peuples premiers tels les Inuit et autres Amérindiens, les Papous, les Aborigènes australiens, les Mongols et autres populations d'Asie ou d'Europe centrale, les populations pré-germaniques ou celtes et celles d'Afrique jusqu'au Moyen-Orient n'ont jamais interrogé ou dénié la notion de territoire. Au contraire ! Une simple visite au musée du quai Branly à Paris par exemple vous renseignera sur l'importance donnée par ces populations au fait d'avoir une ère géographique déterminée afin de s'y établir, d'y chasser et d'y vivre définitivement ou temporairement. Pour toutes ces civilisations, le fait territorial est primordial, y compris chez les peuples itinérants comme je l'explique dans la première partie de l'article : le nomadisme se pratique sur un espace donné, pas au-delà, qu'il soit ou non marqué sur une carte.

    Un territoire existe par lui-même : il est naturellement reconnu par les populations alentour d'après la valeur et la spécificité de son contenu. Nul besoin qu'il soit officiellement délimité : il existe virtuellement dans la tête des gens marqué des repères souvent physiques (forêts, déserts, fleuves, etc.). Notre exemple ivoirien a prouvé cette tendance humaine à identifier un territoire selon ce qui le constitue et ceux qui l'habitent. Si le contenu de ce territoire est profitable (terre fertile, plaines verdoyantes, sous-sol riche, etc.), il va très vite susciter des convoitises. Et si une population y réside déjà, nul doute qu'elle se défendra si elle estime que l'arrivée d'un nouveau groupe d'individus met en péril les richesses de cet espace spécifique. En fait, ce n'est pas les frontières délimitant cette ère géographique qui créent les tensions entre peuples mais bien ce qu'elles contiennent. Par conséquent, on en revient à la question de l'avidité et de ce fort désir de posséder ce dont d'autres jouissent. On en revient donc à l'humain au plus simple de lui-même avec sa tendance à se comparer à son entourage, à jalouser celui qu'il estime avoir plus que lui (toujours indûment bien entendu), à envier... puis un jour à haïr cet autre avant parfois de le déposséder violemment du bien ou de l'avantage convoité. Cette propension à désirer ce qui appartient à un autre par le fruit d'un labeur ou d'une occasion peut surgir aussi bien dans un contexte très intime, au sein d'un même lieu de vie, que dans un contexte plus collectif, qu'il soit à très petite échelle comme entre deux voisins ayant chacun un terrain mitoyen qu'à plus grande échelle comme entre deux villes ou deux régions limitrophes. Evidemment, plus l'échelle grandit, plus la nature du conflit s'aggrave, et rapportée sur le plan des relations entre deux peuples, une telle situation aboutit le plus souvent au déclenchement d'une guerre. 

    Une élimination complète des frontières politiques sur terre n'éviterait aucunement l'apparition de nouveaux conflits territoriaux. La création d'une nation unique planétaire n'empêcherait pas certains de lorgner sur le lopin de terre ou carrément la surface immense occupés par un groupe voisin si ceux-ci offrent de meilleures perspectives économiques et agricoles, même si aucun élément administratif ou politique ne vient le valider officiellement. Les qualités intrinsèques d'un espace géographique en feront toujours sa valeur, qu'un découpage géopolitique perdure ou disparaisse. Par conséquent, la jalousie et la convoitise demeureront des composantes importantes des relations humaines à l'échelle d'un groupe étendu de population dès lors qu'il est divisé en sous-groupes se partageant une même étendue de terre, fut-elle immense. Le risque de guerre restera un fait naturellement attaché à l'histoire de l'humanité parce que l'homme conserve en lui malgré son ouverture à la spiritualité et son désir d'évolution civilisationnelle de forts attachements égoïstes aux satisfactions matérielles dont certaines sont toutefois vitales : manger à sa faim, se désaltérer librement, dormir abrité et avoir une certaine sécurité sont des besoins tout à fait légitimes que nous partageons avec de nombreuses espèces animales.

    Les frontières ne sont pas la cause qui crée la séparation entre communautés humaines et peuples vivant sur une zone géographique donnée. Elles peuvent en devenir un symptôme si elles sont utilisées comme tel mais peuvent tout aussi  bien ne rester qu'un élément neutre, une simple ligne de démarcation. En outre, il vaut mieux une frontière où chacun vit en paix de son côté propre sans que ça signifie que l'on s'ignore et se méprise de part et d'autre plutôt que d'abolir toute limite avec des risques de conflits récurrents en certains endroits de la planète à cause de sols dont les richesses exciteront vite les appétits des uns et des autres. La nature humaine est ainsi faite que pour une large majorité d'entre nous l'égoïsme de possession est une des pulsions fondamentales : le désir d'accaparement a toujours appartenu à notre histoire à toute époque, en tout pays, en tous lieux, apportant à chaque fois son lot de drames, de pleurs et de sang. L'invocation de l'existence de frontières comme étant un reflet du rejet de l'autre n'est qu'un prétexte pour s'exonérer de toute réforme intérieure individuelle qui puisse changer efficacement une réalité extérieure pourtant perçue comme dérangeante : les frontières de ce point de vue sont décrites comme une invention des états, entités morales lointaines toutes-puissantes, tandis que nous, gentils citoyens ordinaires  sommes forcément les victimes des choix des gens au pouvoir ! Cette focalisation grandissante sur la présence de délimitations géopolitiques révèle également une incompréhension du réel : nous interprétons ce qui est selon nos seules valeurs. Nous exprimons alors notre idéologie politique personnelle. Or, l'histoire et encore plus la nature ne fonctionnent pas selon une grille de sentiments ou d'avis particuliers préconçus : elles se structurent autour de comportements inhérents à nombre d'êtres vivants terrestres et marins qui induisent des faits précis et démontrés de nature biologique, et en plus pour l'homme, civilisationnelle.

    Lors d'un stage en développement personnel auquel j'ai participé en août 2015, le conducteur de la session, Franck Lopvet (16) a relaté au groupe une expérience de rencontre avec une communauté de gens qui s'était établie dans le sud de la France sur une vaste étendue selon les règles de la collectivité et du refus absolu de la propriété privée. Le rejet clair et net de lignes marquant des séparations physiques entre les gens sur un même espace de terre était la norme suprême au sein de cette micro-société. Cette communauté refusait également toute idée de hiérarchie : aucun chef ne la conduisait et rien n'était imposé à chacun. Toute décision était prise collectivement et la liberté de disposer de son temps était complète et propre à chaque individu. M. Lopvet était venu en simple observateur dans ce groupe, invité par quelques personnes. Il a très vite remarqué que l'absence de limites et d'un minimum de contraintes menait le groupe à perdre un temps précieux en palabres interminables pour toute décision qu'elle concerne toute la communauté directement ou un seul individu : ces débats sans fin restaient le plus souvent irrésolus, laissant ainsi le groupe dans une incertitude sociale préjudiciable à la création d'une cohésion authentique. Concrètement, Franck Lopvet s'est aperçu que si les mêmes personnes s'investissaient le plus dans la vie du groupe, d'autres bénéficiaient du produits du travail commun avec bien moins de motivation pour participer à l'effort collectif. Disons que le partage des tâches s'était fait de façon inégale naturellement, ce qui, bien sûr à la longue, a provoqué des tensions que le groupe tentait de cacher sous un vernis idéologique lié à l'utopie d'un nouveau type de société dite participative. Les conflits entre individus étaient palpables mais constamment recouverts par une rhétorique politique collectiviste où l'idée de direction était bannie. Il apparaissait évident que si une part de la production agricole, commerciale et artisanale du groupe avait pu être en partie individualisée et privatisée en divisant le terrain en parcelles clairement délimitées, une bonne part du problème aurait été aussitôt réglée. L'homme n'est pas qu'un être collectif : il a également besoin d'avoir une sphère de vie particulière et des moyens de le montrer aux autres afin que ceux-ci respectent ce désir légitime, que ce soit sur un plan strictement personnel (un terrain agricole ou pour construire une maison) ou sur un plan national (vivre dans un état qui lui procure une sécurité matérielle et affective). Du coup, élever une frontière entre soi et l'autre ou bien son propre peuple et d'autres populations alentour signifie avant tout vouloir préserver un équilibre d'abord psychologique et matériel puis ensuite politique. Même si la vie est par essence fondée sur le principe de l'impermanence, elle ne peut se construire et fructifier que lors de périodes de relative stabilité au sein d'unités spatiales sécurisées ou tout au moins protégées un tant soit peu des contraintes voire des agressions venant de l'extérieur. Tout être vivant est soumis à ce paradoxe existentiel

    L'instinct de territorialité est un fait comportemental extrêmement structurant, vital : il est porteur de créativité pour une espèce animale quelconque qu'elle soit humaine ou non. Le besoin de sécurité dont il dérive mène toute créature vivante à vouloir tirer profit d'un endroit donné pour sa survie et celle de son groupe s'il s'agit d'un être grégaire, qu'elle soit sédentaire ou nomade comme nous l'avons vu dans la première partie. L'homme est un simple animal plus évolué intellectuellement... et qui demeure quoi qu'il puisse penser un simple élément de la nature.

    Comme nous pouvons le voir, l'important n'est pas en soi l'existence de frontières ou non même si la présence de ces dernières tend à s'imposer naturellement : la création d'une atmosphère de paix collective compte davantage. Et qui dit pacification de l'environnement, dit pacification intime de l'être humain : l'origine de la paix sociale où que vous vous trouviez sur terre vient toujours de l'intérieur. C'est parce qu'un être humain vit en paix avec lui-même qu'il peut alors s'ouvrir à la dimension unique et la valeur de tout autre congénère. Dès lors, s'appesantir sur l'existence des frontières extérieures n'a plus aucun sens. Si chacun efface en lui les lignes de démarcation qu'il a créées entre lui et les autres, surtout ceux jugés trop différents, la suppression des frontières n'est plus nécessaire : celles-ci ne sont plus un obstacle pour l'esprit éclairé et bienveillant. L'unité naît d'abord dans le cœur de l'homme. Peu importent les conditions extérieures qui sont les siennes alors.

    Personnellement, je trouve l'existence de frontières belle et intéressante : ça permet une RÉELLE diversité, une variété sans métissage induit politiquement, ni mélange qui uniformise et formate, et ça ouvre à une authentique pluralité culturelle sur la planète. Ça nous rappelle aussi que la Terre ne nous appartient pas : quand nous allons ailleurs, nous devons NORMALEMENT, enfin nous devrions, respecter les us et coutumes de l'endroit où nous nous trouvons et à chercher à en parler la langue véhiculaire. C'est le respect minimum dû à la vie qui nous a permis d'être à l'endroit où nous nous trouvons et dont nous profitons des avantages pour lesquels nous sommes là : tout ce que nous recevons n'est que l'expression de l'univers dont nous ne sommes qu'un infime composant. Respecter le pays où nous nous rendons, que ce soit pour un séjour touristique ou une émigration, est un devoir moral, une règle éthique fondamentale à laquelle nous ne devrions jamais déroger lors d'un déplacement à l'étranger : nous plantons ainsi de façon évidente la graine de la concorde et de la paix avec les habitants du pays, ces "autres" qui ont l'amabilité de nous accueillir sur leur territoire, chez eux.

    L'abolition des frontières est une notion éminemment occidentale. D'essence purement idéologique, elle revient régulièrement dans les discours politiques des pays d'Europe de l'ouest et d'Amérique du nord. Pour l'instant, seul le domaine économique est concerné sous la pression insistante des pouvoirs financiers mais on peut légitimement penser qu'un jour viendra où la question se posera sur un plan géopolitique puisqu'en général, économie et politique vont de pair. Par sa nature dogmatique et arbitraire, cette notion a servi les pires dictatures de l'Histoire : le nazisme et le bolchevisme stalinien y faisait clairement référence pour l'expansion de leur idéologie au socialisme autocratique et violent. Bien que ces deux régimes aient montré un nationalisme agressif, tous deux avaient en objectif d'étendre leurs frontières afin de répandre leurs idées et valeurs sur une surface géographique plus grande, de créer une homogénéité d'abord politique et ensuite économique et culturelle. Cette attitude hégémonique a amené l'URSS de Staline et surtout l'Allemagne hitlérienne à influer sur les pays limitrophes pour les annexer ou en tout cas en faire des satellites politiques voire, pour le Reich allemand, à guerroyer contre ces derniers lorsqu'ils étaient jugés de culture inférieure et/ou ennemi potentiel. Adolf Hitler avait même fait de l'élargissement des frontières de l'Allemagne une des conditions principales pour fonder et entretenir la puissance germanique aux yeux du monde réunissant ainsi de manière complètement antinomique la nécessité d'un territoire précis et la volonté d'abolir les frontières entre états souverains afin de créer un grand espace unitaire allemand... le plus étendu possible. L'objectif du dictateur nazi était de faire profiter le monde des qualités de la civilisation dite aryenne :

    "Nous autres nationaux-socialistes nous devons nous en tenir d’une façon inébranlable au but de notre politique extérieure : assurer au peuple allemand le territoire qui lui revient en ce monde. (...) Aucun peuple ne possède ici-bas un seul mètre carré de territoire en vertu d’une volonté ou d’un droit supérieurs. Les frontières de l’Allemagne sont des limites fortuites et momentanées au cours de l’éternelle lutte politique ; il en est de même des frontières délimitant l’habitat des autres peuples. Et tout comme la configuration de notre surface terrestre ne peut apparaître immuable comme le granit qu’à un étourdi imbécile - alors qu’en réalité chaque instant ne nous montre de sa constante évolution qu’une apparente immobilité, fruit du travail incessant des forces de la nature, détruite ou changée demain par des forces plus puissantes - il en est de même dans la vie des peuples, des frontières qui les séparent.

    Les limites des Etats sont le fait des hommes et sont changées par eux. Le fait qu’un peuple a réussi à acquérir un territoire excessif ne confère nullement l’obligation supérieure de l’admettre pour toujours. Il démontre tout au plus la force du conquérant et la faiblesse du patient. Et c’est dans cette seule force que réside le droit. Si aujourd’hui le peuple allemand, parqué sur un territoire impossible, marche vers un avenir déplorable, ceci n’est pas un arrêt du destin et le fait de s’insurger ne constitue pas davantage une violation de ce destin. (...)

    Autant nous sommes tous aujourd’hui convaincus de la nécessité d’un règlement de comptes avec la France, autant demeurerait-il inefficace pour nous dans son ensemble, si nos buts de politique extérieure se bornaient à cela. On ne saurait l’interpréter que comme une couverture de nos arrières pour l’extension en Europe de notre habitat. Car nous ne saurions résoudre cette question par l’acquisition de colonies, mais exclusivement par l’acquisition d’un territoire de peuplement qui accroisse la superficie même de notre mère-patrie. En outre, non seulement on assurera par là l’intime solidarité des nouveaux colons avec la métropole, mais on procurera à l’ensemble du territoire total les avantages qui résident dans sa grandeur unifiée. (...)

    Cependant nous autres nationaux-socialistes nous ne devons pas nous arrêter là : le droit au sol et à la terre peut devenir un devoir, lorsqu’un grand peuple paraît voué à la ruine, à défaut d’extension. Et tout particulièrement quand il ne s’agit pas d’un quelconque petit peuple nègre, mais de l’Allemagne, mère de toute vie, mère de toute la civilisation actuelle. L’Allemagne sera une puissance mondiale, ou bien elle ne sera pas. Mais, pour devenir une puissance mondiale, elle a besoin de cette grandeur territoriale qui lui donnera, dans le présent, l’importance nécessaire et qui donnera à ses citoyens les moyens d’exister." (17)

    Ce qui ressort nettement du discours d'Adolf Hitler est en premier lieu la nature discutable voire contestable de toute frontière étatique : la légitimité d'un territoire à exister de façon prolongée sinon durable serait par essence incomplète et non-pérenne. En second lieu, le dictateur unit de façon intime extension territoriale et négation possible des frontières d'un état. Autrement dit, on peut se passer des limites géopolitiques pour agrandir son pays à chaque fois qu'on le veut puisque toute frontière n'a pas vertu à durer selon la stricte loi du plus fort sur le plus faible : un peuple supérieur selon les critères socioculturels du potentat autrichien n'a que faire de l'éthique du respect national lorsque celle-ci le dessert. En y regardant de plus près et sans exagérer, un parallèle saisissant se dessine entre la volonté d'un autocrate de vouloir nier des frontières qui le gênent dans son délire hégémonique et l'utopie idéologique d'un monde sans plus aucun état portée par de nombreux sympathisants de divers courants de gauche, en particulier ceux altermondialistes et extrémistes. Les points communs entre ces deux visions de l'humanité sont L'ARBITRAIRE et L'ETHNOCENTRISME. Toute autre façon d'envisager les choses est perçue de manière exclusivement dépréciative : c'est forcément une erreur de jugement. Aucune contradiction ne peut être admise sinon c'est une compromission avec des idées vues comme opposées et donc adverses. L'harmonie civilisationnelle ultra-nationaliste préconisée par Hitler au sein d'un territoire étendu au maximum voire à la Terre entière est un parfait reflet sur le plan des moyens de la vision hyper-ouverte et métissée du monde voulue par l'extrême-gauche occidentale : l'abolition des frontières entre états-nations est le pilier central autour duquel s'érige un espace unifié grâce à une homogénéisation socioculturelle consécutive. Cette suppression des limites étatiques se fait bien sûr sans concertation préalable des peuples vivant dans les pays visés. Ce rapprochement entre deux idéologies politiques habituellement opposées dans le discours officiel contemporain semblera inapproprié voire déplacé à certains. Or, si un antagonisme de fond existe bien, il n'empêche pas un aboutissement commun : la coercition qui dérive vers le totalitarisme. Beaucoup d'événements historiques ont montré que l'extrémisme gauchiste n'avait rien à envier à son frère de droite dans l'emploi de la force violente pour défendre sa cause face à l'état de droit. De plus, d'autres faits récents l'ont à nouveau prouvé : les groupe d'opposants à un projet de réorganisation d'un site géographique surnommés "zadistes" par les grands médias (ex : le conflit autour de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes) ou le noyau de résistants du mouvement Nuit Debout sont ainsi devenus emblématiques de cette manière de procéder de l'extrême-gauche pour servir ses idées même si au départ la cause peut sembler juste et légitime :

    La violence chez l'extrême-gauche est un attitude qui est ancrée dans son ADN. Toutes ces dictatures qui ont vu le jour au nom de cet idéal socialiste et tout ces millions de victimes fusillées, emprisonnées, affamées ou mortes de froid dans le goulags et les camps de travail toujours au nom de cet idéal socialiste n'ont toujours pas fait renoncer cette idéologie à des milliers de personnes. Les grandes idéologies tel le fascisme, le communisme ou le nazisme ont tous comme source idéologique le socialisme. Ne l'oublions jamais. (18)

    Cette violence intrinsèque de la gauche extrême est cependant bien mieux tolérée que celle de sa rivale de droite et même plébiscitée de nos jours. La raison est justement son discours mondialiste, si ouvert à des échanges illimités et continus entre peuples et cultures de tous pays, un discours en phase avec les visées mondialistes du capitalisme dérégulé qui au final s'accommode très bien des provocations bruyantes et sporadiques des altermondialistes qui sont pour la plupart affiliés idéologiquement à l'extrême-gauche. Vu la puissance d'influence que possède la haute finance, celle-ci aurait pu, si elle avait vraiment voulu, réduire très vite au silence les opposants d'extrême-gauche définis comme ses adversaires officiels et ennemis jurés. Or, elle ne l'a pas fait et n'agit toujours pas dans ce sens de façon résolue d'ailleurs, preuve s'il en est que le fond idéologique des mouvements de la gauche altermondialiste sert ses intérêts au mieux. L'adhésion de beaucoup de gens aux idées de l'altermondialisme l'aide en outre. Par ailleurs, la réalité impose elle-même un constat sans appel  :

    "Enfin, (...), à l’analyse, on constate que l’idéologie communiste est moins effrayante que l’idéologie nazie. Pourquoi ? Parce que l’idéologie raciste propre au nazisme, comme l’idéologie d’extrême droite, affirme « fortement la notion d’inégalité des individus entre eux et [qu’elle] nie de manière implicite ou explicite l’ethos – situé au cœur de la démocratie – du principe d’égalité fondamentale entre les hommes ». En effet, pour différencier les deux champs de l’extrémisme de droite et de l’extrémisme de gauche explique le politologue Uwe Backes, « on peut passer par leur rapport très différent vis-à-vis de l’axiome moral de l’égalité humaine. L’extrémisme de droite réfute ce principe, tandis que l’extrémisme de gauche l’accepte, mais l’interprète d’une manière, au sens étymologique, totale – avec la conséquence que le principe de l’égalité totale détruit les libertés garanties par les règles et institutions de l’État de droit.» (19)

    On peut ainsi préciser que dans le cas de la vision des esprits altermondialistes, l'idée d'une paix générale et d'un métissage autant culturel que génétique se substitue au concept de guerre et de soumission forcée des peuples conquis à la culture germanique évoqué dans la vision d'Hitler. En outre, l'idée même de métissage est absolument bannie dans l'idéologie nazie. Toutefois, la contradiction n'est qu'apparente. En effet, les deux systèmes idéologiques conduisent au même résultat final : sur une étendue géographique très agrandie, les gens grâce à la disparition des frontières nationales sont amenés à devoir échanger plus, se mélanger et à s'adapter à une culture dominante, germanique, exclusive et autoritaire dans le cas du nazisme, occidentale, mercantile et inclusive culturellement dans le cas de l'altermondialisme, d'où à la longue une uniformisation idéologique et socioculturelle globale dans les deux cas. Le moyen diffère mais l'objectif est identique : réunir, UNIR et NIVELER divers groupes humains au sein d'une même entité morale idéologique et politique, que celle-ci s'étende à un territoire agrandi, un continent ou la terre entière.

    Tandis que le dictateur autrichien pensait unifier les territoires conquis grâce la force militaire et politique tout en faisant disparaître au passage les peuples jugés inférieurs, les idéologues mondialistes contemporains s'appuient davantage sur la promotion d'un pacifisme dogmatique discrètement insufflé dans les consciences grâce à de beaux concepts philosophiques : la paix mondiale et l'amour universel. Ces deux derniers thèmes sont désormais récurrents : ils ont envahi les réseaux sociaux et une grande part de l'espace public au point d'aseptiser discours et débats en restreignant les approches philosophiques et politiques des thèmes de la mondialisation et de l'immigration. En conséquence, toute opinion contrevenante est facilement perçue comme porteuse d'un fond négatif et discriminatoire : elle est stigmatisée de façon systématique. Elle est soupçonnée d'empêcher les hommes de pouvoir se réunir et de mieux communiquer afin de fraterniser entre eux. Concrètement, deux chemins idéologiques opposés sur leurs moyens d'action se révèlent très voisins sur l'essentiel : l'objectif est de créer une entité géographique très élargie maintenue en paix parce qu'unifiée culturellement, politiquement et bien sûr économiquement. Peu à peu, nous en revenons en fait au contenu de la 3è partie de cet article : l'établissement d'une unification mondiale à travers la promotion d'un dogme uniformisateur, la diversité fondée sur le métissage, oxymore démagogique autant qu'aberration philosophique, éthique et anthropologique.

     

    15. TERRITORIALITÉ, DIVERSITÉ ET PAIX MONDIALE - métissage, uniformisation et capitalisme

    Le concept de paix mondiale :
    le rejet des différences accentuées
    et l'imposition d'une idée de la diversité
    en lieu et place de la diversité

    A y regarder de plus près, il serait bien que l'Occident cesse de vouloir imposer ses valeurs et idéaux au reste du monde même s'il désapprouve les mœurs et coutumes des autres peuples. Le colonialisme commence quand, remplie de la certitude d'être la référence absolue ou supérieure, une civilisation se sent investie d'aller porter SA bonne parole ainsi que les références morales et codes sociaux rattachés à d'autres humains qui n'ont rien demandé. L'arbitraire nourri par le préjugé n'a nul besoin d'aller forcément envahir la ou les contrées visées militairement : l'implantation de valeurs étrangères à la culture locale suffit, le temps et les jeux d'influence socioéconomiques faisant le reste. Il serait peut-être temps pour l'Occident d'écouter ce que les autres ont à dire : les citoyens vivant dans la civilisation sociale-capitaliste doivent comprendre que leurs idéaux sont frelatés et ne servent que de faire-valoir à l'appétit financier vorace des multinationales de leurs pays. Oui, il est grand temps d'ouvrir les yeux : l'idée d'une terre unifiée est aujourd'hui le corollaire et l'alibi idéologique à la mise en place d'une dictature planétaire sur fond socioéconomique sous couvert de vouloir créer une paix mondiale. La supercherie éthique et politique n'a que trop duré : elle nous éloigne d'une pacification du monde authentique construite à partir des différences et uniquement elles sans qu'une culture particulière soit érigée en modèle absolu avec impossibilité d'une remise en cause. Cette duperie généralisée permet l'annexion de quelques autres références culturelles (islam, judaïsme, anti-christianisme, libéralisme sociétal, écologisme...) à la culture imposée comme norme à suivre dans un but d'accélérer et consolider l'uniformisation socioculturelle en cours.

     

    NOTES - PARTIE 4 :

    (16) : cf. stage "Le Plongeon" animé par Franck Lopvet du 22 et 23 août 2015 à Paris. Plus d'infos sur : La voie est libre


    (17) : In Mein Kampf (1924-25), Adolf Hitler, (trad. J. Gaudefoy-Demombynes & A. Calmettes), Nouvelles éditions latines, 1934


    (18) : on "Nuit debout" ou la tentation totalitaire de l'extrême-gauche, Dominique Jordan, Le blog DJ et liberté

    (19) : on Extrême droite et extrême gauche, Jérôme Jamin, Politique, revue de débats, La chronique de jérôme Jamin

     

     

    Conclusion

    J'aime ma planète : elle est belle, aussi belle qu'un champ au printemps où poussent pêle-mêle des dizaines de plantes diverses qui tout en se côtoyant ne prennent aucunement les caractéristiques génétiques d'autres essences. La Terre est naturellement diverse, divisée en de multiples cultures singulières et de contrées particulières. Sur les cinq continents, des peuples ne font qu'un pour la plupart avec le sol où ils vivent : ils sont attachés à ce dernier qui participe à l'équilibre psycho-affectif de chaque individu du groupe en fondant une histoire commune à tout le groupe. L'existence de frontières illustre parfaitement cette nécessité de se sécuriser non pas à partir du seul besoin de défendre un territoire nourricier et important économiquement mais aussi à partir d'un lien viscéral envers un territoire qui porte notre histoire et notre mémoire affective, éléments qui construisent chacun en lui-même et soudent les individus entre eux : les gens qui partagent une même histoire nationale ont naturellement tendance à faire cohésion contre tout envahisseur ou celui perçu comme tel. Cette attitude de défiance n'a rien à voir avec la guerre et n'est même pas une source de conflit en elle-même : elle témoigne simplement du lien naturel qui lie les gens vivant depuis longtemps ensemble sur un espace géographique donné. L'homme est un animal grégaire et de ce fait a tendance à agir en meute. L'existence et la persistance des frontières est une réalité anthropologique essentiellement dont les longues périodes de paix de l'Histoire de l'humanité valident la nature intrinsèquement positive. L'action politique n'a fait que se greffer dessus et utiliser un fait préexistant à des fins égoïstes et nocives la plupart du temps. Le problème n'a en soi jamais été les délimitations géographiques sur une carte mais L'HOMME dont le cœur n'a jamais fini de se comparer à ses voisins et de jalouser ces derniers pour des possessions supposées être toujours plus avantageuses que les siennes. L'herbe est plus verte ailleurs, c'est bien connu... sauf que ce n'est pas si vrai concrètement.

    La paix mondiale est une belle idée, un concept philosophique humaniste et généreux. Toutefois, sa source ne réside qu'en chaque être humain et nulle part ailleurs. Mieux vaut des peuples qui vivent en paix séparés par des frontières que se faisant la guerre après l'abolition des limites politiques qui les maintenaient dans une attitude de respect à l'égard de leurs voisins. Que vous ayez des frontières ou qu'elles aient disparu, le destin des peuples se partagera toujours entre moments de paix et de conflit plus ou moins violent comme au cours des périodes précédentes. Autant être lucide et clair. C'est pourquoi la volonté répétée partout de négation des frontières et de citoyenneté mondiale telle que définie de nos jours me semble bien naïve et déconnectée des faits. L'idéalisme n'a rien de mauvais en lui-même, il est même porteur de rêve motivant pour tous mais il ne doit pas se mâtiner d'illusion au risque de mener un grand nombre de gens à vouloir que des chimères deviennent réalité, ce qui durcit à la longue les positions morales sur un thème donné. La vision actuelle de la paix mondiale et de l'appartenance à une communauté mondiale illustre parfaitement ce fait : le dogmatisme et le simplisme l'ont durablement corrompue. Une mièvrerie agressive et méchante s'est substituée à la longue au fond noble ancien du message portée malgré elle par un substrat idéologique relié aux idéaux mercantiles de l'ultra-capitalisme socialiste contemporain. Du coup, par réaction... et conviction, je dis haut et fort : "Vive les frontières et la Terre mosaïque ! Vive la diversité et non au métissage opportuniste ! Vive le multi-linguisme et la pluralité culturelle sur le globe ! Que la récupération politique cesse derrière les beaux sentiments vides de sens !". Notre planète est magnifique telle qu'elle est : la placer sous la coupe d'un régime totalitaire international n'est vraiment pas une marque de respect à son égard. Ne substituons pas à la paix une paix de circonstances, un pacifisme idéologique et conformiste : l'avènement d'Adolf Hitler à la toute-puissance politique sur l'Europe en 1939 à cause de la lâcheté récurrente des esprits "citoyens du monde" d'alors doit toujours nous servir de leçon. Dès que le compromis devient compromission parce que la naïveté a remplacé le discernement, nous sommes clairement sur le mauvais chemin pour nous-mêmes et les autres. Restons vigilants : nous l'avons vu, le fond éthique qui soutient l'idéologie mondialiste pacifiste contemporaine est d'essence totalitaire. La bête immonde n'est pas morte. Pire, elle se pare des atours de l'amour universel, de la diversité et de la paix pour nous tromper afin de nous mener tout droit à moyen terme vers l'arbitraire, l'emprisonnement de la pensée et l'uniformisation tous azimuts.

    L'établissement sur terre d'une paix durable mais surtout mieux partagée et étendue à toute région de la planète n'est pas lié à un contexte d'ouverture complète ou pas des frontières nationales : nous devons absolument le comprendre. La solution est en chacun de nous, peu importe l'endroit, peu importe que nous nous sentions citoyens du monde ou pas : nous appartenons à la Terre de facto. La citoyenneté mondiale nous est acquise dès la naissance implicitement que nous le reconnaissions ou l'ignorions. Où que nous soyons, nous portons en nous le pire comme le meilleur : l'émergence d'une paix mondiale positive et non pas idéologique ne peut débuter qu'en chaque homme. Une révolution collective qui mène vers la paix est d'abord essentiellement individuelle, ainsi que le rappelle l'écrivain philosophe japonais Daisaku Ikeda :

    "Une révolution profonde dans le caractère d'une seule personne contribuera à changer la destinée d'une société et celle de l'humanité toute entière." (20)

    La paix est une question intime : jusqu'à quel point la voulons-nous ? Jusqu'à quel point la créons-nous dans notre quotidien ? Alors, cessons d'avoir une vision idyllique de ce que serait un monde pacifié : la paix entre tous les peuples de notre planète peut se réaliser AVEC les frontières qui séparent leurs différents pays. Tout le reste n'est que sentimentalisme, interprétation et idéologie : le monde et l'avenir n'ont absolument pas besoin de ce cocktail qui a prouvé sa forte toxicité sur l'esprit humain au cours de l'histoire humaine. De plus, un détail compte : l'invisibilité d'une chose n'en amoindrit pas la valeur. Comme l'air nous maintient en vie, les frontières en nous protégeant nous permettent d'avoir un espace pacifié où croître et nous épanouir. C'est d'ailleurs là toute la nature paradoxale mais vitale de la territorialité : faire d'abord revenir l'homme vers un espace restreint pour ensuite l'ouvrir à l'extérieur. Alors, bienvenue chez vous et dans la réalité ! C'est là que tout commence. 

     

    15. TERRITORIALITÉ, DIVERSITÉ ET PAIX MONDIALE - métissage, uniformisation et capitalisme

     Comme l'air, les frontières sont invisibles
    mais elles existent. Ce que je vois ?
    La Terre, et rien qu'elle...
    avec TOUT ce qui la compose.
    Je n'imagine pas un monde idéal :
    je CRÉE un monde vivable
    où la bienveillance serait une habitude.

     

    NOTE - CONCLUSION :

    (20) : in La Révolution Humaine, Daisaku Ikeda, Le Rocher, 1987

     

     

    Crédits photos : Parti Ecologique Ivoirien, repetitor-problem.net/kultura, clipartkid.com

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 1er Octobre 2016 à 18:42

    Merci Pierre Laurent, par cet article, long certes, car très documenté et si bien développé...un bijou!. J'essaie de faire court moi aussi dans ce message car, ton texte il est riche aussi "et c'est sont grand mérite" dans la réflexion et réactions qu'il provoque chez le lecteur. Nous pourrions en discuter pendant des heures ; les concepts traités évoquent l'homme biblique et moderne dans un monde qui bouge et par définition une vision sur notre avenir.

    Merci encore

    Angel 

    2
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 15:49

    Merci Angel ! smile

    La longueur du texte s'explique en effet par la présence de nombreuses références historiques, politiques, anthropologiques entre autres. Je n'avais pas le choix : je sortais en terrain miné par le politiquement correct. Là, au moins, je me préserve : tout ce que je dis est vérifiable et prouvé. Il suffit de faire comme moi : lire et étudier, aller dans des bibliothèques ou surfer sur le Net mais pas pour batifoler. Du coup, au fur et à mesure que j'ai étoffé ma réflexion et que mon point de vue s'est mieux structuré, j'ai vu que mon texte serait moins un pur article de blog qu'un véritable essai philosophique et politique en ligne.

    L'image que je donne de l'homme est certainement reliée à celle de la créature biblique mais est avant tout celle d'un être qui n'a de cesse de réinterpréter le monde à l'aune de valeurs et principes qui ont bien du mal à évoluer à moins que les événements l'y forcent. Tant que rien ne change ou change peu, l'homme aura toujours tendance à en rester à ses acquis les plus confortables et à entretenir des tas de légendes urbaines concernant l'histoire au lieu de réinterroger les versions officielles, toutes tronquées voire pour certaines carrément mensongères (ex : Mitterrand, l'homme progressiste côté pile... mais ancien collaborateur avec l'occupant nazi côté face lors de la 2è Guerre Mondiale).

    Mon blog est là pour satisfaire mon plaisir d'écrire mais Il est aussi là pour donner à réfléchir sans chercher à convaincre. Je veux juste amener les lecteurs, grâce à certains articles très approfondis, à élargir leur champ de vision des choses sur un contexte ou un sujet précis. La vie étant complexe et multiple dans son expression, il est anormal de n'avoir sur de nombreux thèmes qu'une version unique ou bien deux ou trois angles de vision imposés et rendus indiscutables à moins de se voir exclus des gens fréquentables. Mon article a été publié pour enrichir le débat sur les sujets qu'il aborde et montrer que les versions officielles concernant la diversité, le métissage, le racisme et la place du socialisme par rapport au capitalisme en Occident sont biaisées et fondées grandement sur des mensonges et des omissions. J'avais envie de mettre à jour de façon éclairée et intelligente la manipulation idéologique qui nous mène à croire ce qui n'existe pas et n'a jamais existé en fait.

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